Le silence des agneaux

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Chemin de croix ou marche funèbre ?





Persuadé d’être au pouvoir dès l’an prochain, Québec solidaire a largué le Parti québécois comme une vieille paire de chaussettes malodorantes. Exit l’idée même d’un pacte PQ-QS aux élections du 1er octobre 2018. Exit l’entente historique­­ sur le mode d’accession à l’indépendance, pourtant signée en avril par QS, le PQ, Option nationale et le Bloc.


Entre solidaires et péquistes, les attaques­­ fusent. QS traite le PQ de «raciste­­» et le PQ traite QS de «Politburo­­». Devant ces deux partis se disant indépendantistes et progressistes, Philippe Couillard et François Legault­­ jubilent de les voir se crêper le chignon. Plus le torchon brûlera, plus l’image d’une «famille» souverainiste chicanière se consolidera.


Face au fractionnement du vote francophone, d’une base libérale anglo-allophone soudée et de l’affaiblissement du PQ depuis 20 ans, la «convergence» PQ-QS avait pourtant des chances d’ébranler­­ les piliers du temple libéral. Faut croire qu’au sommet de QS, la priorité est ailleurs.


Champ de mines


Résultat : le PQ est maintenant cerné de toutes parts. Née de sa cuisse droite, la CAQ rêve de le détrôner comme­­ solution de rechange aux libéraux. Né de sa cuisse gauche, QS vise le même objectif­­. Sans compter le PLQ, son adversaire naturel.


Le divorce PQ-QS risque surtout d’ouvrir la porte à un possible cinquième mandat libéral en 15 ans... ou à un premier mandat caquiste­­. En réaction, Jean-François Lisée annonce un «rebond» spectaculaire du PQ. En attendant, le «chemin des victoires» qu’il a promis à ses troupes prend des allures de chemin de croix.


Le PQ ayant glissé à 23 % d’appuis, il lui reste toujours la prière. Les miracles sont toutefois rares en politique. Surtout quand le champ de ruines dont parlait Jacques Parizeau est devenu un champ de mines. Pour s’en sortir, les péquistes devront ramer fort d’ici leur congrès en septembre et les prochaines élections.


Choisir


Seul avec son lui-même, le PQ peut choisir son destin. Ou il se mute en version progressiste de la CAQ et mise comme elle sur un nationalisme traditionnel «libéré» de l’option souverai­niste. Ou il s’assume pour ce qu’il est censé être depuis sa fondation: un parti souverainiste et humaniste.


Face au conservatisme de la CAQ, à l’indépendantisme évanescent de QS, à l’austérité et au fédéralisme pur et dur de M. Couillard, le coin souverainiste et humaniste de l’arène mérite un vrai joueur, clair et déterminé.


Or, le problème est qu’au PQ et près de lui, ceux qui se sont tus à chacune des mises en veilleuse de la souveraineté depuis­­ le référendum poursuivent inexorablement leur fuite en avant dans l’illusion d’un parti capable de remporter une victoire majoritaire sans son option vitale.


La raison d’être du PQ est pourtant ce qu’elle est. C’est pourquoi le long silence des agneaux péquistes sur l’essentiel mine son option et sa propre force. Pas besoin d’être le pogo le plus dégelé de la boîte pour le comprendre.




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