Ouvrons notre grand livre d'histoire aux immigrants

Citoyenneté québécoise - Conjoncture de crise en vue



Depuis la sortie du projet de loi sur l'identité québécoise de Pauline Marois, le débat au sujet de l'intégration des immigrants à la société québécoise crée de nouveaux déchirements au sein de notre société. D'entrée de jeu, essayons de recentrer ce débat à la lumière de notre histoire récente.

Au lendemain de la défaite référendaire de 1995 et des propos de Jacques Parizeau, les souverainistes se placèrent sur la défensive en se culpabilisant de ne pas avoir assez ouvert leur projet souverainiste aux Québécois issus des communautés culturelles. On assista alors à la naissance d'un débat enflammé sur la nation québécoise. Tant chez les politiciens que chez les intellectuels, on se mit à vouloir redéfinir la nation québécoise pour l'exorciser de tous ces travers ethniques, afin de la rendre conforme à la mosaïque québécoise.
À cette occasion, l'historien et sociologue Gérard Bouchard plongea dans le débat et devint rapidement le chef de file de ce courant; il invita les Québécois à une réécriture de leur histoire nationale. Il nous conviait à réviser le «nous» qui servait de sujet et d'objet à l'histoire nationale. Pour ce faire, il voulait assigner à l'histoire nationale une fonction ou une finalité qu'il qualifia de sociale. Dans cette foulée, le programme d'histoire du Québec et du Canada au secondaire fut remplacé en 2007 par celui d'Histoire et d'éducation à la citoyenneté, qui secondarise les dimensions politique et nationale de l'histoire du Québec au profit d'une histoire sociale.
Pendant ce temps, des nationalistes conservateurs au sein du Parti québécois en profitèrent, après le départ d'André Boisclair, pour convaincre Pauline Marois et certains députés d'un nécessaire virage identitaire à la suite de la cuisante défaite du 26 mars 2007.
Réhabilitant le «nous» de la majorité franco-québécoise lors de son discours à Charlevoix, la chef du Parti québécois déposa deux mois plus tard son projet de loi sur l'identité québécoise qui obligerait les nouveaux immigrants à avoir une connaissance appropriée de la langue française dans un délai de trois ans pour pouvoir obtenir la citoyenneté québécoise qui leur permettrait, entre autres choses, de se présenter comme candidat lors d'élections au Québec.
Il est tout de même curieux de voir le Parti québécois se faire le chantre d'une meilleure intégration des immigrants à la société québécoise, quand on se souvient que ce même parti a fermé les Centres d'orientation et d'intégration des immigrants (COFI) à la fin des années 1990 par mesure d'économie... Ce lieu d'accueil et d'intégration permettait sans aucun doute à tous ceux et celles qui les fréquentaient de se familiariser à notre culture et à nos valeurs.
Par ailleurs, dans le programme du Parti québécois de 1994, il était clairement indiqué que «l'enseignement de l'histoire serait obligatoire à tous les niveaux incluant les COFI pour que les immigrantes et immigrants connaissent nos origines». Cette politique d'enseigner l'histoire du Québec dans les COFI ne fut, par conséquent, jamais instaurée par le Parti québécois.
Pourtant, une meilleure connaissance de l'histoire de leur société d'accueil aurait permis à nos nouveaux concitoyens de mieux apprécier les valeurs de la société québécoise, sa culture et sa langue française. Si les Québécois issus de l'immigration ignorent le parcours historique de la société québécoise, accepteront-ils aussi facilement de parler français à l'école ou dans leur milieu de travail? Si nous ne leur enseignons pas qu'il y a 400 ans le territoire du Québec fut colonisé par la France et que nos ancêtres ont été conquis en 1760 par l'Angleterre, ils auront de la difficulté à comprendre pourquoi nous les obligeons à aller à l'école française.
D'une part, l'ouverture à la diversité ne signifie pas qu'il faille oublier notre histoire et notre culture qui est le creuset de notre identité. D'ailleurs, aucun Québécois issu des communautés culturelles ne nous a demandé de le faire. Au contraire, au cours de la commission Bouchard-Taylor, plusieurs immigrants ont exprimé le souhait de mieux connaître notre histoire.
Il faudrait peut-être reconnaître que la connaissance de l'histoire du Québec et de sa culture demeure essentielle à une meilleure intégration de ceux et celles qui viendront enrichir le Québec de demain. D'autre part, ce n'est pas en leur enfonçant notre langue française dans le gosier que les nouveaux immigrants prendront plaisir à s'intégrer à la culture québécoise. Commençons par leur enseigner d'où nous venons et ce que nous sommes devenus en 400 ans d'histoire avant de leur demander de s'intégrer à part entière à la société québécoise.
Il serait sûrement indélicat de notre part de faire porter le poids de notre ambivalence nationale et de nos indécisions référendaires sur l'échine des communautés culturelles. Il ne faudrait surtout pas que notre incapacité à nous doter d'un pays à court et moyen terme nous amène à nous consoler par l'instauration de symboles au niveau identitaire qui ne pourraient que nuire au projet souverainiste à long terme. Continuons d'ouvrir le cercle de la nation québécoise à tous qui veulent bien y adhérer, tout en leur enseignant l'histoire de notre parcours distinctif en cette terre d'Amérique du Nord.
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Josiane Lavallée, Historienne et enseignante à Montréal
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