Panneau de Lord Durham: le Bloc exige des excuses

Rébellions 1837-2007


Hugo de Grandpré - La controverse soulevée par une affiche de Lord Durham au centre-ville d'Ottawa continue à faire des vagues au Parlement. Le Bloc québécois demande maintenant des excuses publiques du gouvernement pour des propos jugés offensants envers les Québécois.

Le parti de Gilles Duceppe en a fait la requête à la Chambre des communes, hier, malgré le fait que la Commission de la capitale nationale avait remplacé l'affiche la veille et que les responsables de l'organisme se sont déjà excusés plus tôt ce mois-ci.
La CCN a retiré le panneau de la rue Sparks le 5 novembre, après qu'un article de La Presse eut relevé qu'il ne faisait pas mention du fait que John George Lambton, dit Lord Durham, avait recommandé l'assimilation des Canadiens français dans un rapport remis au gouvernement britannique en 1839.
Ce panneau faisait partie d'une exposition en plein air en hommage aux bâtisseurs de la capitale à l'occasion du 150e anniversaire de sa création. Le nouveau panneau ne montre plus le portrait de Lord Durham, mais une image ancienne d'Ottawa.
Le texte a aussi été modifié et, s'il évoque toujours l'apport de cet envoyé de la Couronne britannique dans la construction du Canada, il va plus loin.
Le rapport Durham a valu à son auteur une double réputation, peut-on lire sur le nouveau panneau. Il a d'abord «établi les bases de la démocratie parlementaire moderne au Canada» en proposant l'union du Haut-Canada et du Bas-Canada. Mais on l'a aussi accusé d'avoir «menacé la survie de la culture canadienne-française».
«La Commission de la capitale nationale a reconnu son erreur en modifiant le panneau sur Lord Durham, qui était considéré comme un affront historique fait aux Canadiens français», a noté le député bloquiste Luc Malo durant la période de questions.
«Est-ce que le gouvernement pourrait en faire autant et présenter des excuses publiques à la population pour mettre fin une fois pour toutes à cette histoire regrettable?»
Le ministre responsable de la CCN, Lawrence Cannon, a répondu que l'organisme s'était déjà excusé. «La Commission de la capitale nationale a reconnu l'erreur au niveau de l'interprétation historique, a apporté les corrections pour refléter la réalité des choses et non pas d'interpréter l'histoire canadienne comme elle l'est», a-t-il dit.
Si le gouvernement a semblé peu disposé à se plier à la demande du Bloc, un auteur anonyme a pour sa part pris l'initiative de s'excuser au nom de Lord Durham lui-même. En effet, une lettre datée de jeudi et signée du nom de Durham a été collée à côté du nouveau panneau.
«Je tiens à m'excuser pour mes propos désobligeants à l'égard du peuple canadien-français d'Amérique, qui a su par son courage et sa valeur contribuer à l'édification de ce grand pays», est-il écrit sur le document de deux pages.
«En traitant ce peuple de "dépourvu de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple", je reconnais avoir été une profonde source de motivation pour tous les francophones d'Amérique.»
L'auteur poursuit en félicitant tout particulièrement une série de personnalités connues, qu'il nomme par ordre alphabétique. La liste commence par Alexandre Despatie, «champion du monde au plongeon», et se termine avec Wilfrid Laurier, «premier ministre du Canada». On cite aussi Céline Dion, René Lévesque et Louis-Joseph Papineau, notamment.
Une position contestée
La position exprimée par le Bloc québécois et le gouvernement ne fait pas l'unanimité à l'extérieur de la Chambre. Dans un éditorial publié il y a deux semaines, lorsque le panneau a été retiré, The Ottawa Citizen a demandé au gouvernement de ne pas «réécrire l'histoire». «Nous ne devrions pas oublier que les Canadiens n'ont pas choisi de suivre la recommandation de Durham au sujet de la race», a rappelé le quotidien.
Lord Durham voyait les Canadiens français comme «un peuple sans culture et sans histoire» qui était nettement inférieur «à la race anglaise» et il proposait d'augmenter l'immigration des îles britanniques pour venir à bout de leur résistance.
«La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise (j'applique cela à tous ceux qui parlent anglais) y apparaît dans un état d'infériorité. C'est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais.»
Dans un article publié hier, The Ottawa Citizen a cité un professeur d'histoire de l'Université d'Ottawa, Michael Behiels, qui déplore la tournure des événements. «Retirer la photo de quelqu'un est un peu ridicule, dit-il. Cela n'a rien à voir avec l'histoire. Ce sont plutôt des relations publiques.»
Joint par La Presse, le professeur Behiels a expliqué que, à son avis, Lord Durham est souvent blâmé parce qu'il est mal compris. «Les gens ne lisent pas Durham. Les gens ne comprennent pas la façon dont il pense. On dit qu'il était en faveur de l'assimilation. Mais il faut demander pourquoi...»
Lord Durham était un progressiste libéral qui préconisait l'homogénéité sociale et culturelle pour favoriser l'avancée économique et industrielle des colonies et du peuple anglais, a souligné M. Behiels. «Il était commun à l'époque, dans la société anglaise, de vouloir assurer cette homogénéité de la population.»
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