Le pétrole, un enjeu stratégique mondial

Pertes considérables de la Chine en Libye

Chronique de Gilles Verrier

À court terme, la Lybie pourrait être le seul pays à vivre un véritable changement de régime en Afrique du Nord. La situation en Égypte et en Tunisie est vraisemblablement bloquée pour les peuples, reprise en mains par les proches successeurs des présidents déchus qui s’apprêtent à assurer la continuité des alliances économiques et militaires. L’opposition de la rue, sans véritable soutien, pourrait être incapable d’amener des changements vraiment significatifs. Le cas de Libye est un cas à part, ne serait-ce que par le fait que les Etats-Unis et leurs alliées s’expriment plus ouvertement en faveur de la révolte qu’ils ne le font pour les autres pays de la région aux prises avec des soulèvements. Ce qui est d'ailleurs bien relayé par les médias de masse.
L’avenir le dira, mais je suis porté à faire un parallèle entre ce qui se passe en Libye aujourd’hui, et la partition du Sud Soudan. Dans les deux cas, nous sommes en présence d’investissements chinois importants dans plusieurs domaines (transports, télécommunications, infrastructures) mais spécialement dans le secteur pétrolier. La Chine aurait des investissements de 9 milliards de dollars en Libye et importe de ce pays 150 000 barils de pétrole par jour. Jusqu'à tout récemment près de 40 000 ressortissants chinois y travaillaient.
La Chine est en passe de devenir la principale puissance économique mondiale et représente le seul rival d'envergure planétaire du bloc occidental dirigé par les Etats-Unis. Son talon d’Achille : le pétrole. Pour les Etats-Unis, contrôler les sources d’approvisionnement en pétrole de la Chine fera toujours planer sur elle une incertitude économique. Sans garantie sur ses importations de pétrole la Chine restera un géant aux pieds d’argile.
Sous Kahdafi et sous Omar el Béchir (Soudan), l’exploitation du pétrole par la Chine et par d’autres intérêts étrangers permet de diversifier les clients et de conserver une certaine indépendance. Inversement, pour la Chine, ces pays constituent de bons partenaires car, justement, leur allégeance n’est pas acquise à un seul bloc. Or, après que la «communauté internationale» eut préparé l'opinion publique de longue date pour la partition du Soudan (le Sud détient les principales réserves de pétrole), opération qui fut réussi dernièrement (d’autres enjeux entrent aussi dans l’équation, mais je me concentre ici sur les enjeux globaux, on l’aura compris), il sera intéressant de voir évoluer la politique pétrolière dans ce nouveau pays. Non pas que la Chine risque d’être exclue brutalement, mais il serait dans les cartes que la sécurité des ses approvisionnements soient fragilisés par une place plus prépondérante de l’influence américaine dans les affaires du Sud Soudan. En Libye, c’est un modèle semblable qui pourrait se dessiner. Moins brutal qu’en Irak et en Afghanistan, mais néanmoins un plan visant à priver l’adversaire de garanties dans l’approvisionnement d’une ressource aussi stratégique que le pétrole. C’est de bonne guerre et ce n’est pas nouveau.
En Libye, la Chine rapporte des pertes matérielles considérables causés par les présents troubles. Un nombre important de sites et de chantiers auraient été saccagés. La Chine, premier partenaire économique de la Libye, pourrait donc être la première à souffrir du changement de régime. Le résultat des présents soulèvements conduira-t-il à mettre en place des éléments plus favorables aux Etats-Unis ? Selon moi, on y travaille. Certaines indications, comme les défections significatives dans les forces armées, les multiples démissions de diplomates en poste à l'étranger, l’encouragement à la révolte provenant des ténors US, à quoi s’ajoute le fait que Khadafi ne compte pas que des amis dans les cercles dirigeants des Etats-Unis, tout cela laisse songeur.
L’indépendance pour un petit pays qui compte des richesses ou une position géographique stratégique est de plus en plus difficile à établir et à maintenir. Les petits pays ont donc tout intérêt à favoriser la souveraineté nationale des uns et des autres et à rejeter d’emblée toute politique d’ingérence des grandes puissances. Les plans de gouvernance mondiale ne sont donc pas de bonnes nouvelles pour les nations qui veulent s’émanciper et préserver une part véritable de leur indépendance économique et politique.
http://www.asianews.it/news-en/Heavy-losses-for-Chinese-companies-operating-in-Libya-20887.html

