Pour une vraie sécurité du revenu à la retraite

Réforme des retraites - Sécurité de la vieillesse


Dans une Libre opinion publiée dans [Le Devoir du 5 avril, le député et porte-parole du PQ en matière de régimes de retraite, François Rebello->36759], souligne que sa proposition d'adhésion automatique à une forme de REER avec droit de retrait n'exclut pas a priori une contribution obligatoire «dans la mesure où le fardeau fiscal de l'entreprise n'augmente pas». En clair, si l'État finance à 100 % la cotisation de l'employeur, il n'aurait pas d'objection...
L'éditorialiste du Devoir Jean-Robert Sansfaçon écrivait avec raison quelques jours plus tôt que ne pas exiger de contribution des employeurs «n'a aucun sens puisque la préparation à la retraite est autant, sinon plus, la responsabilité des employeurs. D'ailleurs, tous les exemples étrangers cités à l'appui de ces propositions incluent une participation obligatoire des employeurs».
François Rebello parle de «retraite automatique»: une forme de REER avec un taux de cotisation insuffisant qui ne garantit aucun rendement ni aucune sécurité du revenu, qui sera à la seule charge des cotisants et qui repose encore sur le volontariat. Pourquoi écarter alors l'amélioration du RRQ?
Certes, il y a un enjeu réel de financement du volet actuel du RRQ qui a profité davantage aux premières cohortes et pour lequel les gouvernements tergiversent quand vient le temps de fixer le taux requis pour payer les prestations à long terme. C'est pourquoi il y a lieu d'appuyer la proposition du ministre Bachand d'effectuer en quelques années un rattrapage de la cotisation vers le niveau requis pour assurer la viabilité à long terme du RRQ, même si on peut se demander pourquoi le gouvernement québécois n'a pas bougé avant alors qu'il sait depuis 2003 qu'il faut relever le taux. De plus, est-ce que la cible visée, 10,8 % du salaire, est bien la bonne? Il faut surtout s'assurer que le mécanisme mis en place pour le futur garantira automatiquement un niveau de cotisation suffisant et stable pour garantir les rentes promises.
Mais c'est précisément pour surmonter les limites du volet actuel que la proposition mise de l'avant par la FTQ et une cinquantaine de groupes de femmes, de personnes retraitées, de groupes antipauvreté et de jeunes propose que l'augmentation du RRQ se fasse dans le cadre d'un volet distinct, capitalisé, et où ce sont les cotisations versées au fil des ans qui vont financer les rentes en fonction du nombre d'années cotisées.
Ce n'est pas un hasard si Force jeunesse et des fédérations étudiantes ont appuyé formellement cette proposition: elle est universelle, la plus adaptée à la précarité et à la mobilité avec lesquelles les jeunes sont aux prises et leur assure une équité intergénérationnelle où les cotisations versées par les jeunes aujourd'hui vont s'accumuler dans une caisse et leur assurer une sécurité à la retraite. Et grâce à l'efficience des régimes publics, pour une personne gagnant 36 225 $, une augmentation de la cotisation salariale de 4,5 % à 7 % sera suffisante pour faire doubler la rente de 840 $ à 17 280 $ à maturité (barèmes 2011). Pour tous les salariés jusqu'à un niveau de revenu de 64 000 $, le RRQ assurera progressivement une rente de retraite garantie et indexée à vie égale à 50 % du traitement.
Il faut mettre fin à la situation actuelle où une personne sur deux de 65 ans et plus au Québec est suffisamment pauvre pour recevoir le Supplément de revenu garanti. Les terminaisons et fermetures de régimes à prestations déterminées dans le secteur privé font craindre pour la situation financière des prochaines cohortes de personnes retraitées. Seule une réforme basée sur une amélioration réelle du RRQ, avec un rôle complémentaire pour les régimes d'employeurs et l'épargne individuelle, offre des chances réelles de nous assurer que les personnes qui prendront leur retraite dans 10, 20 ou 30 ans pourront vivre dans la dignité et demeurer des personnes actives et dynamiques dans leur milieu.
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Michel Lizée - Économiste au Service aux collectivités de l'UQAM


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