«Le Schpountz»

Les électeurs canadiens se laisseront-ils attendrir par le personnage du Schpountz joué par Stéphane Dion?

Élections fédérales du 14 octobre 2008



Avez-vous déjà vu le film Le Schpountz? On y raconte l’histoire du Schpountz, un gentil garçon, un peu naïf sur les bords, à qui des comédiens font croire qu’il deviendra la prochaine grande vedette du cinéma français.


Il s’agit d’une blague cruelle, évidemment. Mais le Schpountz y croit dur comme fer. Jusqu’au bout, il s’accroche à son rêve. Sans remarquer que tout le monde se moque de lui, dès qu’il a le dos tourné. Le film remonte à 1938. Mais ça n’empêche pas le Schpountz de ressembler à s’y méprendre au chef libéral Stéphane Dion.
Pauvre Schpountz Dion. Il faut avoir le cœur bien sec pour ne pas être attendri par l’ardeur qu’il met dans sa campagne électorale. Il s’agite. Il gesticule. Il continue à se voir premier ministre. Mais il est bien le seul.
En plus, les conservateurs le ridiculisent dans une série de publicités télévisées. «Professeur Dion», que ça s’appelle. Mais ils auraient tout aussi bien pu les intituler : «tirer sur une ambulance».
Vrai que Stéphane Dion ressemble à une grenouille, prisonnière d’un seau de lait, qui bat furieusement des pattes en espérant un miracle. «Si je parviens à remuer assez vite, je transformerai le lait en une motte de beurre, se dit-elle. Et une fois grimpée sur la motte de beurre, je pourrai m’en sortir.»
Les électeurs canadiens se laisseront-ils attendrir par le personnage du Schpountz joué par Stéphane Dion?
Rien n’est moins sûr.
Il semble même qu’une partie de l’électorat n’est plus à l’écoute.
Cette semaine, un sondage révélait que 54 % des Canadiens ne connaissent même pas l’existence du «Tournant Vert» qu’il propose.
Ni pour. Ni contre. Ils n’ont tout simplement jamais entendu parler du bébé politique de M. Dion, qui prévoit notamment une taxe sur les émissions de carbone.
Vrai qu’en politique, rien n’est impossible. On a vu des politiciens survivre à des années d’impopularité. Parlez-en à Jean Charest. On a aussi vu des politiciens survivre au ridicule. Pensez à Gilles Duceppe, longtemps caricaturé avec un infâme bonnet de plastique. On a même vu des politiciens survivre à la honte totale. Souvenez-vous de Bill Clinton et de son flirt avec Monica Lewinsky.
Mais a-t-on jamais vu un politicien survivre à une aussi totale indifférence?
J’avais commencé à compiler des sondages montrant que l’électorat libéral s’effrite partout au Canada. Partout, sauf dans les provinces maritimes. Peut-être parce que ces dernières réagissent avec une heure de retard?
Trêve de farces plates. J’ai fini par me dire qu’il s’agissait d’un exercice trop cruel.
On dira que Stéphane Dion n’est pas le seul à piquer du nez. Après tout, l’électorat du Bloc québécois s’effrite aussi. Mais Gilles Duceppe n’inspire pas vraiment la pitié.
Tout le contraire du Schpountz Dion.
À Québec, un militant libéral l’a comparé à Claude Ryan. «Un homme à qui l’on concédait certaines qualités intellectuelles, mais avec lequel le courant ne passait jamais.»
Un autre s’est amusé à relever des similitudes entre les slogans de Barack Obama et ceux de Stéphane Dion.
Dans la bouche d’Obama, m’a-t-il dit en substance, le mot «espoir» donne presque des frissons. Mais quand Stéphane Dion le prononce, ça devient aussi inspirant qu’une recette de fèves au lard rédigée en copte ancien.
Vous connaissez la dernière blague à propos du malentendu entre Stéphane Dion et les électeurs?
Un jour, le chef libéral s’était rendu prononcer un discours dans une école primaire. Devant un auditoire aussi jeune, il ne risquait pas grand-chose, après tout.
Les enfants lui avaient préparé un petit exposé sur la nécessité de mieux contrôler la circulation des armes à feu. Pour illustrer le propos, un petit garçon s’est avancé. Il s’est mis à taper des mains, de manière régulière, à quelques secondes d’intervalle.
«Chaque fois que je tape des mains, a-t-il expliqué, un enfant est tué par une arme à feu, quelque part en Amérique.»
Et c’est alors que Stéphane Dion a bondi de son siège en s’écriant: «Mais tu es fou! Arrête tout de suite de taper des mains!»


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