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Gilles Verrier139 articles

  • 218 315

Entrepreneur à la retraite, intellectuel à force de curiosité et autodidacte. Je tiens de mon père un intérêt précoce pour les affaires publiques. Partenaire de Vigile avec Bernard Frappier pour initier à contre-courant la relance d'un souverainisme ambitieux, peu après le référendum de 1995. On peut communiquer avec moi et commenter mon blogue : http://gilles-verrier.blogspot.ca





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4 commentaires

  • Jean-Pierre Bélisle Répondre

    17 août 2011

    August 17, 2011 | 0533 GMT
    Libya: Chinese Enterprises Welcomed Back - Rebel Leader
    Libya’s rebel National Transitional Council welcomes Chinese enterprises back to Libya, and the council will honor all the deals and contracts Chinese companies signed with the government of Libyan leader Moammar Gadhafi, council Vice Chairman Abdel-Hafidh Ghoga said, Xinhua reported Aug. 17. Ghoga said that Chinese enterprises are welcome to return to complete existing projects but that all deals and contracts signed earlier will need to be examined to determine if there was any corruption in their execution. He added that he looks forward to China’s participation in rebuilding Libya.

  • Archives de Vigile Répondre

    28 février 2011

    Je ne suis pas un stratège assez grand pour voir déjà que les soulèvements en Tunisie et en Egypte n'accoucheront que d'une souris. Mais il me semble dors et déjà assez clair, que l'Egypte en particulier et la main de fer de Moubarak et de ses acolytes, étaient la base de la paralysie des intérèts légitimes et de l'avancement des peuples arabes. Je ne serais donc pas porté à croire que cela n'aura pas d'impact réel sur la suite des évènements. Je crois qu'il est légitime pour le peuple égypcien de vouloir avancer. Qu'il parte d'une situation ou il a connu la paralysie depuis 40 ans, indique que ses intruments de changement sont moins importants pour le moment, que ses espoirs. Mais les meilleurs résultats se nourissent-ils pas d'abord d'espoir? Selon moi, l'échiquié est en mouvement dans la région et tout le monde est affecté, les usa comme les chinois. Et selon moi, l'histoire récente démontre que ce sont les Occidentaux, les israléliens et les usa qui exerceaient un pouvoir prépondérant dans la région jusqu'à maintenant. Et il serait étonnant de croire, que ces soulèvements, sont le reflet de leurs gains en popularite et en puissance. Personnellement je crois en la possibilité des peuples de s'exprimer au dela de l'existence et des stratégies des grandes puissances. Je crois que si on est capable de croire en la souveraineté des peuples, il faut aussi croire en la capacité des peuples eux-mêmes de s'exprimer.

