Montebello: Harper, Bush et Calderón auront de quoi discuter

Sommet de Montebello - 20 et 21 août 2007

Ottawa -- Qu'ont en commun l'Arctique, les changements climatiques, les pandémies continentales, les jouets contaminés au plomb et la sécurité aux frontières? Ils feront tous l'objet de discussion à compter d'aujourd'hui alors que George W. Bush et Felipe Calderón arrivent à Montebello pour une rencontre de deux jours avec le premier ministre Stephen Harper. Jaime Gutiérrez Novales, simple vendeur dans une entreprise funéraire de Mexico, espère quand même s'inviter dans la conversation des grands.
La rencontre constitue la troisième depuis la création, en mars 2005, du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP) qui regroupe le Canada, les États-Unis et le Mexique. M. Harper discutera en tête-à-tête avec M. Bush cet après-midi, et les trois hommes souperont ensemble ce soir. Leurs travaux à trois ne commenceront véritablement que demain, alors que 30 personnalités du monde des affaires (dix de chaque pays) leur soumettront une «réflexion» sur la compétitivité.
À l'ordre du jour
Les sujets à l'ordre du jour sont nombreux, selon l'exposé qui en a été fait la semaine dernière par de hauts fonctionnaires fédéraux. La souveraineté canadienne en Arctique, que le gouvernement conservateur s'est mis en tête d'exercer davantage, sera discutée. «Je serais surprise si les leaders ne soulevaient pas cette question», a indiqué une des fonctionnaires jeudi dernier. «Ils voudront prendre un peu de temps pour discuter de leurs intérêts respectifs dans l'Arctique, non seulement dans une optique de souveraineté, mais aussi en tant que gardiens des ressources qui s'y trouvent.»
Devant le nombre croissant de rappels de biens fabriqués en Chine, la sécurité des biens importés risque aussi de se tailler une place dans les courtes discussions des trois leaders (leur rencontre et leur lunch à trois dureront un total d'environ trois heures). «Je ne m'attends toutefois pas à ce qu'une entente en résulte», a indiqué la fonctionnaire.
Voyageurs mexicains bafoués
Un des sujets que le président mexicain abordera sans aucun doute avec M. Harper lors de leur tête-à-tête de mercredi matin sera le traitement des voyageurs mexicains refoulés à la frontière canadienne. Un nombre croissant de visiteurs se sont vu refuser l'accès au Canada au cours de la dernière année. Sans aucune explication, ils sont interceptés par les agents canadiens d'immigration et renvoyés dans leur pays après avoir été traités cavalièrement.
C'est arrivé à Jaime Gutiérrez Novales. L'homme travaille comme coordonnateur des ventes dans une entreprise funéraire à Mexico. Le 28 décembre 2006, il atterrit à Montréal pour venir y rendre visite à un ami en touriste avec en poche 1500 $ comptant et un billet de retour. Après l'avoir interrogé, un agent d'immigration demande à voir l'ami qu'il venait visiter, à qui il exige 3000 $ pour permettre le séjour de trois mois du nouvel arrivant. Comme c'est impossible, M. Gutiérrez Novales est emmené dans une pièce à l'écart pour y subir un interrogatoire de quatre heures.
Ce n'était que le début d'un cauchemar pour le Mexicain. On le menotte, on l'enferme dans une cellule de 3 m x 3 m pendant une bonne partie de la nuit avant de l'emmener avec d'autres détenus mexicains dans un centre d'immigration au centre-ville de Montréal. Une douche lui est alors permise, mais aucun repas ne lui est servi. S'il admet n'avoir jamais été brutalisé, M. Gutiérrez Novales a néanmoins dû se déshabiller à dix reprises pour des fouilles complètes. Tôt le lendemain, toujours menotté, il est reconduit à l'aéroport pour être renvoyé sur-le-champ vers Mexico.
«On m'a démonisé. Ç'a été une expérience traumatisante. Je n'ai pas compris sur le coup pourquoi on me traitait ainsi et je ne comprends toujours pas. J'ai de l'argent, je possède même une maison et un appartement», a raconté M. Gutiérrez Novales en entrevue avec Le Devoir. «J'ai perdu de l'argent parce que mon billet ne m'a pas été remboursé. J'ai écrit à l'ambassade canadienne au Mexique et au ministère des Affaires étrangères d'ici, et tout ce que j'ai reçu comme réponse c'est un message du ministère me disant que ma plainte avait été transmise au consulat à Montréal.»
À l'ambassade mexicaine à Ottawa, on compile ce genre de cas, qui sont au nombre d'une vingtaine pour l'instant. «Le gouvernement mexicain ne conteste pas le droit souverain du Canada d'accepter ou de rejeter des visiteurs, mais on réclame un traitement plus digne et plus humain», explique le porte-parole Mauricio Guerrero. Le Mexique est désormais le pays d'où provient le plus grand nombre de demandeurs du statut de réfugié au Canada, avec 3419 demandeurs en 2006, quatre fois plus qu'il y a neuf ans.
Pesticides au menu
Ces discussions au sommet sont parfois informes et débouchent sur des déclarations à ce point générales qu'elles n'ont pas l'air d'avoir d'impact. Pourtant, les retombées du PSP sont très concrètes. Ainsi en va-t-il de la volonté d'harmoniser la réglementation entre les trois pays et de réduire les irritants commerciaux.
Le Canada et les États-Unis testent chacun de leur côté l'innocuité des nouveaux pesticides avant d'en autoriser l'utilisation. Désormais, les deux pays se partageront la tâche. Si un pays autorise un produit, l'autre l'autorisera aussi sans effectuer ses recherches indépendantes.
Autre conséquence du PSP, le Canada a récemment accepté de revoir à la hausse la quantité de résidus de pesticides admise sur les fruits et légumes mis en vente. Les normes divergentes entre le Canada et les États-Unis étant considérées comme des «irritants» par les agriculteurs, les deux pays ont choisi de les harmoniser. Les normes canadiennes sont plus sévères que les américaines pour 40 % des pesticides contrôlés et moins sévères pour seulement 10 %.
Mais on n'entendra rien de tout cela au sommet. Comme l'a indiqué la fonctionnaire fédérale, on «ne [s]'attend pas à ce que les leaders discutent de réglementation spécifique, mais un des domaines où des progrès significatifs ont été faits, et où on s'attend à en faire davantage, est la coopération réglementaire». Le sujet sera, en public, abordé de façon très générale pour être par la suite discuté dans ses applications concrètes par les bureaucrates, loin des projecteurs.
C'est justement en réaction à cette absence de suivi public que le chef libéral Stéphane Dion a réclamé cette semaine la divulgation de l'identité des participants aux groupes de travail et de l'état d'avancement de leurs travaux. Afin d'alerter le public sur ce qui se trame. M. Dion a d'ailleurs déploré la révision à la baisse des normes canadiennes. «Qu'on s'aligne sur les meilleures normes. Si ce sont les canadiennes, que les Américains, et si possible les Mexicains, les mettent en oeuvre. C'est cela, la solution et non le contraire», a-t-il déclaré vendredi.
Selon les hauts fonctionnaires, il ne faut pas y voir une américanisation du pays. «Il ne s'agit pas d'abdiquer notre souveraineté. Il ne s'agit pas de renoncer à notre capacité à réglementer au nom des Canadiens. Il s'agit d'adopter une réglementation intelligente qui n'engendre pas des coûts inutiles pour les entreprises.»
Avec la collaboration de Lisa-Marie Gervais


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