Le retour du nouveau Charest

Béton-tombe...


Personne n'a envie d'applaudir quand un viaduc s'effondre en fauchant des vies humaines, mais les Québécois semblent plutôt satisfaits de la réaction du gouvernement Charest à la tragédie de Laval.

Sans faire l'unanimité, la décision de créer une commission d'enquête publique et même d'en confier la présidence à Pierre Marc Johnson est approuvée par une grande partie de la population, selon le sondage éclair réalisé par Léger Marketing. Si elle s'inquiète de la possibilité d'une nouvelle catastrophe, elle ne semble pas prête à lancer la pierre aux libéraux. Même Bernard Landry a des sentiments partagés.
Malgré les efforts de l'opposition pour alimenter la controverse, le gouvernement peut raisonnablement espérer que cette triste affaire ne lui collera pas à la peau une fois l'émotion passée.
Que les prochaines élections générales au Québec aient lieu cet automne ou seulement l'an prochain, il est entré dans une période où la moindre erreur pourrait lui être fatale. Il ne doit surtout pas raviver par de nouveaux impairs les douloureux souvenirs des dernières années.
Il faut reconnaître que, jusque-là, le premier ministre Charest a effectué un parcours sans faute depuis la rentrée. Au Sommet de la Francophonie, à Bucarest, la balourdise de Stephen Harper l'a encore fait très bien paraître.
Un ancien ministre péquiste me demandait en début de semaine comment expliquer que M. Charest puisse soudainement réagir de façon appropriée à chaque événement, lui qui ne semblait manquer aucune occasion de gaffer depuis trois ans. Alors qu'on lui reprochait une certaine nonchalance, on le trouve maintenant trop empressé. Par exemple dans le choix de M. Johnson pour présider la commission sur l'écroulement du viaduc de Laval.
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L'approche des élections a manifestement un effet tonique sur lui. Inversement, la gestion des affaires courantes semble plutôt l'ennuyer. Il est un peu comme ces joueurs de hockey qui font le désespoir de leurs partisans en saison régulière et qui se mettent à voler sur la glace dès que les séries éliminatoires commencent.
Il s'était métamorphosé de la même façon à l'automne 2002. Au moment où tout le monde désespérait de lui, en particulier au sein du PLQ, Pierre Bourgault avait été le premier à signaler l'apparition d'un «nouveau Jean Charest».
Devant le conseil général de son parti, à la fin de septembre, il avait prononcé le meilleur discours depuis son parachutage sur la scène québécoise. Sa charge contre le «dumontisme» avait donné le ton pour les mois à venir. Les militants libéraux présents au Palais des congrès étaient les premiers surpris.
Dans son édition du 1er novembre 2002, le magazine L'Actualité, jusque-là très peu louangeur à son endroit, lui avait découvert «un sens des responsabilités sociales et de l'État qui pourrait secouer l'opinion». Ce sont ces mêmes qualités qui semblent refaire surface depuis quelques semaines.
Pendant des années, M. Charest s'aventurait sur le terrain de l'identité nationale avec toute l'assurance de celui qui pénètre dans un champ de mines. Il avait eu beau préparer son arrivée en publiant un livre intitulé J'ai choisi le Québec, personne ne doutait qu'il serait resté à Ottawa s'il avait vraiment eu le choix.
La lettre qu'il a adressée au Globe and Mail pour protester contre le texte de Jan Wong sur la fusillade au collège Dawson a probablement fait davantage pour convaincre la population de la sincérité de son engagement envers le Québec que tous les discours qu'il avait pu prononcer sur le sujet. Comme sa sollicitude empressée pour les victimes a permis de corriger l'image de néolibéral insensible que lui avait value son projet de «réingénierie» de l'État.
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Le pouvoir a ce grand avantage de permettre à celui qui l'exerce de laisser ses gestes parler d'eux-mêmes, sans devoir multiplier les déclarations tapageuses auxquelles doit s'astreindre un chef de l'opposition pour être entendu.
Subrepticement, M. Charest a entrepris de recentrer son image et celle de son gouvernement pour les rendre plus agréables à l'électorat. Encore une fois, il a décidé de reporter ses vacances. Il n'en est pas encore à coucher au bureau, comme le faisait Lucien Bouchard, mais qui sait à quelle extrémité pourrait le conduire la réapparition de ce «sens des responsabilités sociales et de l'État» qu'évoquait L'Actualité ?
On peut évidemment se demander qui, du nouveau ou de l'ancien, est le véritable Jean Charest : celui qui réapparaît pendant quelques mois tous les quatre ans ou celui qui fait enrager tout le monde le reste du temps ?
Il a la chance de diriger un parti que ces métamorphoses périodiques n'indisposent nullement. Dans le débat sur la vente du mont Orford, le conseil général de mai dernier a permis de mesurer encore une fois la remarquable élasticité des principes qui guident le PLQ.
André Boisclair est tout aussi conscient que M. Charest de la nécessité de recentrer son parti, mais sa tâche est beaucoup plus délicate. La déconfiture de Québec solidaire dans les sondages démontre bien que le PQ n'est pas sérieusement menacé sur sa gauche, mais le réalisme politique y a toujours été considéré comme un défaut.
Sa conversation avec son ami Réjean Thomas sur les ondes de Radio-Canada, samedi dernier, a donné un aperçu du vrai Boisclair, qui se dit un peu agacé par «une certaine gauche». Il parle au passé des «excès» du PQ, mais on le devine plus près des «lucides» que du programme adopté au congrès de juin 2005.
Si le «nouveau Charest» est plus susceptible de plaire à l'électorat que le Charest au naturel, ce serait plutôt l'inverse dans le cas du chef péquiste. Si seulement les «maudits journalistes» ne le forçaient pas à débiter tous ces «mots creux»...
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mdavid@ledevoir.com


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