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Les experts avant une commission parlementaire

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Élever le débat et dissiper toute apparence de partisanerie

Le débat entourant les règles d’éthique devant régir les élus à l’Assemblée nationale a pris une tournure désolante et désespérante. À lui seul, il est une parfaite illustration de ce qui détourne le citoyen du politique et contribue à nourrir le cynisme ambiant dans la population. L’aveuglement volontaire du PQ à nier toute légitimité et toute pertinence à la question soulevée n’a d’égal que la partisanerie flagrante dont font preuve la CAQ, le PLQ et QS dans la façon dont ils entendent traiter ce débat.

La démocratie est un des biens collectifs les plus précieux que nous ayons. Elle repose en bonne partie sur une presse libre et indépendante, capable de garantir le droit du public à l’information. À l’évidence cette presse doit, dans les faits comme dans les apparences, être libre de toute pression que pourrait exercer sur elle le pouvoir politique alors qu’un de ses mandats c’est précisément d’informer tant sur les décisions que sur les acteurs politiques!

Mais l’intérêt manifesté par certains de nos élus en faveur de l’indépendance de la presse ne peut s’arrêter là. En effet, si la situation d’actionnaire de contrôle d’un Pierre Karl Péladeau se pose avec tant d’acuité, ce n’est pas uniquement parce qu’il est un élu de l’Assemblée nationale, c’est aussi parce nous avons toléré, comme société, un niveau de concentration de la presse rarement égalée dans les sociétés démocratiques avancées. Se draper dans le noble rôle de défenseur d’une presse libre s’accommode mal de ce genre d’omission. Si c’est le citoyen et la démocratie qui sont au coeur de ce débat, pourquoi devrions-nous nous contenter d’une presse qui ne soit qu’à moitié libre? Quelle crédibilité ont les partis politiques sur ce genre de questions si leur volonté d’agir s’arrête après avoir règlé le sort de leurs seuls adversaires politiques?

L’ensemble des partis politiques présents à l’Assemblée nationale doivent se ressaisir et reconnaître à la fois la pertinence éthique et démocratique du débat soulevé, mais aussi les potentiels conflits d’intérêt au coeur desquels chacun se retrouve.

M. Péladeau a certainement le droit de s’engager pleinement dans l’arène politique, y compris en se présentant aux plus hautes charges de l’état. La démocratie ne peut que sortir gagnante d’un processus qui permet à tous de servir. En revanche, l’Assemblée nationale a aussi le droit et la responsabilité d’édicter des règles en vue de protéger la démocratie et le bien commun. Pour ce faire cependant, elle a tout intérêt à élever le débat et à dissiper toute apparence de partisanerie.

Une commission parlementaire n’est pas le meilleur moyen d’y arriver. Si elle permet d’entendre des experts, des groupes ou des citoyens, elle demeure trop souvent prisonnière du jeu partisan. Combien de fois, en effet, n’avons-nous pas vu les témoins dans une commission parlementaire se voir relégués au simple rôle de spectateurs, alors que les représentants des partis politiques se perdaient à s’échanger des répliques toutes plus partisanes les unes que les autres.

Il faut se sortir de ce piège. Aussi, un comité d’experts, dont la composition recueillerait le plus large consensus auprès de tous les partis politiques, pourrait être mandaté pour produire des recommandations sur l’ensemble de cette problématique, qui s’avère aussi complexe que délicate. Plusieurs spécialistes d’horizons différents peuvent apporter une solide contribution, qu’on pense par exemple à des professeurs de journalisme, à des ethiciens, à des spécialistes des questions de gouvernance, etc.

Certes la décision finale reviendrait, comme il se doit, aux élus. La commission parlementaire qui vient d’être votée sur le sujet pourrait avoir toute sa pertinence après un rapport d’experts. Ce faisant, nos élus auraient démontré une certaine sagesse en acceptant de prendre du recul et en se donnant les moyens de faire écran à toutes velléités partisanes. Dès lors le débat qui s’en suivrait à l’Assemblée nationale se ferait à partir de recommandations que personne ne pourrait soupçonner d’avoir été téléguidées pour servir des intérêts moins avouables ou trop parcellaires.

L’importance des questions soulevées et la confiance des citoyens envers leurs élus imposent de sortir le débat des ornières partisanes, de reconnaître la légitimité de la démarche et de lui donner toute la portée qu’elle mérite. Pour cela, un pas en arrière pour mieux avancer s’impose.


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