  • Gilles Verrier Répondre

    27 février 2011

    Merci pour votre message pertinent sur le comportement chinois, ce qui nous montre que la diversité du monde est fortement enracinée dans des civilisations. Ces dernières ne peuvent se dissoudre facilement, mais est-ce seulement souhaitable ?
    Quand la petite flottille de Magellan atteignit les Philippines en 1521, un commerce bien organisé fleurissait déjà entre Luzon, Timor, les Moluques, Manille, Canton, etc. Laurence Bergreen, dans sa biographie de l'explorateur, je cite de mémoire, rapporte que les navires chinois pouvaient transporter plus de mille personnes. Magellan : 270 hommes au départ avec cinq navires. De savoir qui impressionnera qui, semble avoir été la question. Les armes à feu, argument de taille, tranchèrent. Néanmoins, l'empire du milieu, essentiellement un empire terrestre, comme l'avait noté aussi Marco Polo, ne cherchait pas l'aventure du grand large. Bergreen, à ce sujet, donne des raisons historiques intéressantes sur le refus chinois du grand large. Ça reste à fouiller.
    Je n'ai aucun mal à m'imaginer les Chinois en Libye retranchés (embedded !) dans leur petit monde. Pas très relationnel. Or, si le Chinois agit ainsi en conformité avec son propre code de valeurs, les Occidentaux, dominés de nos jours par leur branche judéo-protestante, sont-ils si différents ?
    Le régime d'exploitation de ces derniers renvoie peut-être à une justification d'un autre ordre, mais sur le plan des résultats il n'y a pas grand différence !?
    Que penser des zones nettoyées du Nigéria (allié stratégique des USA) où les populations locales sont exclues pour le bénéfice des pétrolières multinationales (Lire à ce sujet Jean Ziegler)? Que penser de Gaza ? Que penser des doubles victimes de Katrina et du déluge pétrolier qui suivit dans le Golfe du Mexique, elles-mêmes vivant pourtant dans le coeur de l'Empire ? Que penser de l'éviction des populations locales de Diego Garcia...
    J'admets que de deux types d'exploitation injuste, celui qui détient «Hollywood» et le «chewing gum» a une longueur d'avance. Il faut l'admettre, sur le plan du «China way of life», la Chine ne fait pas rêver alors que son concurrent plus sophistiqué n'hésite pas à allonger les millions pour ce qui est des «You can» et des «You can make it» qui font tant rêver.
    Je reviens, pour terminer cette réponse un peu longue, sur la conclusion de mon article. Toute grande puissance est à redouter pour les petites nations. L'intérêt des nations indépendantes est de se soutenir les unes les autres pour éviter de tomber dans les griffes des oligarchies mondialistes. La Libye a failli (je m'exprime en termes généraux) parce qu'elle a manqué au fil des ans du soutien, de la multilatéralité, d'un nombre suffisant de nations faisant de l'indépendance une valeur sacrée. Ceci interpelle les indépendantistes québécois. Le Québec «indépendant» ne fera pas fureur si des dizaines de nations jalouses de leur indépendance ne l'entourent pas dans des rapports peu ou prou égalitaires. C'est là que se joue l'avenir du Québec, et de l'indépendance des autres nations qui nous ressemblent, dans le contexte mondial.
    GV

  • Jean-Jacques Nantel Répondre

    27 février 2011

    La Chine, c'est inévitable, va devenir la première puissance mondiale, mais ce sera une superpuissance ignorante parce que sa culture est presque complètement fermée. Or, qui dit ignorance dit impuissance. ¨Knowledge is power¨, disait Francis Bacon.
    Quand on vit en Chine, on est toujours stupéfait de constater l'indifférence montrée par les Chinois pour les étrangers et leurs cultures. Seules les technologies qu'ils peuvent copier leur semblent d'intérêt. Fort peu parlent anglais, ont vécu à l'étranger ou s'y intéressent. Pire: quand ils voyagent à l'étranger, c'est le plus souvent en groupe compact. Signent-ils un contrat de construction, même dans un pays aux très bas salaires, qu'ils envoient les planificateurs, les ingénieurs, les contremaîtres ET les travailleurs. Ils réalisent le contrat entre Chinois puis vont ailleurs.
    Résultat: les Chinois, qui ont un urgent besoin de matières premières, investissent partout où se trouvent des gisements sans même essayer de comprendre les réalités des pays où ils se trouvent. Ils ont donc tendance à concentrer leurs investissements là où ils rencontrent peu de concurrence et, donc, à s'entendre avec des pays qu'évitent les entreprises occidentales. Voilà la source des catastrophes financières qu'ils subissent en Lybie et au Soudan.
    Si les Occidentaux, qui sont en contact direct avec ces pays et ces civilisations depuis des siècles, en comprennent mal les évolutions, on imagine ce que c'est pour les Chinois. Pacifiques par nature et commerçants dans l'âme, ces derniers, heureusement, ne sont pas et ne seront probablement jamais une grande menace pour le monde. Dieu merci!