Le peuple tzigane

Chronique de Marie-Hélène Morot-Sir

Après avoir traversé l’Asie centrale, l’Anatolie et le sud de l’ancienne URSS ce peuple indo-européen, venant de l’Inde, est arrivé aux alentours du 14ième siècle en Transylvanie Voïvodat. Puis, ils se sont installés dans trois Voïvodats: Moldavie, Transylvanie et Valachie.

Un Vovoïda est un territoire ou une région où s’exerçait l’autorité d’un dignitaire, le Vovoïde. Il était vassal à cette époque du Sultan Ottoman de Constantinople. Plus tard il sera nommé par le roi de Hongrie qui dominait la région.

Les Tziganes se rapprochèrent des monastères orthodoxes et des Boyards - propriétaires terriens - désirant se mettre sous leur protection. À cette époque ces régions des bords du Danube ne formaient pas encore ce qui est aujourd’hui la Roumanie. Ces régions étaient gérées selon un système féodal, c’est pourquoi ce peuple fut mis en servitude, une servitude appelée «robie».

Les Robs, comme on les appela, signaient alors un contrat et de ce fait ils ne pouvaient être vendus ni à un autre Boyard, ni à un autre monastère. Ils n’étaient pas tout à fait des esclaves dans le sens où on l’entend, parce qu’à tout moment ils pouvaient racheter leur liberté; c’est pour cette raison qu’ils gardaient toujours de l’or sur eux..

Ils l’arboraient avec ostentation, c’était la marque de leur dignité.

Ils travaillaient comme domestiques ou encore dans les champs, tout en pratiquant à côté toutes sortes de petits métiers, étameurs, chiffonniers, bûcherons, fossoyeurs ou maquignons.

Cela dura ainsi plusieurs siècles. Ce peuple a été sédentarisé dans ces trois régions qui font partie aujourd’hui de la Roumanie, maintenu ainsi en esclavage.
Cela a duré jusqu’au 18ième siècle.

À cette époque les fils des riches Boyards étaient envoyés étudier en France. À leur retour, fortement influencés par tout ce qu’ils avaient vu et côtoyé, ils lancèrent en 1825 un mouvement abolitionniste, amenant l’acte officiel de la fin de la Robie, libérant enfin ces gens de leurs liens avec les monastères et les Boyards.
Tout se serait bien passé pour eux mais les Robs se sont retrouvés brusquement seuls sans protecteurs, au moment où de nouvelles lois agraires entraient en vigueur.
Certains arriveront malgré le contexte à retrouver du travail comme ouvrier agricole.

La seule solution pour les autres sera de reprendre leur nomadisme et leur vie précaire interrompus durant quatre siècles. On les retrouvera dans plusieurs pays d’où les noms différents que nous leur connaissons.

Eux-mêmes se nomment Romanichel - Romani Cel - qui signifie groupe d’hommes/peuple à part.

Le mot Tzigane vient de ceux ayant émigré en Grèce, Athinganos signifiant celui qu’on ne veut pas toucher. Cela a donné phonétiquement tziganos/ tzigane, Zingara..
Ceux qui sont allés s’installer en Bohème ont été appelés bohémiens et chez nous en Provence cela s’est traduit par boumians. De nombreuses autres appellations existent, entre autres Manouche signifiant moustache dans leur langue Romi.

S’ils se sont éparpillés dans différents pays d’Europe, c’est la Roumanie qui fut leur première terre d’accueil et où ils sont restés les plus nombreux. Ce peuple devenu au fil des siècles un peuple européen est le seul peuple n’ayant jamais revendiqué de territoire, n’ayant jamais non plus pris les armes pour défendre sa propre cause alors même qu’ils ont toujours été des victimes pour la majorité d’entre eux.

L’Union des provinces de Malachie et de Valaquie sera déclarée en février 1862, mais c’est en leur adjoignant la Transylvanie que cela va finalement devenir un pays, la Roumanie.

Roumanie vient du mot latin Romania, voulant par-là rappeler leur ancienne appartenance à l’Empire romain.

Les Roumains n’ont pas apprécié d’avoir ce peuple sur leur sol alors même que c’était eux, dans le passé, qui les avaient contraints par l’esclavage à rester là.
Les Tziganes appelés Roms - diminutif de romanichels - ne sont donc pas des Roumains comme on le confond souvent.

Dans cette Roumanie de fraîche date, ils restent des étrangers; ils sont rejetés, vivant de leurs petits métiers dans la pauvreté la plus absolue.. Exceptés les quelques personnes parmi eux qui sont devenus extrêmement riches à la fin du communisme, faisant même construire à Bucarest des villas luxueuses.

Ne serait-il pas dans l’ordre des choses que les Roumains leur accordent un statu de nationalité territoriale du Nord de la Transylvanie par exemple, ce lieu correspondant aux racines qu’ils ont plantées depuis le 14ième siècle…

Leur musique a influencé Brahms, Liszt, Ravel et d’autres très grands musiciens encore. Une rhapsodie pour violon, piano et orchestre a même été composée en 1924, la « Rhapsodie tzigane », une merveille de légèreté et de gaieté tout à la fois.

Les Roms suivent les religions des pays dans lesquels ils vivent mais sans toutefois oublier leurs très anciennes croyances et leur mythologie.

Leur langue est le Romi, une langue se rapprochant de l’hindi dont elle est issue. Cette langue ancienne a bien sûr connu un apport de mots importants et d’une grande diversité, venant des autres pays. Cette langue est enseignée à Paris à l’Institut des langues orientales, ainsi qu’à Bucarest.

Lorsque la Roumanie est entrée dans l’Europe, les Tziganes n’ont eu qu’une envie, celle de se diriger vers l’Ouest sans voir combien le chômage et la pauvreté sévissent aussi de ce côté, ce qui a également entraîné le même rejet des différentes populations et des différents gouvernements confrontés à une immigration importante.

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Marie-Hélène Morot-Sir134 articles

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Auteur de livres historiques : 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d’étés ; Le lys, la rose et la feuille d’érable ; Au cœur de la Nouvelle France - tome I - De Champlain à la grand paix de Montréal ; Au cœur de la Nouvelle France - tome II - Des bords du Saint Laurent au golfe du Mexique ; Au cœur de la Nouvelle France - tome III - Les Amérindiens, ce peuple libre autrefois, qu'est-il devenu? ; Le Canada de A à Z au temps de la Nouvelle France ; De lettres en lettres, année 1912 ; De lettres en lettres, année 1925 ; Un vent étranger souffla sur le Nistakinan août 2018.





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    19 novembre 2014

    En 1974, lors de mon passage en Roumanie, particulièrement en Transylvanie, j'ai pu les voir déambuler sur les routes dans leurs roulottes tirées par des chevaux, tels qu'on les imagine encore. Si vous aviez le malheur de vous arrêter en voiture près de ces gens, vous étiez aussitôt entourés d'une nuée d'enfants quêtant quelques pièces. Il est difficile ici de se faire une idée juste de l'influence de ces personnes car, à tout point de vue pratique, ici, nous n'en avons pas, du moins pas à l'état de nomades. N'oubliez pas l'hiver. Dans les musiques folkloriques de la Roumanie et de la Hongrie, l'apport des tziganes a été très important. Cette musique est enlevante, souvent à rythme brisé et qui vient vous chercher jusque dans les tripes. Ce n'est pas une musique intellectuelle, c'en est une de coeur.
    Merci Mme. Morot-Sir de nous dresser unportrait on ne peut plus fidèle de ce peuple de nomades, inconnu ici.
    Ivan Parent