Le SCRS aurait rencontré Harper

La discussion aurait eu lieu avant que la liaison Bernier-Couillard ne fasse les manchettes

"L'affaire Maxime Bernier"



Ottawa - Décidément, l'affaire Bernier va de rebondissement en rebondissement. Alors que le tumulte a fait tache d'huile et atteint l'Assemblée nationale à Québec, le Parti libéral à Ottawa soutient avoir la confirmation que le bureau du premier ministre Stephen Harper a rencontré les services de renseignement pour discuter du ministre Maxime Bernier avant même que ses histoires amoureuses ne fassent les manchettes.
À la Chambre des communes, le député libéral Ujjal Dosanjh, un ex-procureur général et premier ministre de la Colombie-Britannique, a largué une bombe politique. «Nous avons des informations à l'effet qu'il se passait plus de choses dans les coulisses que le gouvernement ne veut bien l'admettre, a-t-il dit. Le ministre de la Sécurité publique peut-il confirmer qu'entre le 1er et le 8 mai de cette année, il y a eu une rencontre entre le SCRS [le Service canadien du renseignement de sécurité] et le bureau du premier ministre pour discuter du comportement de son ministre des Affaires étrangères?»
Le ministre Stockwell Day, un ami personnel de Maxime Bernier, n'a ni nié, ni confirmé. «Toutes ces questions ont déjà reçu une réponse et j'espère que le député d'en face n'est pas à ce point naïf qu'il pense que les rencontres entre des représentants du SCRS et le premier ministre, quel qu'en soit le sujet, relèveraient du domaine public. Peut-on être plus naïf?»
Plus tôt dans la journée, M. Day refusait de répondre aux questions des journalistes à un point tel qu'à leur vue, il a mis ses talents de marathonien à profit en prenant la fuite dans les couloirs du parlement.
Les fréquentations passées de Julie Couillard, l'ex-conjointe de M. Bernier, avec des hommes proches du milieu criminel, dont un membre en règle des Rockers, ont été rendues publiques le 7 mai dernier.
La question de M. Dosanjh était suffisamment précise pour écarter la thèse d'une hypothèse lancée au hasard. En effet, après la période de questions, M. Dosanjh a indiqué qu'il avait une «source». Son collègue Denis Coderre a renchéri en indiquant que «ce n'est pas une partie de pêche. On a des sources crédibles qui nous ont amenés à poser cette question-là». Il a refusé d'en dire plus, invoquant le privilège des journalistes de préserver l'identité de leurs sources. En coulisse, les libéraux disent avoir la date précise de cette rencontre, mais ne pas vouloir la révéler de peur d'identifier la source en question.
Plus tard, un haut responsable au bureau du premier ministre a tout nié. Des rencontres avec le SCRS surviennent parfois «pour des questions de politique», mais certainement pas pour discuter du cas du ministre des Affaires étrangères, a dit au Devoir cette source qui refuse d'être nommée. «Il n'y a pas eu de rencontre. Toute cette accusation est plutôt bizarre, en fait.»
Selon les libéraux, si cette rencontre a bel et bien eu lieu, elle invaliderait en totalité la thèse du gouvernement: elle prouverait que les relations amoureuses de M. Bernier avec Julie Couillard soulèvent bel et bien des questions de sécurité nationale et que le premier ministre était au courant de la position fâcheuse dans laquelle se trouvait son ministre.
Bernier s'excuse
Hier, le ministre déchu a émis une brève déclaration. «Avec humilité, j'accepte l'entière et unique responsabilité de cette erreur», écrit-il. M. Bernier va même jusqu'à avoir pitié de son ex-conjointe, qui n'avait pourtant pas hésité à lui adresser une série de reproches dans son entrevue très médiatisée. «Je constate également, avec regret, les conséquences qu'ont eu les récents événements sur la vie privée de Mme Couillard.»
M. Bernier jure de sa loyauté envers le Parti conservateur et insiste pour dire qu'il restera député de Beauce «avec dévouement, conviction et intégrité». «L'appui reçu de mes concitoyens de Beauce me touche beaucoup. Je continuerai à les servir et à les représenter avec honneur et fierté.» M. Bernier s'absentera quelques jours pour se reposer en famille.
Théories multiples
Toutes les théories les plus rocambolesques circulent depuis quelques jours sur la colline parlementaire pour comprendre le rôle de Julie Couillard dans la vie de Maxime Bernier et l'importance à accorder aux documents égarés chez elle pendant cinq semaines.
Une de ces théories, élaborée par le réseau de télévision CBC, veut que certains pays étrangers s'adonnant à l'espionnage utilisent parfois le crime organisé pour recueillir de l'information. La Russie a été mentionnée. Dans cette optique, la nature des documents égarés (des documents classés secrets relatifs au sommet de l'OTAN) pèse lourd dans la balance.
«Il y a des experts en sécurité qui disent qu'il peut y avoir un lien entre la Russie et le crime organisé, a déclaré M. Coderre. [...] Tant qu'on ne nous donnera pas de réponse, toutes les options sont valables.» Le gouvernement conservateur répète en effet que la sécurité nationale n'a pas été compromise par le document resté cinq semaines chez Mme Couillard, mais il refuse de dire si des vérifications ont été faites pour appuyer une telle affirmation.
Pour sa part, le Globe and Mail rapportait dans son édition d'hier que ce n'est pas en après-midi, mais bien lundi matin que Stephen Harper avait reçu la démission de son ministre. Selon des amis de M. Bernier qui demandaient l'anonymat, le bureau du premier ministre n'aurait pas accepté sur-le-champ, préférant essayer d'en savoir plus sur l'impact qu'aurait l'entrevue de Mme Couillard devant être diffusée plus tard ce soir-là. Cela expliquerait qu'il ait déclaré lors d'un point de presse à midi ne pas prendre «au sérieux ces sujets». M. Harper a finalement annoncé le départ de son ministre à 19h lundi, deux heures avant l'entrevue. Le porte-parole du premier ministre, Dimitri Soudas, a réfuté ces allégations, affirmant même qu'il exigerait une rétractation du journal, mais le Globe and Mail se dit confiant dans sa version des faits.
Notons enfin que dans la version anglaise de l'entrevue, Mme Couillard a affirmé avoir été approchée par le Parti conservateur en 2007 pour devenir candidate aux prochaines élections. Une «connaissance d'affaires» lui aurait suggéré de se présenter à une réception où M. Bernier serait, histoire d'en apprendre un peu plus sur la politique. C'est à ce moment que le couple s'est rencontré.
On ignore de quoi vit Mme Couillard, qui se dit agente immobilière pour une firme qui le nie. Elle habite une maison avec piscine creusée située à Laval. Des voisins ont confié à certains journalistes qu'il y avait toujours des voitures de luxe chez elle et que tout portait à croire qu'elle conduisait une Audi.


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