Pas de «eux contre nous»

Accommodements - Commission Bouchard-Taylor

Immigrés il y a plus de 300 ans de France ou d'Angleterre, ensuite, d'Italie ou de la Grèce, ou récemment du Rwanda ou du Bangladesh, nous avons appris à vivre ensemble. Nous avons partagé nos repas et nos fêtes. Et répété comme un engagement solennel les mots de notre poète: «Je crie avant que de me taire / à tous les hommes de la terre / ma maison c'est votre maison /... et les humains sont de ma race.»
Ensemble, nous construisons le Québec d'aujourd'hui. Nous parlons fièrement français et avons décidé des valeurs de notre vivre ensemble: la démocratie, l'égalité entre les femmes et les hommes, l'ouverture à l'autre, la laïcité de nos institutions publiques, le respect de droits fondamentaux contenus dans des chartes.
Certes, beaucoup reste à accomplir pour que nos gestes soient à la hauteur de nos paroles. Mais nous n'allons pas gâcher tout l'effort accompli. Quelques arrangements déraisonnables repris en boucle par des médias en mal d'auditoires nous ont laissé l'impression que notre société est en proie à une «invasion barbare»! Nous croyons qu'il n'en est rien et nous disons «Ça suffit».
Nous refusons la choquante distinction entre «nous» et «eux», car nous avons choisi de vivre en frères et soeurs. Le Québec moderne et accueillant doit refuser de céder au débat-spectacle qui oppose villes et régions, immigrants récents et société d'accueil. L'ignorance xénophobe n'est pas le Québec. Et les démagogues en mal de récolte électorale font fausse route en attisant les tensions.
D'abord, des faits
Pour un véritable débat éclairé et informé nous avons besoins des faits. En voici quelques-uns. Au moins 80 % des personnes immigrantes sont choisies par le Québec dans le cadre de programmes fondés, en partie, sur nos besoins en main-d'oeuvre. Voilà pourquoi les immigrants du Maghreb sont souvent plus scolarisés que la moyenne des Québécois. Pourtant, ils ont d'énormes difficultés à trouver un emploi. Lorsque l'on invite des gens à souper, ne serait-il pas «raisonnable» de leur servir un bon repas?
L'immense majorité des personnes immigrantes ne demande qu'à s'intégrer à la société québécoise.
Ce qu'on appelle «accommodements raisonnables» n'a rien à voir avec les vitres givrées d'un YMCA ou avec le refus de traiter avec une policière.
Mais si, à côté de plusieurs cours prénatals mixtes dans un CLSC, on trouve un cours non mixte, pourquoi pas, si cela peut permettre à des femmes de franchir un premier pas pour briser leur isolement?
Débat serein
Le Québec n'a pas besoin de rouvrir la Charte des droits et libertés. Le Québec a besoin d'un débat serein, raisonnable et raisonné, non-partisan et optimiste sur la mise en application des valeurs auxquelles nous sommes tous et toutes attachés.
Non pas un débat entre des Québécois d'origine plus ancienne contre d'autres d'origine plus récente.
Mais une discussion qui inclut des femmes et des hommes de bonne volonté qui se poseront ensemble des questions.
Nous saluons donc l'annonce par le gouvernement Charest de la création d'une commission d'étude sur les accommodements raisonnables.
Cependant nous déplorons l'absence à la tête de cette commission d'une femme qui, si elle était issue d'une minorité culturelle ou immigrante, pourrait permettre de renforcer le message d'inclusion qui doit présider aux destinées de ce débat.
De plus, la question de l'égalité entre les femmes et les hommes est centrale dans les débats qui agitent le Québec depuis trois mois.
À se demander
Voici donc les questions qui s'imposent au débat public:
- Comment impliquer et intégrer dans ce débat toute la population québécoise, y compris les nouveaux arrivants? Cette participation serait garante d'une meilleure compréhension par ceux-ci des valeurs qui fondent notre société moderne et qui sont donc non négociables.
- Comment concilier des valeurs comme la laïcité des institutions et le besoin de plusieurs Québécois, d'origines diverses, d'exprimer leur foi religieuse dans l'espace public?
- De quels moyens allons-nous disposer pour favoriser vraiment l'intégration des personnes immigrantes qui ont besoin de travail, de logement, de participation civique, de bon programmes de francisation?
- Comment poursuivre la lutte toujours nécessaire pour une égalité réelle entre les femmes et les hommes dans toute la population, dans tous les milieux et dans toutes les régions? Y a-t-il des stratégies particulières à adopter dans certaines situations? Comment inclure dans cette discussion les premières concernées?
Notre parti réclame de tous les décideurs politiques et des milieux de l'information de n'admettre aucune désinformation, omission volontaire ou exagération sans exclure, bien entendu, le débat nécessaire et la confrontation des idées dans le respect de l'autre.
Mais surtout nous invitons politiciens, décideurs publics et commentateurs à marteler inlassablement: nous sommes toutes et tous Québécois!
Amir Khadir, Porte-parole, Québec solidaire
Françoise David, Porte-parole, Québec solidaire

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Amir Khadir21 articles

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Député de Mercier et porte-parole de Québec solidaire

Médecin à l'hôpital Pierre-Le-Gardeur et porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir est médecin spécialiste en microbiologie-infectiologie et associé de recherche en maladies infectieuses.

Amir Khadir est une des icônes de la gauche québécoise. Avec Françoise David, il est le porte-parole du tout nouveau parti Québec solidaire, une formation issue de la fusion de l’Union des forces progressistes (UFP) et d’Option citoyenne.

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