McFaul et la Syrie : psychologie-Système en mode turbo

Cet homme ne s’appartient pas. Il est prisonnier d’une psychologie dont il ignore la substance et donc l’influence, et sa raison n’est plus qu’un instrument au service du Système et qui se satisfait d’être sous l’empire de l’affectivité qui dispense la douce et confortable assurance de la vertu.

Géopolitique - État profond


L’ambassadeur McFaul, représentant les USA à Moscou, est un fantasque intéressant. Plus qu’ambassadeur, il tend à se présenter comme une sorte d’humaniste post-postmoderne, sorte de “plombier” enthousiaste des droits de l’homme (et de la regime change industry, ajouterait-on mezzo voce, mais à peine). Interprétant les explications dont il n’est pas avare, nous ne dirions pas qu’il “s’ingère” lui-même, d’une façon machiavélique et comploteuse, dans les affaires intérieures du pays où il représente les USA ; nous dirions plutôt qu’il se laisserait emporter par un courant d’ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, de la Russie en l’occurrence, ce qui le conduit, on dirait “à l’insu de son plein gré”, à faire preuve d’un activisme considérable dans le soutien à tout ce qui se manifeste comme dynamique droitdel’hommiste, qui se trouve être, – comme les choses se mettent bien, mais surtout se mettent logiquement et vertueusement, – anti-Poutine, anti-régime établi et ainsi de suite. Ce “courant d’ingérence” est implicitement décrit par lui-même comme très puissant, comme irrésistible, et comme intrinsèquement du côté du bien dans son opérationnalité.
(Dans ce sens et pour éclairer la suite du propos, on rappellera cette observation que nous faisions le 15 juin 2012, à propos d’une déclaration de McFaul, justifiant l’intervention des USA dans le soutien des ONG russes travaillant contre le régime en place : «Dans ce cas, la dernière phrase citée de McFaul est encore plus stupéfiante quant au fonctionnement de la chose: «He said that US sponsoring of NGOs was a global concept and was not aimed at affecting Russia’s affair…» On comprend donc que ce “concept global” des ONG, qui vit de sa propre vie et de sa propre dynamique, n’est pas dirigé contre la Russie mais “global”, – ce qui signifie, si l’on observe les réalités, qu’il n’est pas dirigé contre la Russie spécifiquement mais que la Russie fait partie des objectifs puisque le concept est “global” et, donc, que tout y passe, y compris la Russie…»)
On écoute donc avec intérêt les réponses de McFaul à une interview donnée au quotidien en ligne Gazeta.ru, sur le sujet de la Syrie, et de la position US en Syrie par rapport à la position russe. Les déclarations de McFaul sont reprises par Novosti, le 28 juillet 2012, – que l’agence résume ainsi :
«Les Etats-Unis partagent la position de la Russie qui s'efforce de prévenir la chute de l'État syrien et ne soutiennent aucune partie au conflit…» Ses déclarations à ce propos devraient, à première vue, en stupéfier plus d’un et faire bourdonner aussitôt des interprétations complexes et soupçonneuses… Mais laissons-le parler, que diable, nous autres, tentant d’être de fines plutôt que de grandes oreilles du système de la communication...
«“En réalité, nous ne soutenons aucun groupe impliqué dans le conflit syrien. Nous ne sommes pas hostiles aux Syriens qui soutiennent el-Assad. Ce n'est pas notre combat. Nous plaidons pour les négociations”, a déclaré l'ambassadeur. Selon lui, les Etats-Unis sont partisans d'une “évolution pacifique susceptible de faire apparaître de nouvelles institutions politiques répondant aux aspirations des gens”. “En Egypte, en Tunisie et en Syrie, nous soutenons les règles du jeu et non les vainqueurs et les vaincus. Nous ne cherchons pas à déstabiliser la Syrie. Nous ne voulons pas la chute de l'Etat syrien. Nous l'avons vu en Irak, en Somalie et dans d'autres pays. Nous partageons l'objectif du gouvernement russe: prévenir la désintégration de l'Etat syrien”…»

