DÉBAT DU PQ

Péladeau ciblé par ses adversaires

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Une stratégie prévisible, mais auto-destructrice

Le grand favori des sondages, Pierre Karl Péladeau, a fait face à un barrage de questions mercredi soir à l’occasion du premier débat officiel des candidats à la direction du Parti québécois. Le candidat Teflon a esquivé chaque fois — ou presque — les questions de ses quatre adversaires.

L’actionnaire de contrôle de Québecor a été une nouvelle fois hanté par son passé antisyndical. La députée de Vachon, Martine Ouellet, lui a demandé s’il appuierait une modification au Code du travail consistant à empêcher les employeurs de remplacer des travailleurs mis en lockout par des travailleurs à distance, une pratique qui avait notamment permis aux Journal de Québec et Journal de Montréal d’avoir le dessus sur leurs syndiqués lors de deux conflits de travail douloureux. Le député péquiste de Beauharnois, Guy Leclair, avait fait connaître en 2010 un projet de loi pour interdire le recours aux travailleurs à distance pendant un lockout.

Mme Ouellet s’est d’ailleurs attiré les huées d’une poignée des sympathisants de M. Péladeau, en grand nombre parmi les quelque 465 spectateurs réunis dans le Théâtre du cégep de Trois-Rivières. « Ce qui me paraît important, c’est de créer des entreprises », a répondu le magnat de la presse,éludant la question de sa consoeur.

Quelques minutes plus tard, Pierre Céré — le « cinquième candidat » — a pressé Pierre Karl Péladeau de réagir aux propos du professeur Alain Deneault, selon qui Québecor a échappé au fisc grâce à un pied à terre à la Barbade.

« Je ne pense pas que ce soit utile que je parle de Québecor ici », a rétorqué sèchement le député de Saint-Jérôme. Il a répété ne plus être à la barre de l’empire médiatique, la voix couverte par des applaudissements et des huées.

«Québecor sous ma direction n’a jamais eu de filiale dans des paradis fiscaux», a soutenu PKP, avant de préciser que l’État du Delaware, où sont incorporées des filiales de Québecor, ne constitue pas un «paradis fiscal» mais une tête de pont pour le marché américain.

Le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, avait été le premier à jeter les gants. Il a demandé à PKP s’il accepterait d’utiliser les deniers publics afin de faire la promotion du projet de pays du Québec, « [s’il ne peut] pas tenir de référendum dans un premier mandat ». Pas de réponse. « Moi, je suis positif », s’est-il contenté de dire, promettant de faire la démonstration que l’indépendance du Québec sera « rentable » auprès de la population québécoise d’ici au prochain rendez-vous électoral.

PKP a écarté du revers de la main les questions de ses adversaires, souhaitant plutôt, a-t-il dit, répondre aux questions du modérateur, Gilles Gougeon, et des militants péquistes. «C’est le Parti québécois qui organise le débat, hein. La moindre des choses, c’est de se plier à l’invitation et au format qui a été proposé», a-t-il lancé lors d’un impromptu de presse après le débat.

Les cinq candidats ont croisé le fer devant une salle comble. D’ailleurs, plusieurs militants péquistes et curieux ont été refoulés à la porte du Théâtre du cégep de Trois-Rivières.

Pierre Karl Péladeau, Martine Ouellet, Alexandre Cloutier, Bernard Drainville et Pierre Céré ont été interpellés sur une douzaine de questions en matière d’économie, de finances publiques et du rôle de l’État.

D’une seule voix, les cinq candidats se sont dits prêts à renoncer aux versements de péréquation d’Ottawa afin d’être maîtres de leurs destinées. Aux yeux de M. Drainville, la péréquation est ni plus ni moins une compensation pour les « dommages encourus dans la fédération canadienne ». « La péréquation, moi je l’emmerde ! » a poursuivi Pierre Céré. M. Péladeau s’est dit disposé à « chang[er] n’importe quand [son] chèque de péréquation pour avoir la liberté de [ses] choix ».

Selon Martine Ouellet, « il est urgent » de voir naître le pays du Québec. « Donnons-nous les moyens de devenir réellement maîtres chez nous ! » a-t-elle déclaré avant d’être chaudement applaudie par le parterre.

L’ex-ministre des Ressources naturelles, qui veut « lancer le Québec sur la voie du développement économique intelligent », a réitéré sa promesse de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat. « Ça nous donne sept ans. »

Gel salarial décrié

Le gouvernement libéral fait preuve d’un « manque de respect vraiment élémentaire » à l’égard des employés de l’État en cherchant à geler leur salaire pendant deux ans, a dit M. Péladeau.

L’ex-grand patron de Québecor a souligné la nécessité de « préserver et renforcer » l’administration publique québécoise, tout particulièrement en rehaussant l’expertise de l’État en génie et en informatique. « Nous devons rémunérer adéquatement [la fonction publique] », a-t-il dit.

« Nous allons marcher ensemble pour défendre les droits des travailleurs », s’est réjoui le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, après avoir durement égratigné le gel salarial demandé aux enseignants et aux infirmières par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

Par ailleurs, M. Péladeau est persuadé que l’économie se hissera au sommet des enjeux des prochaines élections générales, prévues en 2018. « Disons-le d’emblée et franchement, lors de la prochaine élection, l’enjeu économique sera déterminant pour la victoire de notre formation politique », a-t-il dit.

M. Péladeau propose de « moderniser l’État » s’il se retrouve aux rênes du gouvernement du Québec, notamment en incitant les gestionnaires à opter pour une « approche client ». « Pour contrôler notre destin, il faut d’abord contrôler notre économie », a-t-il affirmé, invitant la population québécoise à miser sur les réussites de l’Allemagne, misant sur une « économie ouverte ». « Nous n’avons pas peur de la concurrence ici au Québec. […] L’Allemagne, c’est un pays qui devrait nous inspirer. »

Les candidats à la direction du PQ croiseront le fer de nouveau à Sherbrooke (29 mars), à Québec (16 avril), à Rimouski (3 mai) et à Montréal (7 mai). Des débats non officiels se glisseront entre ces rendez-vous organisés par l’état-major du PQ. Le Comité national des jeunes du PQ (CNJPQ) les accueillera mercredi prochain à l’Université Laval, et les militants du Saguenay–Lac-Saint-Jean le 12 avril.


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