Petite réflexion sur le Québec

17. Actualité archives 2007


2008 devrait être une année significative pour tous les français d'Amérique du Nord, l'année du 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, le premier établissement permanent et le siège administratif des colons français sur ce continent. L'évènement sera-t-il fêté comme il se doit, avec fierté et sobriété? En parallèle, ce sera aussi l'occasion de souligner le 40è anniversaire de la fondation du Parti Québécois, ses réalisations, ses échecs. Après deux générations, la souveraineté association se cherche encore une adhésion populaire pleine et entière, une reconnaissance non équivoque. Peut-être que l'équivoque vient justement de l'option mise de l'avant.
D'abord la souveraineté. S'agit-il de la souveraineté d'un pays tel que le sens commun peut le concevoir à l'aune de l'un des 195 pays recensés dans le monde, un pays plein et entier entre deux portions de Canada, un Canada de l'ouest à partir de l'Ontario et un Canada de l'Est à partir du Nouveau-Brunswick? S'agit-il encore de la souveraineté d'une province dans ses champs de compétence à l'intérieur du pays canadien, quitte à amender la constitution canadienne de 1982 pour clarifier le partage de certaines responsabilités à l'avantage exclusif du Québec? En quelque sorte une plus grande autonomie octroyée au Québec à l'intérieur de la souveraineté du Canada? On conviendra que les deux options ne sont pas qualitativement du même ordre et que le vocabulaire utilisé pour en parler devrait refléter ces différences!
L'association ensuite. Le Québec n'est pas un territoire perdu aux confins d'un continent comme peut l'être la Norvège ou la Suède. Le Québec est dans les faits un territoire fortement intégré aux réalités politiques, sociales et économiques de l'Amérique du Nord. Nous sommes des nord américains de culture française. L'association est un état de fait établi sur des liens éprouvés et maintenant séculaires avec nos partenaires privilégiés de l'Amérique. Et le Québec, comme dans toute fédération et à l'instar des autres provinces canadiennes, est en négociation permanente sur différentes modalités politiques sociales et économiques par laquelle se définit, pour ainsi au quotidien, la nature de l'association Québec Canada. Une fédération ne peut être un état permanent établit une fois pour toute.
Alors, what does Quebec want? Créer un nouveau pays? Négocier et obtenir pour lui-même un statut autonome élargi et inclus dans la constitution canadienne? Dans les deux cas, il faudra en discuter, négocier et finalement s'entendre et parapher cette entente. Mais pour y arriver, il faudra que l'autre partie le veuille. Or, le veut-elle? Et il faudra en priorité que l'électorat québécois le veuille? Le veut-il? Et ce que veut ou voudrait l'électorat n'est-il pas beaucoup fonction de l'objectif poursuivi? Or, n'oserions-nous affirmer qu'après 40 ans de « parlotte « souverainiste, l'objectif poursuivi n'est pas clair, même pour un québécois de souche? Car enfin, si la souveraineté n'est qu'une stratégie pour amener l'Autre, le Canada anglais, à négocier un nouveau pays? Un amendement constitutionnel? Il serait grand temps après 40 ans d'évaluer l'efficacité de cette approche. Du même souffle, si l'Association n'est que la stratégie jumelle de la souveraineté, dont le seul but est de rassurer tout le monde, y compris et surtout l'électorat québécois, il faudrait savoir au plus vite en quoi cette stratégie est novatrice, utile et nécessaire, compte tenu du nombre élevé d'ententes négociées avec Ottawa et paraphées par le Québec au cours des 40 dernières années!
L'impression on ne peut plus désagréable qui surgit à la réflexion est, qu'avec le temps, la souveraineté association est devenue une affaire lucrative (business) de plusieurs centaines de millions de dollars, un état catatonique que se partagent maintenant trois formations politiques : le Parti Québécois, le Bloc Québécois et depuis peu, Québec Solidaire, sans qu'aucune de ces formations ne veuille ou ne puisse réaliser son projet à court terme. Qu'on en parle pourvu qu'on ne la fasse point!
