Mon drapeau en berne

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«Il crève les yeux que les deux défaites référendaires des souverainistes ont cassé l’élan vital du Québec français»

Hier, cela faisait exactement 30 ans que nous quittait René Lévesque, lui qui a cru si fort que nous pouvions être « quelque chose comme un grand peuple ».


Avant-hier, Richard Martineau citait un extrait d’une chanson des Cowboys fringants, l’un des groupes favoris de mon fils.


Les Cowboys chantent : « Si c’est ça, le Québec moderne, moi, je mets mon drapeau en berne... »


Comment leur donner tort ? Comment ne pas être accablé quand on songe à la grandeur de Lévesque, à son œuvre inachevée, à ce que nous devenons ?


Avachi


Tous les jours, le Québec perd du poids et de l’influence dans le Canada. Les fédéralistes québécois l’acceptent en sifflotant.


Nous sommes le seul peuple dans l’histoire de l’humanité — je répète : le seul — qui, deux fois plutôt qu’une, a refusé de devenir souverain sans avoir besoin de prendre les armes pour y parvenir.


Il s’en est suivi un fléchissement marqué de l’appui à la souveraineté, particulièrement chez les jeunes.


Un fossé se creuse entre Montréal et le reste du Québec autour de la question de l’immigration.


Une poignée d’immigrants revendique fièrement son rejet radical de nos valeurs, et il s’en trouve parmi nous pour justifier cela.


Une escouade chargée de lutter contre la corruption arrête des gens sans donner d’explications, comme dans les régimes autoritaires.


On se sert des progrès linguistiques du français depuis 40 ans pour masquer les reculs depuis 10 ans.


De superbes entreprises québécoises sont achetées par des intérêts étrangers, et les Québécois sont encore moins riches que la moyenne canadienne.


La baisse du nombre de travailleurs freinera notre économie, et donc les revenus du gouvernement, en même temps que les dépenses de santé grimperont, d’où l’étranglement financier.


Notre système de santé vit d’immenses problèmes malgré le dévouement du personnel et les multiples réformes.


Le ministère de l’Éducation a subtilement modifié ses méthodes de calcul pour masquer la quantité tragique de décrocheurs.


On doit porter un jugement très sévère sur deux des apprentissages de base que doit inculquer l’école québécoise : lire et écrire.


L’état de nos routes se passe de commentaires.


Sophie Durocher nous apprend qu’on a décerné un Félix — imaginez ce que Félix en aurait pensé — à un groupe de hip-hop dont l’une des chansons dit : « T’as suck un D au complet quand t’as dit qu’t’as faite un bon bread ».


Élan


Il crève les yeux que les deux défaites référendaires des souverainistes ont cassé l’élan vital du Québec français.


Certes, le Québec regorge de talents considérables, mais ils sont surtout mobilisés pour faire aboutir des projets personnels.


La souveraineté n’aurait pas tout réglé, mais elle aurait changé les règles du jeu, transformé la minorité ethnique que nous sommes en majorité nationale, et insufflé une dose supplémentaire d’énergie et de fierté à chacun.