Si l’on s’en tient à l’analyse courante, au travail habituel de la raison assorti d’une certaine expérience et d’une mémoire en fonctionnement satisfaisant, mais tout cela restreint aux activités humainement acceptables selon la doctrine de la modernité-Système, ce que dit McFaul passe l’entendement. Nous ne parlons même pas de supputations, de soupçons, d’évidences montrées derrière un faible rideau de fumée dialectique, mais de faits avérés. Depuis des mois, Hillary, qui est la patronne directe de McFaul et qui entretient pour son ambassadeur à Moscou une tendresse extrême et une considération professionnelle évidente, ne cesse de marteler, d’une conférence des “potes de la Syrie” à l’autre, que l’immonde Assad doit partir illico presto et que “les rebelles” (vaste et insaisissable concept) sont les seuls représentants du peuple syrien ; lequel “peuple syrien”, c’est conclu, réaffirme chaque jour ce soutien aux “rebelles” d’une façon irrésistible. Alors, comment expliquer ces déclarations de McFaul ?
Cynique ? Menteur ? Piètre considération de ses intervieweurs et des Russes en général à qui l’on peut dire n’importe quoi ? Nous basant sur l’expérience que nous avons de McFaul, et notamment sur ce que nous savons de sa philosophie vis-à-vis des ONG russes, du “global concept” et de l’industry of regime change, notre réponse à ces questions soupçonneuses est négative, impérativement négative. Notre réponse entrera nécessairement dans le domaine de la psychologie de McFaul comme étant une psychologie sous l’influence du Système, dans la logique politique qui en découle, et elle proposera l’idée d’une complète sincérité dans le chef de cette déclaration extraordinaire. Nous ne connaissons pas le texte complet de l’interview de McFaul et n’en avons nulle préoccupation, – préférant à cet égard notre doctrine de l’inconnaissance fondée dans ce cas sur le constat de l’insaisissabilité totale de l’information dans le courant du système de la communication.
Nous proposerions plutôt, par intuition haute, ce que devrait être la réplique de McFaul si l’on opposait à ses réponses l’évidence du soutien constant des USA aux “rebelles“ et l’hostilité constante des USA à Assad, en lui faisant remarquer que c’est absolument contraire à la position russe. Nous sommes assuré qu’on pourrait alors écrire : «He said that US sponsoring of Syria’s rebels was a global concept and was not aimed at affecting Syria’s affair…”» Il conclurait alors, McFaul, que l’on voit bien que les USA ont la même position que la Russie dans l’affaire syrienne, qui est de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures syriennes ; la seule différence est que les USA ont identifié le “global concept”, lequel les entraîne “à l’insu de leur plein gré” à soutenir les rebelles, mais cela pour le bien du “peuple syrien” ; en l’occurrence, la seule remarque qu’il ferait à propos des Russes est que ce grand pays, la Russie, n’a pas encore accepté l’évidence de l’influence de ce courant supérieur, ce qu’elle ne tardera pas à le faire, pour enfin se trouver complètement sur la ligne US à cet égard.
L’important, l’essentiel à cet égard, – et nous écartons définitivement mensonge, cynisme et duplicité car le fait de la contradiction est si patent qu’il ridiculise par avance toutes ces attitudes qui devraient être caractérisées par l’habileté de la dissimulation, – est bien d’accepter l’idée que cette psychologie-Système de McFaul, comme celle de ses compères des directions politiques du bloc BAO à des degrés divers, est par définition sous l’influence extérieure et non-consciente par lui du Système. En l’occurrence, il croit à ce qu’il dit de si extraordinaire, toute son habileté consistant à l’application de son programme (renversement du régime Poutine par l’“agression douce” comme le départ d’Assad par l’agression brutale) en tentant de convaincre les Russes qu’il agit comme eux, dans le même sens et selon les mêmes règles. L’absurde de la proposition (j’agis comme vous, en parfait accord avec vous, pour vous détruire) ne peut pas l’arrêter une seconde. Cet homme ne s’appartient pas. Il est prisonnier d’une psychologie dont il ignore la substance et donc l’influence, et sa raison n’est plus qu’un instrument au service du Système et qui se satisfait d’être sous l’empire de l’affectivité qui dispense la douce et confortable assurance de la vertu.
En faisant cette rapide analyse (psychologique) de McFaul, c’est le sapiens-Système que nous décrivons, l’homme qui ne s’appartient plus, qui a complètement cédé à la proximité du Mal [(“déchaînement de la Matière”)->49873]. Il n’y a aucune raison de dénoncer dans son chef de noirs desseins cachés et des entreprises comploteuses dissimulées, d’autant plus qu’il est amplement prouvé qu’il ne dissimule rien, qu’il ne cache rien, qu’il ne complote pas d’une façon dissimulée puisque tout est, chez lui, à ciel ouvert.
Quant à l’explication de l’arrogance défiante (“nous faisons cela parce que nous sommes les plus forts et que nous faisons comme il nous plaît”), elle est nulle et non avenue puisque McFaul ne cesse d’expliquer aux Russes qu’il est leur ami et qu’il partage toutes leurs positions, en respectant absolument leur souveraineté. Essayez donc l’explication supra-humaine, ô esprits forts, vous qui expliquez tout par la raison sans interdit et qui reculez devant une explication spécifique parce que la raison élève soudain un interdit affirmé comme infranchissable au nom d’un préjugé qui prive ceux qui s’y conforment (les esprits libres s’inclinant devant l’interdit fondamental) d’une explication rationnelle d’évènements qui semblent fous lorsqu’ils sont restreints à leur dimension temporelle et seulement humaine, et qui s’éclairent lorsque cette restriction est écartée. Pardonnez-nous si le raisonnement est en boucle, mais ce sont les manigances de la raison prisonnière du Système qui nous y invitent. Au moins, elle fait faire de l’exercice à l’esprit qui entend la juger pour ce qu’elle est.
Mis en ligne le 30 juillet 2012 à 06H42


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