Pour un vrai changement

Élection Québec 2012


Jessica Nadeau
Québec – «Les Québécois doivent être maîtres de leur économie », a scandé le chef de la CAQ, François Legault, lors de son tout premier discours « officiel » de campagne à la place D’Youville, à Québec, hier. Affirmant incarner le changement au Québec, François Legault puise néanmoins dans les vieilles idées libérales de Jean Lesage, faisant référence au célèbre « maîtres chez nous » pour remettre le Québec sur la bonne voie. Mais le chef de la Coalition avenir Québec n’y voit aucune contradiction.
« Dans certains domaines, il faut du changement, dans d’autres domaines… » En entrevue, bien avancé sur son siège dans son bureau sur quatre roues, François Legault hésite un peu puis enchaîne sur l’héritage de Jean Lesage. « Les francophones, on n’a pas une longue tradition d’affaires. Aujourd’hui, au Québec, il n’y a pas dix familles qui sont capables d’écrire un chèque d’un milliard de dollars. Donc, de penser qu’on n’a plus besoin de la Caisse de dépôt pour garder nos sièges sociaux, ça n’a plus de bon sens. »
Caisse de dépôt
Pour lui, le changement passe aussi par un retour à l’ancienne mission de la Caisse de dépôt, soit celle de protéger les grandes compagnies, les « fleurons » de l’économie québécoise. « Ce que je souhaite, c’est qu’on aide davantage nos entrepreneurs, qu’on développe leur expertise, qu’on ait davantage de sièges sociaux pour aider nos jeunes à avoir des jobs payantes au Québec. C’est ça, une économie de propriétaires. »
C’est l’une de ses priorités. Mais sa « priorité absolue », affirme-t-il, c’est l’éducation. «L’éducation, ça mène à atteindre des objectifs sociaux, culturels et économiques. Donc avec l’éducation, on rejoint tout le monde.»
La CAQ a déjà fait connaître ses propositions pour régler la crise au cours des derniers jours : un programme de prêts et bourses bonifié et une hausse de 1000 $ sur cinq ans plutôt que de 1700 $ sur sept ans. « Je crois qu’il est plus important d’investir dans les écoles primaires et secondaires que de geler des frais de scolarité à l’université. Depuis cinq mois, on ne parle que du gel de scolarité […] et la grande oubliée là-dedans, c’est la qualité de nos universités, de l’enseignement et de la recherche. »
En point de presse, interrogé sur la rentrée scolaire qui doit avoir lieu dans deux semaines, en pleine campagne électorale, François Legault s’est adressé aux étudiants: « Impliquez-vous dans la campagne électorale, allez voter, mais s’il vous plaît, le 15 août, retournez aux études. »
Au cours de ce même discours, livré sous un soleil de plomb à la place D’Youville, le nouveau chef s’est fait cuisiner par Jonathan Grégoire, un Innu de Sept-Îles se disant victime de discrimination sur les chantiers de la Romaine. Ce dernier a lancé un cri du coeur désarmant : « Mais si on ne te donne pas une chance après l’école, ça donne quoi d’aller à l’école ? » Tout en s’épongeant le front, François Legault s’est lancé dans une tirade sur l’éducation et le développement des ressources naturelles qui amèneraient des emplois intéressants.
Plan Nord
En entrevue, l’aspirant premier ministre développe sa pensée sur le Plan Nord et l’exploitation des ressources naturelles : « Quelle opportunité manquée avec le Plan Nord, Anticosti, et Old Harry ! On a la chance d’avoir un immense territoire riche en ressources naturelles. Nous parlons des mines, mais il y a beaucoup plus d’argent quand on parle du pétrole, de l’île d’Anticosti et d’Old Harry, au large des Îles de la Madeleine. »
Il dit vouloir s’assurer que les ressources naturelles sont exploitées au bénéfice de l’ensemble des Québécois. Et il raconte s’être battu contre les « dogmatiques » du Parti québécois pour les convaincre qu’il était dans l’intérêt des Québécois d’exploiter le pétrole de Old Harry.
Quant à la possibilité d’imposer un moratoire sur l’exploitation à l’île d’Anticosti, il est catégorique : « Ce que je veux, c’est qu’on fasse les études, mais on n’ira pas s’enfarger de façon dogmatique comme Martine Ouellet, du PQ, le demande. Est-ce qu’on peut le faire, au bénéfice des Québécois ? Parce qu’on a une dette de 250 milliards qui pèse sur les épaules de nos enfants et que là, on a une opportunité en or!»
François Legault dit incarner le changement. Il a changé lui-même, avouant ne plus croire à la souveraineté. « Moi, je n’y crois plus. Pour moi, l’idée d’avoir un pays pour un pays et puis avoir une grosse chicane constitutionnelle, pour moi, ce n’est plus approprié. »
François Legault dit incarner le changement. Et il veut se battre contre les syndicats et autres bureaucrates qui offrent une résistance au changement, dans les commissions scolaires, dans le système de santé et chez Hydro-Québec, notamment. Il dit proposer des solutions innovantes pour faire changer le Québec. Il aura 35 jours pour en faire la démonstration aux électeurs.


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