Par quatre chemins

Chronique de Patrice Boileau


Mais Non! Il n'est pas question ici de commenter la vénérable émission radiophonique animée par l'illustre Jacques Languirand, émission diffusée depuis toujours sur la Première Chaîne de Radio-Canada. Il s'agit plutôt d'analyser cette autre annonce désespérée qu'a faite Jean Charest la semaine dernière de la basse Côte-Nord.
La décision de prolonger la route 138 afin de relier les villages situés entre Kegaska et Vieux-fort constitue la dernière trouvaille du Premier ministre qui espère ainsi paver la route de son gouvernement vers un second mandat! Embourbée dans le fossé depuis son élection en 2003, l'administration libérale n'en finit plus d'essayer de trouver une façon de convaincre l'électorat francophone qu'elle doit demeurer dans le siège du conducteur. D'où la présence de Jean Charest dans les régions québécoises depuis quelques semaines. Le député de Sherbrooke ne sera cependant pas aperçu dans les endroits majoritairement peuplés de non-francophones, puisqu'il sait très bien que cette clientèle lui est acquise.
Quoi de mieux donc que du bon vieux bitume pour courtiser les Québécois! On se souviendra que Maurice Duplessis promettait des kilomètres de routes durant ses années de gouverne. L'astuce a fait recette depuis ce temps. Sauf qu'il y a des limites à essayer de duper les gens en ressuscitant abusivement une vieille promesse qui croupit dans les boules à mites depuis des lustres ! Et encore : il y aura des tronçons de cette route constitués de « garnotte! » Quel pingre ce Premier ministre!
Mais il y a pire. Le projet nord-côtier se réalisera seulement si Ottawa allonge la même somme que Québec : soit 100 millions de dollars! Voilà qui place le gouvernement conservateur de Stephen Harper dans une bien mauvaise posture. Quel bandit de grand chemin, ce Jean Charest! Pas de doute que les relations dérapent entre l'administration conservatrice et le gouvernement libéral pour que Québec agisse ainsi. Advenant un refus de la part d'Ottawa d'octroyer l'argent, plusieurs Nord-Côtiers voudront enduire le chef du PC de goudron et de plumes, une sanction bien connue en Alberta!
Voilà donc une nouvelle manière pour le Premier ministre Charest d'aller chercher des millions à Ottawa. Peut-être s'agit-il de sa dernière innovation pour rapatrier les fonds fiscaux que le gouvernement fédéral refuse de remettre à Québec : une façon inédite de faire la rue pour amasser des sous, en attendant que ne débutent des discutions formelles avec Stephen Harper pour régler le déséquilibre fiscal.
Le Premier ministre conservateur ne semble pas pressé de donner signe de vie à ce sujet. On pourrait même penser que Stephen Harper espère se défiler de ces pourparlers, à l'entendre prévenir ses troupes de se tenir prêtes à un scrutin automnal, si l'entente sur le bois d'œuvre ne devait pas être adoptée aux Communes. Il semble pourtant clair qu'elle le sera, puisque les représentants québécois de l'industrie du bois d'œuvre, écœurés, se sont ralliés, ainsi que le dirigeant de la FTQ Henri Massé. Le Bloc québécois n'aura donc pas le choix que d'exprimer la volonté de ces derniers. L'avertissement de Stephen Harper est en conséquence farfelu et trahit plutôt l'esprit de désarroi dans lequel il se trouve. La vérité est qu'une élection fédérale cet automne lui permettrait de gagner du temps puisque qu'après, au printemps 2007, c'est Jean Charest qui invitera les Québécois à le réélire, sous prétexte qu'Ottawa ne voudra négocier qu'avec un bon gouvernement fédéraliste. D'ici là, le ralentissement économique observé aux États-Unis, combiné à un dollar canadien fort, se propagera au Canada sauf en Alberta. Ottawa aura alors beau jeu et pourra s'appuyer sur cette réalité en consentant peu d'argent au gouvernement du Québec. Le chef libéral, de son côté, s'agrippera également à ce prétexte pour tenter de camoufler son échec.
Reste donc la tactique qui a été observée sur la côte-nord, soit l'annonce d'un projet conditionnel à la participation financière du gouvernement fédéral. Lorsque les Québécois seront conviés aux urnes, il ne faudra pas se surprendre de voir le projet de prolongement de l'autoroute 30 déterré d'une des régions agricoles qui est parmi les plus fertiles du Québec. L'actuel silence de Jean Charest dans ce dossier découle des protestations provenant des agriculteurs du sud de la Montérégie. La lutte est loin d'être finie. Ce gouvernement qui se dit le champion du développement durable est toujours déterminé à gaspiller des kilomètres de terres arables pour y construire cette voie rapide. Le PLQ fera également renaître durant la campagne électorale sa promesse pourtant déjà dévoilée de construire l'autoroute 50 le long de la rivière Outaouais, entre Lachute et Gatineau. Et puis, il y a le projet du pont de l'autoroute 25 qui doit enjamber la rivière des Prairies, au nord de Montréal. Une autre entreprise qui n'a rien de bon à offrir à l'environnement.
C'est par quatre chemins que Jean Charest s'y prend pour courtiser des Québécois qui ne veulent plus de lui. La route sera longue pour le Premier ministre d'ici le printemps prochain. Le véhicule libéral roulera assurément à bas régime, dans l'espoir de voir la machine conservatrice affronter l'électorat la première. Il pourrait bien y avoir finalement deux scrutins presque coup sur coup avec, comme résultat, la formation de gouvernements minoritaires. Voilà qui n'augure rien de bon pour un Québec qui s'apprête à faire face à un essoufflement de son économie.
En attendant, il y a l'organisation des fêtes du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec qui piétine. Cet événement majeur s'inscrit profondément dans l'histoire du peuple québécois. Or les préparatifs sont en panne; sur la voie de déserte. Une honte. C'est que l'événement recèle, que l'on veuille ou pas, un caractère indépendantiste. Une patate chaude donc pour Jean Charest et Stephen Harper dont la présence à Québec en 2008 serait surréaliste. Désolant. Les festivités doivent être célébrées dans un Québec souverain. Il serait insoutenable de voir des fédéralistes sur la tribune d'honneur s'y prendre par quatre chemins, pour balbutier l'importance que revêt cette commémoration pour la nation québécoise.
Patrice Boileau
_ Carignan, le 26 août 2006
P.S. Le hasard a cruellement rattrapé le titre de ma chronique cette semaine. C'est sur la route qu'est décédé lundi monsieur Benoît Sauvageau, député souverainiste de la circonscription de Repentigny. J'aimerais offrir mes sincères condoléances à sa famille ainsi qu'à ses collègues du Bloc québécois.


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