PRINTEMPS 2015

Les antigrève haussent le ton

Libre accès aux cours: les carrés verts menacent le ministre de l’Éducation et les recteurs

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Les carrés rouges palissent

La Fondation 1625 menace de traîner les dirigeants des cégeps et universités devant les tribunaux s’ils ne garantissent pas l’accès aux cours pendant la nouvelle grève étudiante qui s’annonce. Le ministre de l’Éducation François Blais pourrait lui aussi goûter à cette médecine, préviennent-ils.

« Nous disposons maintenant de ressources pour faire respecter nos droits », a déclaré l’un des porte-parole de la Fondation, Miguaël Bergeron en compagnie de son collègue Jean-François Morasse. « Si les carrés rouges veulent nous priver de notre éducation, ils vont nous trouver sur leur chemin », a-t-il ajouté.

Créée à la suite du printemps 2012, cette Fondation regroupe des étudiants qui ont recouru aux tribunaux pour empêcher les grévistes de leur bloquer l’accès à leurs cours. Ils offrent désormais sur leur site Web des boîtes à outils — « kits d’injonction 101 » — pour aider les étudiants à réclamer des injonctions des tribunaux. Selon leurs dires, une centaine d’étudiants de l’Université Laval et 300 autres de l’UQAM sont déjà en train de s’y préparer. Ce sera le cas aussi d’un nombre indéterminé d’étudiants de l’Université de Sherbrooke.

Vendredi, des associations étudiantes de l’Université de Montréal et de l’UQAM ont fait savoir qu’elles lanceraient une nouvelle grève le samedi 21 mars. Contrairement à celle de 2012, celle-ci aura une portée plus large et cible les mesures d’austérité du gouvernement.

Or pour messieurs Morasse et Bergeron, cette lutte est d’abord une prise d’otages. « La grève étudiante est illégale, répètent-ils. Malgré tout, les associations étudiantes et les médias titrent que 30 000 étudiants entrent en grève. C’est faux ! En réalité, ce sont 39 000 étudiants qui sont pris en otage par des activistes politiques qui placent leurs opinions et leur désir de contestation devant les rêves, les efforts et les sacrifices que des milliers d’étudiants font pendant leurs études. »

En plus des injonctions, les antigrève comptent recourir à un nouvel outil judiciaire : le « mandamus ». Ce type d’ordonnance leur permettrait de traîner en cour des dirigeants d’établissements. On parle aussi d’administrateurs d’associations étudiantes.

« Si, suite à une ordonnance par mandamus, les cours ne sont pas donnés, nous n’hésiterons pas à traîner en cour personnellement les administrateurs des établissements d’enseignement pour outrage au tribunal, a prévenu M. Bergeron mardi. Le ministre de l’Éducation, étant chargé de l’application de ces lois, sera aussi visé. »

La semaine dernière, la Fondation 1625 avait écrit au ministre François Blais pour lui faire part de ses inquiétudes et celui-ci avait dit qu’il fallait à la fois respecter le droit de ceux qui veulent manifester et celui des étudiants qui veulent assister à leurs cours. Or selon M. Morasse, ce n’est pas assez. Il soutient qu’en 2012, il avait fallu « des mois » avant que les « voeux pieux du gouvernement » se traduisent en « actions concrètes ».

Au cabinet du ministre, on n’a pas voulu commenter les menaces ciblant le ministre. « Je répète ce que j’ai dit la semaine dernière, a dit l’attachée de presse du ministre, Julie White. Nous, on a la préoccupation que les étudiants puissent aller à leurs cours. Les manifestants ne peuvent pas les en empêcher et les établissements ont aussi l’obligation de veiller au bon ordre et à la sécurité des étudiants et du personnel. »

Sinon, lorsqu’on a interrogé les porte-parole de la Fondation sur les risques d’affrontements qui pouvaient survenir à l’entrée des cours, ils en ont imputé la responsabilité aux associations étudiantes qui pilotent le mouvement de grève.

À l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), on s’est dit surpris que des individus prônent déjà le recours à la voie judiciaire « alors que la grève n’est même pas commencée ». La porte-parole Camille Godbout encourage les étudiants opposés à la grève à se faire entendre lors des assemblées générales au lieu de recourir aux voies judiciaires. Ce sont ces demandes d’injonction, selon elle, qui « mènent à des confrontations ». Enfin sur la question de l’accès aux cours après les votes de grève, elle dit qu’il est important que « le vote qui est adopté par une collectivité ou ensemble de personnes soit respecté ».


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