Oui pour une police neutre et non, mille fois non, Madame Plante, pour une milice communautaire

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Pas de place pour les signes religieux dans la police de Montréal


Dans sa conception de la représentativité, la mairesse ne donne aucune place à l’individu. Pour elle, la société est composée de communautés et non pas  d’individus. Elle abandonne l’individu à la communauté. Suivant cette logique, il est légitime de se demander qui représente les individus qui ne sont pas représentés par aucune communauté reconnue; ceux que le voile, le turban ou autre signes religieux ostentatoires ne représentent rien pour eux. Et le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont nombreux. De quelle façon sont-ils représentés par les institutions? De plus, dans une société historiquement déterminée par un processus de sécularisation, n’est-il pas absurde de parler de communautés religieuses et surtout d’essayer de donner à celles-ci une visibilité politique? Poussons cette conception multiculturaliste de l’État jusqu’au bout; la mairesse est-elle représentante d’une communauté ou de toutes les communautés?… 


      


       La mairesse de Montréal, Valérie Plante, demande au corps policier d’entreprendre une réflexion au sujet de l’intégration du hidjab musulman  et du turban sikh dans l’uniforme réglementaire. Une réflexion, selon elle qui est « dans l’air du temps ». Cette demande correspond à son mandat de « rendre la Ville de Montréal plus inclusive et représentative de la population montréalaise ». Nous voilà plongés de nouveau dans l’éternel débat sur la laïcité que nos dirigeants refusent de régler. Notre mairesse justifie cette demande par sa volonté d’améliorer la représentation des communautés. Personne ne peut nier que son  attention est louable sur le plan moral et par rapport à l’esprit de la démocratie. Certes, les institutions doivent être représentatives, mais de quoi précisément? Eh bien, des citoyens et des citoyennes, autrement dit des individus,  ou bien des groupent d’individus qui se réclament d’une communauté qui se dit représentative d’individus?



Valérie Plante: la mairesse de Montréal


           Il semble que la représentativité dont la mairesse de Montréal parle concerne les communautés. Si l’on transpose cette façon de percevoir la représentativité aux institutions démocratiques, il semble que pour la mairesse  ce que Rousseau qualifie de volonté générale sur laquelle repose la souveraineté ne transcende pas les volontés appartenant aux communautés qui la composent, leur particularité ne s’efface pas au profit de l’universalité garante de l’égalité du traitement. Car, la communauté,  quoiqu’elle fasse, elle  est animée par une volonté particulière qui tend par nature,  selon Rousseau, aux préférences contrairement à la volonté générale qui tend par nature à l’égalité. Selon le raisonnement de la mairesse de Montréal, la souveraineté  doit être un reflet fidèle de la société. Toutes les particularités de la société doivent être présentes dans les institutions étatiques. Dans ce cas les deux religions historiques appartenant à la majorité des citoyens et citoyennes québécoises doivent, elles aussi, être visibles dans les institutions. Ainsi, toutes les institutions de l’État ressembleront à des églises catholiques, car c’est la religion de la majorité. L’hôtel de ville de Montréal, où siège par ailleurs la mairesse, doit ressembler à une église. D’ailleurs, il lui ressemble un petit peu si l’on regarde aux signes religieux qui ornent ses murs et ses plafonds. Cette vision multuculuraliste de l’État ne protège pas les minorités religieuses, au contraire elle fait de ses membres des sous-citoyens. Ce n’est pas un signe d’ouverture envers les citoyens considérés comme appartenant à des minorités; bien au contraire, c’est un signe de fermeture et d’exclusion systémique qui renvoie le citoyen à son groupe ethnique, culturel ou religieux au lieu de le considérer comme un citoyen qui a des droits et des devoirs similaires à ceux des autres citoyens. La vraie ouverture peut venir de la neutralité et de la représentation citoyenne et non pas de la promotion du communautarisme religieux.    


