Le Québec accueillerait deux fois trop d'immigrants

Michel Pagé estime que hausser sans cesse le nombre d'admissions est «une erreur fondamentale»

Multiculturalisme - subversion intégrale!

Robert Dutrisac - Veuillez noter que ce texte est une version modifiée du texte intitulé «Le Québec accueillerait deux fois trop d'immigrants», paru dans nos pages le 25 août 2011 (voir note à la fin du texte).
Québec — L'admission toujours plus nombreuse d'immigrants, une politique instaurée depuis 2004 par le gouvernement Charest, est «une erreur fondamentale» qui conduit à la fragilisation du français à Montréal et, en cette période de récession, à l'accroissement du chômage. En fait, le Québec accueille deux fois trop d'immigrants.
C'est l'avis qu'a livré, hier, Michel Pagé, actif dans le développement international, lors des consultations publiques que mène la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, sur la planification de l'immigration pour la période 2012-2015.
«Contrairement aux idées reçues, l'immigration aux niveaux actuels, dans une conjoncture économique incertaine, n'est pas requise», juge Michel Pagé. «Il y a déjà un problème d'intégration linguistique et économique dans la grande région de Montréal. Montréal s'anglicise de manière effarante depuis 2003-2004, et particulièrement depuis 2007», a-t-il affirmé.
Qui plus est, dans un contexte économique difficile, l'immigration à des niveaux trop élevés — le sommet historique de 54 000 immigrants en 2010 ou le seuil annuel de 50 000 nouveaux arrivants que propose la ministre pour les prochaines années — a des effets négatifs sur les finances publiques et, d'une façon générale, sur l'économie. «C'est aberrant, car en période de récession, la prudence élémentaire instruirait de baisser le niveau d'immigration, a fait observer Michel Pagé. Il n'y a pas lieu d'augmenter le niveau d'immigration sur le seul motif d'une pénurie générale de main-d'oeuvre hypothétique, alors que seules existent des pénuries sectorielles ou régionales.» Il a rappelé que durant la récession de 1981-1982, le Canada et le Québec avaient réduit considérablement le nombre d'immigrants reçus pendant quatre ans.
Lors des périodes de hausses marquées de 1990-1994 et de 2003-2010, l'augmentation du nombre d'immigrants se fait aux dépens de la proportion d'entre eux qui ont «une connaissance unique» de la langue française, qui se situe à quelque 22 % des nouveaux arrivants, a signalé Michel Pagé. Cette proportion s'est établie à 26 % en 2010, a précisé Kathleen Weil. Mais le critère de la connaissance du français — 65 % des immigrants disent connaître le français — est bidon, selon le chercheur; nombre de ces locuteurs ne parlent pas vraiment la langue ni ne l'écrivent. La ministre a répliqué que des tests linguistiques standardisés seront désormais imposés aux candidats à l'immigration.
Michel Pagé a rappelé que les États-Unis, qui connaissent leur part de problèmes d'intégration, accueillent annuellement un immigrant par 300 habitants, ce qui, transposé au Québec, représente un seuil annuel de 28 000 personnes. «Sous les conditions actuelles, le seuil de capacité linguistique pourrait se situer autour de 12 000 à 15 000 sur l'île de Montréal et de 25 000 à 30 000 pour tout le Québec», avance-t-il.
Michel Pagé accuse le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles (MICC) de ne pas pleinement assumer ses responsabilités en matière de sélection et d'intégration des immigrants, un jugement qui rejoint celui que le Vérificateur général du Québec a porté en juin 2010. Il recommande que le MICC fasse en sorte qu'au moins 70 % des immigrants soient de véritables francophones, à défaut de quoi il «continuera à alimenter un déséquilibre linguistique, et la paix linguistique serait menacée sur l'île de Montréal, et ce, sans rien ajouter à la prospérité économique».
Le point de vue de Michel Pagé tranche avec celui d'autres groupes qui se sont présentés en commission parlementaire. Ainsi, la Conférence des élus (CRE) de Montréal a préconisé, hier, que le gouvernement fixe à 55 000 plutôt qu'à 50 000 le seuil annuel des admissions d'immigrants pour les trois prochaines années tout en demandant davantage de ressources pour intégrer les nouveaux arrivants. Brandissant le spectre des pénuries de main-d'oeuvre, la Chambre de commerce de Montréal a déjà proposé que ce seuil soit porté à 65 000.
La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a qualifié hier de «raisonnable» la limite de 50 000 immigrants envisagée par le gouvernement. Mais, paradoxalement, elle a fait état du chômage élevé qui frappe certaines communautés immigrantes à Montréal, notamment la communauté arabe, une situation qui peut causer de «l'amertume» chez les immigrants qui seraient «venus sous de fausses impressions». Comme dans certains pays d'Europe, la deuxième génération, celle qui est née au Québec, «si elle ne trouve pas sa place, il y a un réel danger», craint Louise Harel.
Kathleen Weil avait aussi convié, hier, les ex-représentants du Conseil des relations interculturelles (CRI), un organisme qui a été aboli le 1er juillet mais qui avait pris la peine de préparer un mémoire. Dans un entretien accordé au Devoir, l'ex-présidente du CRI, Patricia Rimok, a rappelé que seulement 9 % des immigrants dits économiques, c'est-à-dire les travailleurs qualifiés, détiennent une formation qui correspond réellement aux besoins du marché du travail québécois, un constat qu'avait fait le Vérificateur général. Elle juge irréaliste l'objectif de la ministre de porter à 50 % cette proportion. Selon Mme Rimok, la grille de sélection du ministère est déficiente: le Québec devrait s'inspirer de l'Australie et accorder plus de points aux candidats qui ont une expérience de travail probante et des compétences plutôt qu'une formation souvent mal adaptée. Patricia Rimok qualifie aussi d'«échec» le programme d'immigrants-investisseurs, dont seulement le quart s'établissent au Québec tandis que les autres partent pour l'Ontario et la Colombie-Britannique.
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Rectificatif du 25 août 2011
Veuillez noter que ce texte est une version modifiée du texte intitulé «Le Québec accueillerait deux fois trop d'immigrants», paru dans nos pages le 25 août 2011.
Il y a eu méprise en ce qui concerne le chercheur à la retraite Michel Pagé, un ancien membre du Comité de suivi de la situation linguistique de l’Office québécois de la langue française (OQLF), et un autre Michel Pagé, également à la retraite, mais qui a été actif dans le développement international. Le premier Michel Pagé, qui est l’auteur de plusieurs études sur la situation linguistique et l’intégration des immigrants, n’a donc pas comparu mercredi en commission parlementaire pour la consultation publique que mène la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015. Joint aujourd'hui, ce Michel Pagé s’est dissocié de l’opinion que son homonyme a livrée mercredi et qui préconisait un abaissement des seuils annuels d’immigration de 50 000, tel que proposé par la ministre, à 28 000 ou 25 000. «C’est trop radical», a-t-il affirmé au Devoir.
Selon lui, ce n’est pas tant le niveau annuel des admissions d’immigrants qui est en cause — le seuil de 50 000 se justifiant en raison de situation démographique du Québec et des besoins en main-d’oeuvre —, mais «la rareté des ressources» pour assurer la francisation et l’intégration des nouveaux arrivants. «Le ministère a fait des coupures dont il ne parle pas. Il n’y a certainement pas des ressources suffisantes pour l’automne dernier, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles a fait appel au chercheur Michel Pagé et à d’autres experts pour obtenir leur avis sur la planification de l’immigration lors d’une session d’études d’une journée. Michel Pagé continue d’agir comme consultant en matière immigration.


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