Les retrouvailles

Tout le monde quoi, sauf Lucien !

Lucien Bouchard attaqué




Brian, Brian, Brian » a scandé la foule.
« Four more years », a répondu Mulroney.
On se serait cru en 1984 hier soir, au Château Champlain, au lancement des Mémoires de l’ancien premier ministre. Ils avaient tous quelques années de plus, mais ils étaient au rendez-vous. Ses amis, des anciens collègues du caucus et du cabinet, les petites gens qui l’appuyaient dès 1976 au leadership contre Joe Clark, et tous ses employés du cabinet ou des bureaux de ministres qui l’ont accompagné pendant ses années de pouvoir, secrétaires, traducteur, adjoints exécutif et législatifs.
D’autres aussi, comme Jean Charest, Bernard Lord, André Caillé, Sam Hamad, Pierre de Bané, Jean-Claude Rivest et Ronald Poupart, les anciens bras droits de Robert Bourassa. Même ses anciens gardes du corps de la GRC étaient là.
Tout le monde quoi, sauf Lucien !
À vrai dire, on n’en a pas beaucoup parlé de Lucien Bouchard hier soir. Même Brian Mulroney l’a ignoré lorsqu’il a effleuré l’échec de Meech, dans sa longue allocution d’une trentaine de minutes.
En fait, il y a eu trois événements bien distincts autour de la publication des Mémoires de l’ancien chef conservateur. Les extraits du livre publié chez Québécor, l’émission spéciale de deux heures dimanche soir à TVA et CTV, et finalement le party de lancement d’hier soir, à l’invitation de Pierre Karl Péladeau. Bref, du Québécor du début jusqu’à la fin. C’est un peu dommage, parce que la biographie d’un ancien premier ministre devrait appartenir à tout le monde et non pas à un empire de presse.
Bref, ce n’était pas tant de Lucien Bouchard dont on parlait hier soir. C’était bien davantage les retrouvailles que l’on célébrait. Les retrouvailles de cette coalition bigarrée de Québécois souverainistes, nationalistes, unionistes, et fédéralistes, qui ont tenu Brian Mulroney au pouvoir pendant neuf ans, réunis certes par des intérêts partisans, mais également par l’espoir de réintégrer le Québec dans la Constitution canadienne, qui s’est éteint avec l’échec de Meech. « J’en porte encore dans mon cœur, même ici ce soir, une tristesse profonde », a lancé l’ancien premier ministre.
Il n’avait plus besoin de parler de Lucien Bouchard, puisque c’est la « trahison » de son ancien ami qui a servi de bougie d’allumage aux événements médias qui ont précédé le lancement du livre. Peu de gens, hier soir, voyaient comment Lucien, avec son tempérament, pourrait encaisser le coup sans réagir. Je vous prédis qu’il le fera, mais par écrit, et en prenant tout le temps nécessaire. Parce que les écrits restent, voyez-vous. C’est important pour un diplômé des collèges classiques, et encore davantage pour un avocat qui tient à sa place dans l’histoire.
Il est ironique, tout de même, de constater que Brian Mulroney et Jacques Parizeau, les deux premiers ministres qui ont travaillé avec Lucien Bouchard sur la question nationale, soient à couteaux tirés avec lui aujourd’hui. L’un fédéraliste, l’autre souverainiste. Peut-être qu’au fond, saint Lucien a toujours préféré s’asseoir sur la clôture, un peu comme Mario Dumont et ce tiers de Québécois, qui flirtent avec l’une ou l’autre option, sans jamais se décider.
Et ce livre, alors ? C’est dommage que la querelle avec Lucien Bouchard ait autant accaparé l’attention. Parce que les Mémoires de Brian Mulroney, c’est une énorme brique de 1339 pages, parfois mal ordonnées, mais riches en anecdotes, et assaisonnées du journal personnel du chef conservateur. Et puis, il y a aussi ces 30 pages de notes prises par le sénateur Lowell Murray, lors de la conférence de la dernière chance des premiers ministres, visant à sauver Meech du 4 au 8 juin 1990. Un incontournable.


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