          Par ailleurs, dans sa conception de la représentativité, la mairesse ne donne aucune place à l’individu. Pour elle, la société est composée de communautés et non pas  d’individus. Elle abandonne l’individu à la communauté. Suivant cette logique, il est légitime de se demander qui représente les individus qui ne sont pas représentés par aucune communauté reconnue; ceux que le voile, le turban ou autre signes religieux ostentatoires ne représentent rien pour eux. Et le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont nombreux. De quelle façon sont-ils représentés par les institutions? De plus, dans une société historiquement déterminée par un processus de sécularisation, n’est-il pas absurde de parler de communautés religieuses et surtout d’essayer de donner à celles-ci une visibilité politique? Poussons cette conception multiculturaliste de l’État jusqu’au bout, la mairesse est-elle représentante d’une communauté ou de toutes les communautés? Si elle est représentante d’une communauté quelle est cette communauté et quel est son signe ou symbole religieux en dehors de la neutralité qu’elle remet en question? Pourquoi ne devrait-elle pas exhiber son appartenance religieuse? Lorsqu’on a voté pour elle aux dernières élections, on l’a fait non pas parce qu’elle est membre d’une communauté religieuse, mais parce qu’elle nous a présenté, en tant que citoyenne, un programme que nous avons jugé intéressant. Elle nous a séduits par son programme et non pas par sa religion. Jusqu’à présent, on ne sait pas si elle est croyante ou pas. Sa religion ne nous intéresse aucunement, si tant est qu’elle soit à la hauteur de la femme politique qu’elle a donnée à voir pendant la campagne électorale. Mais avec ce lien qu’elle fait entre la représentativité et les signes religieux, il semble que la mairesse remet en question la neutralité de l’État qui ne favorise aucun individu sur un autre et aucune communauté sur une autre.



Le centre ville de Montréal, vu du Vieux-Port


        Concernant la communauté dite musulmane, sur quelle base la mairesse a choisi le voile comme signe représentant cette communauté? Ce signe n’est-il pas lui-même  objet de débat entre les musulmans ou entre les gens de culture musulmane croyants ou non? Que ferait-elle des musulmans qui ne s’identifient pas au voile? Ils sont nombreux. Comment seront-ils représentés? La culture se réduit-elle à la religion ou bien a-t-elle d’autres expressions? Cette façon de concevoir la culture ne  remet-elle pas  en question la séparation du politique de la religion? Autant de questions que les justifications de la mairesse de l’acceptation des signes religieux ostentatoires dans le corps de police suscitent. Toutes ces interrogations soulèvent de nouveau la problématique du rapport de l’État à la religion.


        Revenant aux agents de police; il est clair qu’ils sont en position d’autorité; ils  incarnent le pouvoir de l’État et non pas celui de la  communauté dont ils sont issus. Ils ne sont pas une milice communautaire. Les policiers sont au service de toute la société et non pas de leur communauté. Ils sont représentatifs de l’État et non pas d’une société. Ainsi, du moment que l’État n’est pas une communauté religieuse, ceux et celles qui le représentent doivent-ils être neutres pour ne pas donner l’impression que le pouvoir des institutions étatiques sont  sectaires. De plus, ce débat soulève sur le plan sociétal des interrogations qui méritent réflexion. Il n’y a pas que les convictions religieuses qui orientent notre carrière professionnelle; des personnes ont choisi de ne pas être policiers parce que cette fonction ne correspond pas à leurs convictions philosophiques, ceux-ci n’aimant pas par exemple la discipline, l’autorité et l’organisation verticale. Faut-il changer dans ce cas le fonctionnement de la police pour les intégrer ou bien c’est plus sensé pour eux de choisir une autre profession? Que fera-t-on du musulman qui veut travailler dans un abattoir non halal? Doit-on lui aménager un espace dans cet abattoir qui correspond à ses convictions religieuses? Que fera-t-on du jeune musulman qui souhaite travailler dans des bars? En fait, la société offre beaucoup d’emplois qui ne sont pas adéquats avec les convictions personnelles de ses membres. 


        En somme, la mairesse ne nous invite pas à une réflexion; elle se positionne en moralisatrice qui nous convie à rentrer dans l’ère du temps, du moins dans sa vision de ce qu’est l’ère du haut de ses œillères idéologiques, et faire comme d’autres dirigeants font d’ailleurs. Pour elle, un modèle existe déjà; il n’y a qu’à mimer; à l’appliquer chez nous sans aucune considération à l’opinion de la majorité des citoyens ni au principe de la neutralité essentiel pour le vivre-ensemble qu’est censé incarner l’État.