Un agenda revisité
Je crois en la sagesse populaire - comment faire autrement en démocratie? - et cette sagesse m'indique que l'électorat québécois n'est pas dupe des louvoiements politiques. Chacun a compris l'interdépendance maintenant essentielle entre les peuples. Les communications, les échanges culturels et économiques sont transfrontaliers. Les frontières nationales sont limitatives et dans certains cas carrément obsolètes pour résoudre les problèmes qui confrontent la Terre des hommes, que ce soit la guerre, la pollution, le dépérissement accéléré des ressources vitales non renouvelables.... Il peut y avoir des reculs, le mur projeté entre les États-Unis et le Mexique en est un, mais la tendance de fond, la convergence entre les peuples, est irrépressible et se réalisera tôt ou tard à travers et grâce aux instances internationales. Les barrières, comme le mur de Berlin, ne sont pas porteurs d'avenir et les frontières ne garantissent pas un développement socioéconomique harmonieux. Le récent conflit autour du bois d'œuvre le démontre amplement.
Le Québec d'aujourd'hui, faut-il le répéter, est une société ouverte sur le monde et je suppose qu'elle entend le demeurer. Rajouter une frontière artificielle pour satisfaire les fantasmes de certains n'est pas un passage obligé. Par contre, vouloir protéger à tout prix notre fragile héritage culturel en Amérique me paraît tout à fait justifié et légitime. Justement à ce sujet, il faut admettre que la constitution canadienne reconnaît la langue française et noter en même temps que personne au Canada oblige l'école québécoise à enseigner l'anglais dès la première année du primaire, lors même que le français est écrit et parler à la va comme je te pousse, vaille que vaille. Sur un continent, l'Amérique du Nord, où les personnes de langue française ne représentent guère plus que 2 % de la population, le risque de marginalisation de la culture française est hélas toujours bien présent, peu importe les frontières qu'on se donnera. C'est pourquoi il nous incombe de faire les bons choix culturels et éducatifs en adoptant et reconduisant les mesures qui en assurent la pérennité!
La fragilité de la société québécoise n'est pas que sociale ou culturelle, elle est aussi politique et économique. Le Québec est devenue une société marchande qui vit beaucoup du commerce interprovincial et international à hauteur d'environ 50 % de la production intérieure de la province. Or qui dit commerce, dit aussi concurrence et ses effets parfois délétères, ce que chacun est à même de constater dans le secteur manufacturier. Dans un tel contexte productiviste, de concurrence acharnée, il faut éviter d'accentuer notre fragilité en prenant des poses politiques sans lendemain. Le chantage stérile à la séparation et les tensions récurrentes autour de la fédération canadienne épuisent et ne mènent nulle part. Alors, de quel agenda revisité peut-il s'agir? D'indépendance? De révolution? Absolument pas. Il nous faut en priorité retrouver le sens du collectif, celui de la fin des années 50, début 60, retrouver l'esprit des visionnaires de cette époque qui ont mis en place une foule d'institutions qui ont fait le Québec moderne. En tant que québécois, je me considérerai toujours redevable à l'égard de ces novateurs qui nous ont donné collectivement accès à un système d'éducation ouvert, une couverture de soins de santé accessible et adéquate, des institutions socio-économiques et culturelles d'envergure, parfois même de niveau international.
« S'occuper de ses affaires, gérer la chose publique avec cohérence et pertinence « voilà l'agenda revisité qui s'impose et qui constitue déjà tout un programme par rapport à la cacophonie ambiante. La prudence me semble de mise, car la responsabilité de notre avenir nous incombe entièrement. Nous sommes responsables de notre destinée, des choix que nous faisons, de nos bons coups comme des moins bons. D'ailleurs, qui pourrions-nous blâmer d'autres que nous-mêmes en régime démocratique?


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