Peuple de gauche: nouvelle étape franchie, nouveau cri de ralliement

Québec 2007 - réalignement politique



On le voyait à la sortie du théâtre Plaza: les militants et militantes de la gauche québécoise au sein de Québec solidaire auraient évidemment espéré un meilleur scénario pour leur baptême du feu, leur première élection générale qui avait lieu lundi le 26 mars 2007. Mais les mines n'étaient pas basses pour autant, bien au contraire. Les gens sentaient bien que cette élection avait permis de raffermir l'organisation, en plus de faire connaître le parti à ceux qui ignoraient encore son existence. Jamais la gauche québécoise n'avait acquis une telle crédibilité et une telle visibilité. Plusieurs parmi eux, sans perdre espoir, considéraient gravement la montée de la droite conservatrice et l'ampleur du rôle que Québec solidaire sera appelé à jouer dans les prochaines années. [...]
Les syndicalistes
L'échec cuisant d'André Boisclair est aussi celui des grandes centrales syndicales et du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre). Ce dernier est depuis un bon moment l'objet d'une marginalisation, lorsqu'il n'est pas carrément victime de «maccarthysme»! Rappelons-nous les supplications d'une Rita Dionne-Marsolais, implorant les délégués d'un congrès péquiste de ne pas appuyer la proposition de nationalisation de l'énergie éolienne puisque, ce faisant, on transformerait le Québec en «Venezuela du Nord»!
Cette gauche au Parti québécois est sans résonance et elle ne parvient même plus à remporter ne serait-ce qu'une investiture. En effet, le secrétaire du SPQ libre, Pierre Dubuc, a été défait dans Groulx alors que son président, Marc Laviolette -- qui pour sa part n'avait pas d'opposition interne dans Soulanges lorsqu'il a soumis sa candidature --, a été battu le jour de l'élection du 26 mars, à la fois par les candidats du PLQ et de l'ADQ. Au moment où les bases syndicales remuent déjà, est-ce que ce club politique persistera à appuyer coûte que coûte des gens qui ne veulent manifestement plus d'eux? Chose certaine, les syndiqués du Québec méritent d'avoir l'heure juste.
Pour un Québec libre, les syndicalistes? Eh bien, Québec solidaire aussi. C'est cette nouvelle formation qui, dans sa plateforme, a lié «assemblée constituante» à l'engagement de tenir un «référendum», ce même «référendum» qui a été biffé par l'équipe de communication péquiste. C'est aussi Québec solidaire, et non pas le Parti québécois, qui s'est engagé à abroger les mesures antisyndicales du gouvernement Charest, devant lesquelles André Boisclair s'est sans doute retenu pour ne pas applaudir.
Malheureusement, commentant la progression de Québec solidaire, l'attitude du SPQ libre n'a pas été exempte de dédain. Monique Richard n'avait pas eu de scrupules à qualifier de «gérants d'estrade» les 800 délégués réunis au congrès de fondation du plus grand parti de gauche de l'histoire du Québec. Dans l'édition de mars de son organe de presse, L'Aut' Journal, le collectif expédiait sommairement la question de Québec solidaire: «Une coalition de souverainistes et de fédéralistes qui volera en éclats à la première crise d'envergure.»
Ascension de la gauche
Il s'agit d'une drôle d'affirmation à trois égards. D'abord, le PQ est lui-même né d'une grande coalition et même s'il n'est plus l'ombre de ce qu'il a déjà été, il a survécu à bien des «crises d'envergure», dont les deux référendums qu'il n'a pas été capable de gagner. Ensuite, il est utile de rappeler une autre prédiction du SPQ libre, à l'époque où il s'était pointé le bout du nez dans les premières discussions devant mener à la création d'un nouveau parti de gauche au Québec. Le club politique avait soudainement tourné les talons et réaffirmé sa confiance dans le PQ en lui prédisant une victoire certaine, étant donné la médecine de cheval appliquée par le gouvernement Charest lors de la première moitié de son mandat. On voit à présent comment ce calcul était erroné. Enfin, plus simplement, Pierre Dubuc et Marc Laviolette ne saisissent-ils pas que la gauche est bel et bien en ascension et que le déclin du Parti québécois s'accélère maintenant qu'il a fini de «scier la branche historique qu'il l'avait vu naître», c'est-à-dire son lien de proximité avec le peuple québécois? [...]
Pendant qu'une certaine élite péquiste ne se définit plus que dans sa fascination pour la puissance et la richesse que dégage le Parti libéral, les bases du Parti québécois sont aisément fascinées par Québec solidaire, un parti indépendantiste, mais qui plus est, démocratique et à la défense de «ceux d'en bas». Quant à eux, est-ce que Pierre Dubuc et compagnie parlent toujours au nom des syndicalistes et progressistes, ou se sont-ils convertis en jusqu'au-boutistes du «péquisme dans un seul pays»? Est-ce qu'ils verront que le PQ, membres et appareil confondus, ne les entendra plus quoiqu'il advienne? Mais surtout, comprendront-ils que la gauche aurait bien besoin de leur aide dans l'aventure qu'elle a entreprise? Parce qu'être fidèle à l'esprit qui avait insufflé la montée du jeune Parti québécois, c'est rejoindre aujourd'hui Québec solidaire. Les nombreux péquistes qui prennent courageusement cette décision le répètent sans cesse.
Pendant ce temps, à Montréal-Nord...
Québec solidaire a montré qu'il n'est pas un parti montréalais, en réalisant de bonnes campagnes dans plusieurs régions du Québec. Mais les solidaires ont une autre particularité, ils savent qu'ils peuvent s'implanter dans des quartiers tels que Montréal-Nord, où le PQ ne fait pas opposition à un Parti libéral qui s'est vu réélu par défaut depuis plus de 20 ans.
À tort ou à raison, on parle de plus en plus de gangs de rue dans les médias québécois. La dernière campagne électorale aurait démontré, selon certains, qu'il y a rupture entre les régions et la métropole, ou encore entre Québec et Montréal. La situation semble bien plus complexe, surtout lorsque l'on constate la diversité de Montréal, celle du West Island, certes, mais aussi celle des «quartiers nord» où l'on habite un univers social à la fois distinct du Plateau, de la banlieue lavalloise ou de Rivière-du-Loup. Cet environnement social peut sembler silencieux, mais il ne l'est aucunement. Ça gronde dans l'underground... Les Français l'ont appris à leurs dépens. Et une offensive de droite peut être un détonateur.
La jeune candidate de Québec solidaire dans Bourassa-Sauvé, Marie-Noëlle Doucet-Paquin, n'aura amassé que 3,4 % des voix, mais le curieux amalgame de citoyens et de citoyennes qui s'y sont rencontrés est devenu un noyau dynamique qui pourrait faire long feu dans une périphérie urbaine qui a soif de politique, de rapports de force. Les incorruptibles défenseurs de toutes les causes sociales se sont unis aux vieux militants de terrain et à leurs renforts altermondialistes. Bref, toute la force de conviction et d'enracinement avec laquelle travaillent les mouvements politiques de gauche. Dans ce terreau du nouveau Québec métissé où la politique se chante souvent dans le rap, la gauche québécoise pourra s'y abreuver d'internationalisme et le marier avec ce que les Québécoises et les Québécois ont de meilleur.
Oui, la gauche aurait souhaité un autre scénario le 26 mars dernier. Cela dit, elle a toutes les raisons de se sentir d'attaque, jusqu'à la prochaine fois. De fait, elle s'est déjà remise au travail.
Guillaume Hébert, Étudiant à la maîtrise en science politique à l'Université du Québec à Montréal


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