PERSPECTIVES

Pari perdu (bis)

Ef823600bda978ed1313c926e4c57800

Harper a choisi le pétrole et le Canada se retouve dans le pétrin






Semaine après semaine, le gouvernement sortant est sans cesse ramené à son choix du « tout pétrole ». Lundi, le FMI est venu chiffrer les dommages structurels causés au PIB potentiel du Canada. Mardi, Mark Carney, ex-gouverneur de la Banque du Canada, a longuement abordé les risques de jouer l’option pétrolière dans un contexte de changements climatiques.

 

Pour reprendre les chiffres du ministre des Finances Joe Oliver, le gouvernement sortant a tout misé sur ces 20 % de l’économie canadienne qui se retrouvent aujourd’hui en récession. Dans une entrevue à l’Associated Press, M. Oliver préférait parler de « contraction » du PIB malgré « une récession technique » de deux trimestres, confinée au secteur énergétique. Si cette nuance se défend, elle n’est pas sans ramener le gouvernement sortant devant ses ratés liés à son obsession pétrolière.


 

Dans leur rapport publié lundi, les économistes du Fonds monétaire international (FMI) ont estimé que le recul des cours des matières premières viendra retrancher, en moyenne, 1 % de croissance économique par année jusqu’en 2017. Pour les pays exportateurs de pétrole, la ponction doit plus que doubler, à 2,5 % en moyenne. Le FMI a évoqué des dommages causés au PIB potentiel des pays concernés pouvant devenir durables, ce qui limite d’autant les moyens d’intervention des gouvernements concernés pour contrer le choc pétrolier. Le tiers du ralentissement anticipé étant davantage structurel que cyclique, l’effet d’une réaction sous forme d’assouplissement monétaire ou de politiques de stimulation devient plutôt stérile et inflationniste.


 

Le FMI parle, certes, d’un impact adouci par une dégringolade du dollar canadien ayant une portée bénéfique pour les autres exportateurs, dont le secteur manufacturier. Mais lorsque l’économie mondiale ne fonctionne qu’avec un seul moteur (les États-Unis) et que l’essentiel des pays concurrents sur ce marché bénéficie également d’une devise abaissée, l’avantage du taux de change se résorbe autant que les parts de marché.


 

Problèmes entiers


 

Les problèmes économiques structurels évoqués par le FMI demeurent donc entiers. D’autant que le « tout pétrole » conservateur a causé une sérieuse cicatrice, celle provoquée par le « mal hollandais », rappelant une blessure exacerbée par la Grande Récession de 2008-2009. Le Canada y a perdu quelque 9000 entreprises exportatrices, les provinces manufacturières se voyant notamment imposer le lourd tribut du développement des sables bitumineux dans l’Ouest poussant le dollar canadien à sa parité avec le dollar américain.


 

Autre malaise appelé à persister : le choc pétrolier devrait perdurer, avec des cours demeurant déprimés durant les cinq prochaines années, prévoit le FMI. Dans son dernier budget, Joe Oliver prenait soin de réviser fortement à la baisse, de 4,3 % à 1,6 %, la croissance du PIB nominal cette année afin de tenir compte de l’effet de la chute des prix de l’or noir et de l’essence sur le déflateur du PIB. Mais sa projection a été remontée autour de 4,6 % l’an prochain, dans l’anticipation d’un rétablissement des cours de l’or noir qui n’apparaît toujours pas dans les cartes.


 

Certes, le gouvernement sortant peut arguer que nul ne prévoyait un choc pétrolier avant la crise, encore moins d’une telle ampleur. Et que la révolution du schiste n’apparaissait pas dans les scénarios dominants. Mais il ne peut plaider l’innocence quant aux enjeux liés au réchauffement climatique. Mark Carney, à titre de président du Conseil de la stabilité financière, est venu indirectement le lui rappeler mardi. « Le poids de la preuve scientifique et la dynamique du système financier suggèrent qu’avec le temps, les changements climatiques menaceront les assises de la finance et la prospérité à long terme », a soutenu le gouverneur de la Banque d’Angleterre.


 

S’ajoute donc, ici, un autre défi structurel, associé à ces énergies fossiles devenues des facteurs de décroissance dans les modèles économétriques mesurant désormais les externalités, ainsi qu’à ces risques accrus, tant environnementaux que réglementaires, avec lesquels doivent composer les producteurs risquant ainsi la décote. Sans compter une responsabilité par rapport aux dommages directs inhérents aux catastrophes naturelles.


 

Comme héritage économique, on a probablement vu mieux.







Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé

-->