Monsieur Couillard, agissez en faveur de la laïcité!

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«Quand il y a du flou, c'est qu'il y a un loup»

Monsieur le premier ministre,

Nous vous écrivons, Québécoises et Québécois de toutes origines et de toutes tendances politiques, pour vous demander d'agir en faveur de la laïcité.

Vous avez mis un coup d'arrêt au projet de Charte de la laïcité, nous promettant du même souffle un autre projet. Or, huit mois après votre élection, il n'y a aucun projet sur la table.

Légiférer en faveur de la laïcité

« Quand il y a du flou, c'est qu'il y a un loup. »

Cette maxime décrit bien l'ambiguïté dans laquelle le Québec se trouve sur la question de la laïcité. Nous voulons tourner cette page. Notre propos est simple : nous souhaitons que le principe de laïcité soit formellement inscrit dans une loi.

Nous voulons que ce principe de séparation des religions et de l'État soit établi une fois pour toutes avec une garantie constitutionnelle, comme cela a été fait avec le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes.

Il est urgent de sortir le Québec de la logique infernale des accommodements religieux consentis à des groupes qui refusent de partager un espace civique commun. Cette logique conduit au morcellement de la société; elle encourage notamment la ghettoïsation de certains groupes religieux.

Nous considérons que ce n'est pas à l'État d'accommoder les religions, mais plutôt à ces dernières d'évoluer de façon à permettre à leurs pratiquants d'exercer leur citoyenneté pleine et entière sans mettre en danger notre sécurité, la paix sociale et les principes démocratiques qui guident la puissance régalienne de cet État.

La laïcité est garante de la liberté et de l'égalité de toutes les convictions philosophiques et religieuses et cela, sans qu'aucune de ces convictions ne puisse exercer une quelconque domination sur les autres.

En affirmant la suprématie de cette condition d'égalité, la laïcité invite au mélange, à la mixité, à la citoyenneté et au partage de valeurs humanistes communes. N'est-ce pas là le projet que l'on doit souhaiter à toute société démocratique dont les fondements reposent sur la liberté et l'égalité?

Ce projet, monsieur le premier ministre, ne vaut-il pas mieux que celui qui consiste à fragmenter la nation québécoise en fonction d'appartenances ethniques et religieuses ?

Le problème de l'intégrisme religieux

Les malheureux évènements récents de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa ainsi que la présence de Québécois auprès des djihadistes en Syrie nous font violemment prendre conscience de ce nouveau problème qu'est la radicalisation religieuse chez certains jeunes.

Sur le point de quitter le pays et pas plus tard qu'il y a quatre jours, un jeune de 15 ans, séduit par le djihad , a été rattrapé à temps et risque 10 ans de prison.

Protéger les jeunes contre cette radicalisation doit constituer une préoccupation majeure de nos décideurs.

Il s'agit là d'une mission trop sérieuse pour qu'elle soit abandonnée aux mains d'une seule communauté. C'est la voie que vous avez pourtant empruntée récemment lorsque vous vous êtes associé publiquement à des personnalités non représentatives de tous les citoyens québécois liés de près ou de loin à l'islam. L'intégrisme n'est pas non plus le fait d'une seule communauté.

La solution doit prendre en compte l'ensemble de la société québécoise, car elle engage notre avenir collectif et celui de nos enfants.

Observatoire des intégrismes religieux

Nous croyons notamment que l'idée avancée par Mme Fatima Houda-Pepin de la création d'un observatoire des intégrismes religieux peut être un outil efficace pour contrer la radicalisation et qu'un tel observatoire devrait être mis sur pied dans les plus brefs délais.

Nous croyons aussi qu'une attention particulière doit être portée aux écoles confessionnelles privées dont certaines:
isolent de jeunes citoyennes et citoyens dans les sables mouvants des commandements religieux,
instaurent un apartheid sexuel
hypothèquent leur avenir
les enferment dans une prison communautariste, et ce à même les fonds publics.

C'est un véritable scandale !

Dans ce dossier, l'entente récemment conclue entre le ministère de l'Éducation et une école hassidique - qui remet la responsabilité de la formation scolaire aux parents tout en laissant la formation religieuse se faire à l'école - constitue une véritable démission de l'État face à ses responsabilités.

De plus, alors que le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral disent vouloir tout mettre en œuvre pour combattre la radicalisation de certains de nos jeunes, pourquoi votre gouvernement ne demande-t-il pas au gouvernement fédéral d'abroger l'article 319.3.b du Code criminel qui permet de tenir les discours intégristes religieux les plus extrêmes, des discours qui seraient autrement considérés haineux en vertu de la loi?

Comment peut-on permettre qu'un tel prosélytisme, qu'un tel endoctrinement se fasse à l'abri de la loi?

Il nous apparaît donc urgent de rouvrir le dossier de la laïcité. Nous avons déjà trop attendu et il est maintenant temps d'agir.

C'est ce que nous attendons de vous et c'est ce que le peuple québécois attend de vous.

Hier (dimanche 7 décembre 2014), Mme Evelyne Abitbol participait à un panel dans le cadre d'un colloque sur les études et expériences comparatives des communautés juives et musulmanes. Un panel qui s'est déroulé en présence de Jason Kenney, ministre de l'Emploi et du Développement social et ministre du Multiculturalisme, au cours duquel Mme Abitbol a pu interpeller directement le ministre afin que soit abrogé l'article 319.3.b du Code criminel pour empêcher que se tiennent des discours intégristes religieux extrêmes et haineux. Le ministre en a pris bonne note.

Cette lettre est cosignée par le Mouvement laïque québécois (MLQ), Laïcité citoyenne de la capitale nationale, LGBT pour la Laïcité, Libres penseurs athées - Atheist Freethinkers (LPA-AFT), Vigilance Laïque, Association des Nord-Africains pour la Laïcité, ainsi que Claude Simard, professeur - retraité de l'Université Laval, Michel Virard, ingénieur, militant laïque, Djemila Benhabib, essayiste, Evelyne Abitbol, consultante en Affaires publiques, Yolande Amzallag, traductrice agrée, Karim Akouche, écrivain et éditeur, Michel Lincourt, vice-président MLQ, Louise Mailloux, professeure de philosophie, Normand Baillargeon, professeur à l'UQAM, Lucie Jobin, présidente du Mouvement laïque québécois, Andréa Richard, auteur et militante pour la laïcité, Yann Ménard, anthropologue, Jérôme Blanchet-Gravel, essayiste et candidat à la maîtrise en sciences des religions, Rakia Fourati, Militante laïque pour les droits de la femme, Annie-Andrée Chouinard, militante pour la laïcité et pour la liberté d'expression, Nabila Benyoussef, humoriste, Éric Debroise, historien et blogueur, Sibel Köse, militante pour la liberté d'expression, les droits des femmes et la laïcité, et Rachid Bandou, Amitié Québec - Kabylie.


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