Les conservateurs voudraient rétablir les liens avec l'Arabie saoudite

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Soumission conservatrice aux Saoudiens

Un gouvernement conservateur, s'il était élu cet automne, s'efforcerait de rétablir les relations entre le Canada et l'Arabie saoudite en se concentrant sur des domaines qu'il considère d'intérêt mutuel.



Erin O'Toole, porte-parole conservateur pour les affaires étrangères, a déclaré en entrevue qu'il tenterait de « gagner la confiance » de l'Arabie saoudite en se concentrant sur l'amélioration de leurs relations commerciales et en offrant davantage d'aide, de développement et d'appui aux réfugiés dans la région du Golfe.


M. O'Toole a déclaré que les conservateurs essaieraient de renouer le dialogue avec Riyad malgré l'indignation internationale suscitée par l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, l'automne dernier, dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul.


« Une fois que vous avez une relation, vous pouvez alors soulever les enjeux des droits de la personne en lien avec les actions de l'Arabie saoudite dans l'affaire Khashoggi, les réformes démocratiques, et toutes ces choses », a expliqué M. O'Toole, ajoutant qu'un gouvernement conservateur chercherait un terrain d'entente de la même manière avec la Chine, l'Inde et les Philippines.


 


« Si nous n'avons aucune relation, nous ne faisons que crier dans le vide. Nous n'avons aucun impact sur eux. »


M. O'Toole a reconnu que, pour certains Canadiens, le rétablissement des liens avec l'Arabie saoudite sera difficile à accepter après la mort de M. Khashoggi.


Il y a un an, le premier d'une série de messages critiques sur l'arrestation de militantes des droits des femmes en Arabie saoudite a été publié sur des comptes Twitter du gouvernement canadien, notamment celui appartenant à la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. Les messages appelaient à la libération des activistes.


Irritée par la réprimande publique du Canada, l'Arabie saoudite a riposté quelques jours plus tard en suspendant ses relations diplomatiques avec le Canada, en expulsant l'ambassadeur du Canada et en rappelant son propre émissaire d'Ottawa.


Elle a également déclaré qu'elle mettrait fin aux nouveaux accords de commerce et d'investissement et aux importantes bourses accordées à ses citoyens pour qu'ils puissent étudier au Canada. La banque centrale saoudienne et les fonds de pension publics ont commencé à vendre leurs avoirs canadiens.


Et depuis l'automne dernier, peu de signes publics de rapprochement ont été observés.


Des documents fédéraux internes montrent que, dans les semaines qui ont suivi le début du conflit, Mme Freeland et son homologue saoudien « discutaient d'idées pour désamorcer [...] notamment une approche progressive qui pourrait inclure une série d'étapes ». L'information se trouvait dans une note de septembre, obtenue par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.


Toutefois, la mort de M. Khashoggi en octobre 2018, qui a attiré la condamnation du Canada et de nombreux autres membres de la communauté internationale, a présenté un nouveau défi.


Mme Freeland a appelé à plusieurs reprises à une enquête internationale indépendante pour traduire en justice les assassins de M. Khashoggi. Le Canada a également imposé à 17 Saoudiens des sanctions liées au meurtre, gelé leurs avoirs et leur a interdit d'entrer dans le pays.


Dennis Horak, l'ancien ambassadeur du Canada qui a été expulsé de Riyad il y a un an, a déclaré qu'il serait probablement très difficile pour un gouvernement fédéral de parler ouvertement de la reconstruction de la relation.


« Je ne pense pas que la poussière soit suffisamment retombée pour qu'il soit facile pour le gouvernement, politiquement, de reprendre brusquement les relations avec les Saoudiens », a estimé M. Horak, qui a pris sa retraite du service public après avoir été sommé de quitter le royaume.


Malgré les obstacles, il a déclaré que le Canada devrait essayer de réparer ses relations tendues avec l'Arabie saoudite, comme l'ont déjà fait d'autres pays, notamment l'Allemagne et la Suède.


« Ce n'est pas parfait, ce n'est pas une ligne droite, mais il y a des étapes positives qui se sont produites au cours des années et qui se produisent encore », a affirmé M. Horak. « Si nous voulons que ce pays change, nous devons les impliquer. »


Certains experts du Moyen-Orient, y compris M. Horak, estiment que le conflit pourrait compromettre les chances du Canada d'obtenir un siège convoité au Conseil de sécurité des Nations unies. Ils croient que Riyad pourrait faire pression sur leurs alliés régionaux pour qu'ils ignorent le Canada lors du vote, l'an prochain.


Des entreprises et des institutions ont déclaré avoir ressenti les effets du conflit dans plusieurs domaines - des services d'ingénierie à l'agriculture, en passant par les soins de santé.


Andrew Padmos, directeur général du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, a déclaré que grâce à un programme efficace, vieux de quatre décennies, entre 20 et 25 % des médecins saoudiens du royaume avaient eu au moins une partie de leur formation en médecine au Canada.


Après avoir initialement ordonné à ces personnes de rentrer chez elles, Riyad a autorisé les stagiaires en médecine, ou résidents, qui se trouvaient déjà au Canada à terminer leur travail. Il n'a toutefois pas permis aux nouveaux étudiants d'aller au Canada.


M. Padmos a déclaré que le programme avait vu de nombreuses familles saoudiennes passer jusqu'à une décennie au Canada, avoir plusieurs enfants nés au Canada et rentrer au pays avec une nouvelle perspective.


« Nous ferons plus de cette manière pour les droits de la personne dans le monde, par ce type d'échanges diplomatiques et éducatifs, que n'importe quel nombre de discours ou de messages sur Twitter pourrait faire », a-t-il déclaré.


« C'est ce qui est triste dans cette affaire, c'est que cette seule communication, qui a été gérée de manière inhabituelle, a déclenché un glissement de terrain qui s'est abattu sur nous. Et nous n'en sommes pas encore sortis. »