Le naufragé Couillard

CHUM



L'étoile montante du Ministre Couillard est en train d'être absorbée par un trou béant qu'est la politique du mensonge et de la démagogie. Depuis le débat sur la délocalisation du CHUM, du site Bellechasse-St-Denis vers l'hôpital St-Luc en passant par la gare d'Outremont chère aux Desmarais, Couillard ne sait plus sur quel pied danser pour faire plaisir aux grands stratèges financiers de ce monde et ainsi s'assurer une place meilleure pour son avenir et celles de ses petits amis.
De l'arrêt Chaoulli (4 juges ont permis d'enfoncer le clou dans le système public de santé du Québec) en passant par les ratés de la reconfiguration du réseau jusqu'à la construction des deux méga hôpitaux en mode PPP, notre système de santé ne sera plus jamais le même après que le gouvernement de Jean Charest réalisera ses objectifs réels : a) le démembrement des structures hospitalières pour mieux laisser le privé s'installer dans les hautes sphères de l'administration et b) la démobilisation de l'ensemble des travailleurs oeuvrant autant auprès des patients qu'à travers les services de support..
Arrêt Chaoulli
Plusieurs articles de fond ont été publiés dans les quotidiens, lesquels démontrent l'illogisme, l'irrationnelle et peut-être l'irréparable comme conséquences de ces changements dus à l'arrêt Chaoulli. Mentionnons deux groupes réputés. Sur les aspects juridiques les auteurs (Brun, Demers, Garant, Proulx, Lajoie et Prémont, Le Devoir de novembre 2005) montrent que Charest-Couillard sont dans l'erreur dans l'interprétation qu'ils donnent à l'arrêt Chaoulli. Ces professeurs provenant de toutes les facultés de droit soutiennent entre autres, que la position de Charest-Couillard est contraire à l'opinion de l'ensemble des quatre juges (sur sept) formant le banc de la Cour suprême.
Au niveau administratif, plusieurs articles dont - L'assurance privée favorise... les favorisés (dans le Soleil 2005) - publiés par des chercheurs et professeurs du département de la Santé de l'université de Montréal montrent les ratés des PPP dans plusieurs pays ayant adopté ces modes de gestion. Les conséquences qui s'y rattachent sont également désastreuses pour les défavorisés.
La Commission parlementaire actuelle ne fait que confirmer l'irréversible : le privé sera présent dans le domaine de la santé et favorisera les plus riches. Pourquoi ? Simplement parce que le tandem Charest-Couillard doit répondre à l'establishment canadian en détruisant les bons côtés du réseau de la santé du Québec. Tous les autres arguments dits rationnels (rapport Ménard, rapport Clair, le Manifeste des lucides etc...) ne sont que de la poudre aux yeux. L'éclatement du réseau public ne fera qu'augmenter les différences entre les mieux nantis et les moins privilégiés.
Tout de même incroyable que les Québécois qui sont les plus taxés du monde et ayant payé leur cote-parts pendant plus de 35 ans comme travailleurs, seront bientôt obligés de mettre encore de l'argent de côté non pas pour des rêves longtemps souhaités, mais pour assurer leurs hanches, leurs genoux ou leurs yeux. Ceci est scandaleux.
CHUM, CUSM et Sainte-Justine
Il y a un an lors du débat en Commission parlementaire sur la localisation du CHUM, Couillard avait clairement exprimé le fait qu'il n'avait que 800M de disponibles pour chacun des deux projets et que la gare d'Outremont devait être écartée du site choisi à cause des coûts trop élevés par rapport à St-Luc.
Aujourd'hui, avec un estimé de 3.6 milliards plutôt que 1,8 (augmentation de 200% en 12 mois), Couillard patine sans compter de buts. Au contraire, plus il parle plus il score dans son propre but.
Il parle d'inflation. Curieux que l'inflation s'applique au méga hôpitaux mais pas à ces 200 000 salariés (gestionnaires et syndiqués) qui ont bénéficié d'un maigre 8 % d'augmentation sur 6 ans. Pas de PPP disait-il, aujourd'hui il parle de PPP Québec. En surplus, il avoue que les estimations sont encore préliminaires et surtout que les contrats en mode PPP ne sont même pas signés. Comment peut-il aller de l'avant avec de pareilles incertitudes financières ?
Qu'en est-il avec l'expert nommé par lui et qui devait régler les différents entre Ste-Justine et le Children Hospital ? L'hôpital Shriners est-il intégré dans le nouveau CUSM ? Comment fait-il pour être certain qu'un immeuble hospitalier en mode PPP soit mieux géré et plus hygiéniques que ceux du public ? Est-il démontré qu'il y a moins de bactéries c-difficle dans des hôpitaux en mode PPP qu'en mode public ?
Il dit qu'il y a une richesse d'avoir deux méga hôpitaux plutôt qu'un hôpital universitaire pour Montréal. Est-ce que cela veut dire que toutes les autres villes équivalentes à Montréal en population sur la planète, n'ont pas le privilège d'avoir cette richesse ? Sommes-nous des malades traités différemment qu'à Toronto puisque nous possédons cette richesse ? Comment a-t-il demandé aux gens de Val-D'Or ce qu'ils pensaient de cette richesse ? Que feront les autres villes ayant une faculté de médecine (Sherbrooke, Québec), mais n'ayant malheureusement pas cette richesse ?
Enfin, il étire l'élastique en parlant de transparence... avoue-t-il indirectement qu'il n'y en avait pas ces trois dernières années avec son gouvernement ?
Les médias
Les journalistes ont tendance à être particulièrement gentils et complaisants avec M. Couillard. Pourtant, depuis qu'il est à la gouverne du MSSS, non seulement il saccage les acquis du réseau de la santé, mais il dit à peu près n'importe quoi quand il s'agit de parler d'autres sujets que la filière strictement médicale. D'ailleurs, pour fuir leurs responsabilités d'informer adéquatement les québécois, aussitôt cette nouvelle du 3.6 milliard annoncée, les journalistes s'emparent du scoop de la grippe aviaire et en font une montagne (70 millions d'investissement prévu pour 2006-2007 sur un budget de plus de 20 milliards), plutôt que de questionner Couillard sur ce qu'il ne connaît pas : les grands projets de construction d'hôpitaux. Comme chirurgien du cerveau, ce dernier semble faire un bon travail auprès des médias.
En conclusion, le Ministre n'a plus la cote. Il doit changer de ministère ou déléguer la gouvernance de grands projets de construction à une autre personne. Cela est primordial puisque l'effort de reconstruction du réseau de la santé sera proportionnel à la longévité de sa présence au MSSS du Québec.


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