Les accommodants

Hérouxville - l'étincelle


La saga des «accommodements», véritable toile de Pénélope retissée chaque jour dans les médias, est porteuse d'une triste vérité: que les Québécois s'illusionnent sur eux-mêmes! Peu importe ce que l'on clame, ce n'est pas l'égalité qui mène. Qu'un homme décrète: pas de dame dans la voiture!; qu'une femme dise: pas de messieurs dans mon cours!, le permis de discriminer est donné, sans état d'âme.
Si tous les humains du Québec étaient égaux entre eux, si tous les Québécois le percevaient ainsi, les réponses aux demandes d'exceptions sauteraient aux yeux. Un homme refuse qu'une femme lui fasse passer un examen de conduite? C'est tout aussi inacceptable que si un Blanc rejetait un évaluateur noir ou si un musulman refusait d'être évalué par un juif. Et personne n'aurait l'idée de céder sous prétexte d'«une politique axée sur le service à la clientèle» ou de la disponibilité du personnel, ou que pas un évaluateur noir ou juif ne s'est encore plaint. En soi, le principe serait entendu,
... Enfin, on l'espère. Parce qu'au rythme où vont les révélations d'arrangements insensés, on ne sait plus trop à quoi s'en tenir! Après tout, quand les affaires se mêlent au poids d'un puissant voisin et à l'obsession sécuritaire, on a aussi vu qu'une entreprise québécoise était parfaitement capable de retirer certaines tâches à des employés seulement parce qu'ils ont la double citoyenneté...
De même, on s'est tellement fait seriner que le Québec était une société matriarcale et le royaume (ou l'enfer selon certains!) de l'égalité des sexes, qu'il y a de quoi être troublé de voir que les femmes puissent si facilement être renvoyées «sur la banquette arrière», comme le titrait La Presse qui a fait connaître «l'accommodement» accordé aux Hassidims par la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ).
Le pire, c'est que ce cas ne survient pas dans un vide social, mais en plein coeur d'un débat qui enflamme tout le Québec. Pourtant, des représentants d'une société d'État arrivent, avec une incroyable candeur, à justifier l'injustifiable! Comme si l'écho du monde ne s'était pas rendu à eux. Et comme si, pour reprendre l'excuse donnée par la SAAQ, le réflexe d'humanité, qui fait que l'on accorde à une femme autrefois agressée le droit d'avoir une évaluatrice, pouvait être mis sur le même pied que les exigences religieuses intégristes.
Il serait malhonnête toutefois de ne s'en prendre qu'à la SAAQ: trop d'incidents qui isolent les hommes et les femmes sont récemment survenus pour ne pas voir là un dangereux réflexe de société. On jase, on jase, mais, dans la vraie vie, le Québécois est bien accommodant. Il faudrait d'ailleurs le signaler au Canada anglais qui, bien assis sur son multiculturalisme bon teint, condamne nos débats actuels. Qu'il se rassure: les Québécois ont beau citer la laïcité à la française, au quotidien, Montréal est aussi conciliant envers les coutumes et préceptes des uns et des autres que Vancouver ou Toronto!
Au fond, peut-être faut-il imiter Hérouxville, l'hyberbole en moins, mais les principes tout aussi clairs! Car ce qui devrait aller sans dire ne suffit plus. Comme les écoles ont leur code de vie pour que les élèves respectent un minimum de bienséance; comme certaines entreprises doivent, pour contrer les poursuites, souligner qu'elles servent le café chaud ou que l'on n'entre pas dans une sécheuse; alors, il faudrait rappeler le b.a.-ba de la vie entre égaux à tout ce qui occupe un poste de direction au Québec.
André Boisclair est sur la bonne voie, lui qui propose un «code de référence» pour les administrateurs publics. C'est une idée intéressante, mais quelle misère que l'on en soit rendus là!
jboileau@ledevoir.ca


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