Mr. Freeze

Université - démocratisation, gouvernance et financement



Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a confirmé hier sa promesse de geler à 7$ le tarif quotidien des centres de la petite enfance. On sait que M. Boisclair s'est également engagé à maintenir le gel des droits de scolarité universitaires. Le gel est une politique populaire. C'est aussi une politique néfaste.
M. Boisclair n'est évidemment pas le seul à avoir joué au Mr. Freeze pour séduire l'électorat. Le chef libéral, Jean Charest, avait fait exactement la même chose en 2003. En ce qui a trait aux CPE, il a rompu sa promesse et augmenté les tarifs de 5$ à 7$. Cette année (enfin!), les libéraux ont annoncé qu'ils augmenteront les droits de scolarité s'ils sont réélus. Ils restent toutefois bien discrets au sujet des garderies. Une augmentation, se contentent-ils de dire, n'est pas "dans leurs cartons". Une façon de ne rien promettre.
Les partisans du gel des tarifs des garderies nous servent l'argument de l'accessibilité. Or, comme pour les universités, on n'a aucune indication que la baisse continue de la contribution des parents - étant donné l'inflation, le gel constitue en fait une diminution du tarif - favorise l'accessibilité. D'ailleurs, la clientèle des milieux défavorisés est sous-représentée dans les CPE. Lorsque l'État juge que les bénéficiaires d'un service public devraient en assumer une partie des coûts, cette part devrait être maintenue dans le temps. C'est-à-dire que les tarifs devraient augmenter au même rythme que les dépenses.
Le gel des tarifs des services publics a plusieurs effets pervers. Il prive ces services de ressources financières importantes, grevant d'autant les coffres de l'État. Le gel des droits de scolarité a privé les universités d'une somme globale de plus de 250 millions en dix ans. Si le prochain gouvernement indexait le tarif des CPE, celui-ci passerait en cinq ans de 7$ à 7,75$, une augmentation fort raisonnable... qui procurerait, la cinquième année, la jolie somme de 38 millions aux garderies.
On peut bien se scandaliser du fait que la contribution parentale a augmenté "de 40%" sous le gouvernement Charest. Mais si, dès l'origine du programme, le tarif avait été indexé, ce sursaut n'aurait pas été nécessaire. Et il reste que les parents paient seulement 18% des coûts du programme.
Les gels de tarifs isolent l'usager de la croissance des coûts. Dans certains domaines - la santé, par exemple - cela peut entraîner un usage abusif. Dans le domaine du transport, les Québécois circuleraient peut-être un peu moins en automobile, les entreprises recourraient peut-être un peu moins au camionnage si Québec n'avait pas enlevé les péages sur les autoroutes. Enfin, l'usager qui ne voit pas sa facture grimper ne fait pas pression sur les gestionnaires pour que la croissance des coûts soit strictement contrôlée. Autrement dit, dans les CPE comme dans les universités, l'usager ne joue pas son rôle de client, ce qui peut générer de l'inefficacité dans le système.
Les leaders péquistes savent tout cela, eux qui ont modifié le régime d'assurance-médicaments pour faire en sorte qu'il soit en grande partie autofinancé par des hausses annuelles des primes. Mais, dans les cas des services de garde et de l'enseignement supérieur, ils n'osent pas sortir de leurs ornières. André Boisclair souhaitait sans doute le faire. Malheureusement, il n'a pas à l'heure actuelle un ascendant suffisant sur son parti pour l'amener à prendre ce virage vers le réalisme.

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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