COVID-19

Les juifs hassidiques s’adressent aux tribunaux

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Encore la dictature des juges non-élus


Branle-bas de combat à Outremont : deux synagogues hassidiques ont déposé jeudi après-midi une demande d’injonction pour avoir le droit d’accueillir 10 fidèles par salle ayant une entrée séparée, plutôt que 10 par édifice. Et la communauté hassidique a prévenu la police qu’il y aurait de toute façon plus de 10 fidèles par édifice vendredi soir et samedi pour le sabbat, mais qu’elle collaborerait si des constats d’infraction devaient être remis.


La requête fait valoir que l’automne dernier, le nombre de fidèles – alors fixé à 25 – était calculé par salle, et non par édifice, et que le décret de la semaine dernière autorisant la réouverture des lieux de culte, fermés depuis le 9 janvier, ne précise pas que la méthode de calcul doit changer.


La fin de semaine dernière, la police est intervenue dans deux synagogues d’Outremont qui affirmaient avoir le droit d’avoir 10 fidèles par salle séparée. Dans des échanges avec des leaders hassidiques, la direction de santé publique de Montréal-Centre a à quelques reprises changé d’avis sur le sujet – 10 personnes par salle ou par édifice – durant la fin de semaine. Lundi, le gouvernement a précisé que la limite était bel et bien de 10 fidèles par édifice.


Des sources policières ont confirmé à La Presse que la communauté hassidique avait avisé en début de semaine la direction du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de son intention de ne pas respecter les mesures sanitaires. Selon nos informations, des dirigeants du SPVM auraient eu de nombreux échanges avec des membres influents de la communauté ces derniers jours.





 




« On veut permettre aux policiers de faire leur travail, mais on veut aussi que les gens puissent prier », explique Alain Picard, porte-parole de la communauté hassidique. Ils s’exposeraient à des contraventions de 1500 $, et davantage en cas de récidive.


La communauté hassidique a également suspendu sa participation à la Table de concertation interreligieuse, qui mène les discussions avec le gouvernement à propos du confinement. « Lors de réunions mardi et mercredi, la Table n’a pas voulu intervenir auprès du gouvernement au sujet de la limite de 10 personnes par salle ou par édifice », explique Alain Picard, ancien journaliste qui est porte-parole de la communauté. Pierre Murray, secrétaire général de l’Assemblée des évêques du Québec, a expliqué préférer le « dialogue ».


Quatre entrées


La Presse a pu visiter une synagogue à l’angle de l’avenue Van Horne et de la rue Durocher qui n’a pas reçu la visite de policiers la semaine dernière, mais qui accueille depuis vendredi 10 fidèles dans chacune de ses trois salles avec entrées séparées, plus une quatrième salle, le vendredi soir et le samedi pour le service de 7 h. Les autres jours, cette quatrième salle abrite une garderie.


« Normalement, nous accueillons 230 personnes dans la salle principale pour les deux services du vendredi soir et les deux services du samedi matin », explique Sam Muller, du Conseil des juifs hassidiques du Québec. Le bedeau Hershey Weisberger a montré à La Presse les registres des participants aux différents services, qui sont écrits en lettres hébraïques sur un bloc-notes de Qualinet, sans numéro ni adresse.


La section normalement réservée aux femmes, qui a des fenêtres grillagées permettant d’entendre les hommes dans la salle principale mais pas de les voir, a été mise à contribution. « Les femmes n’ont pas l’obligation de prier, contrairement aux hommes, dit M. Muller. Normalement, seules 10 % d’entre elles viennent le samedi. Alors nous leur avons demandé de laisser leur place aux hommes. »


M. Muller était présent vendredi dernier à la synagogue de la rue Durocher où une intervention policière a donné lieu à des perturbations, où quatre agents ont été bousculés et où le mot « nazis » a fusé contre la police – lancé par des enfants, selon M. Muller. Il explique que les fidèles croyaient pouvoir être 10 par salle, quel que soit le nombre d’entrées. Il a cité l’exemple de l’une des entrées vers une salle de la synagogue de l’avenue Van Horne, qui mène aussi à la porte d’une garderie. « Si les enfants sont en haut à la garderie, pouvons-nous aussi être 10 à prier dans la salle en bas ? Il me semble que oui. Alors pourquoi ne pourrait-on pas avoir deux salles séparées ayant la même entrée ? »


— Avec Daniel Renaud, La Presse