Le FMI sort les griffes contre les grandes banques de Wall Street

La crise financière et la récession américaine s'annoncent plus sévères que prévu

Crise mondiale — Crise financière

La crise financière est plus profonde que prévu et s'étend à l'ensemble des marchés du crédit et de l'immobilier, a constaté le Fonds monétaire international, qui fustige au passage les banquiers de Wall Street. L'ampleur est telle que la Réserve fédérale américaine retient désormais officiellement un scénario de récession et qu'elle n'exclut pas un ralentissement sévère et prolongé.
Souvent critiqué pour sa complaisance envers les États-Unis, le FMI a sorti les griffes, hier, pour fustiger les grandes banques de Wall Street. Dans la foulée, l'institution a chiffré pour la première fois l'ampleur d'une crise financière devenue systémique. Le chiffre avancé avoisine le 1000 milliards de dollars pour l'ensemble du système financier international. «Nous devons tous faire preuve d'un peu d'humilité», a déclaré Jaime Caruana, directeur du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI. «Il y a eu un échec collectif pour apprécier l'ampleur de l'effet de levier au sein du système et les risques de dénouement désordonné qui en découlent.»
Le FMI estime que les pertes directement liées au crédit hypothécaire à haut risque totalisent les 565 milliards. Mais puisque l'onde de choc se répercute désormais à l'ensemble du marché du crédit et des prêts hypothécaires, l'ampleur du désastre atteint les 945 milliards. «La crise a dépassé les confins du marché américain du subprime, pour toucher concrètement les principaux marchés de l'immobilier d'entreprise et résidentiel, le crédit à la consommation et le crédit aux entreprises», a retenu le FMI dans un rapport particulièrement sévère à l'égard des banques d'affaires de Wall Street. Il a résumé son attaque en parlant d'une «prise de risque excessive» et d'un «manque de rigueur» au sein d'«institutions faiblement capitalisées».
Le FMI voit cependant quelques améliorations à l'environnement actuel, sous l'action ciblée des banques centrales. Mais la sortie de crise est ralentie par une conjoncture économique venant exercer des pressions supplémentaires sur les états financiers des banques. Sur cet aspect, les notes de la réunion du 18 mars de la Réserve fédérale font officiellement ressortir un scénario de récession. La Fed y évoque une contraction du PIB américain au premier semestre de 2008, qui doit être suivie par une reprise lente au second semestre. Certains membres du comité monétaire ont cependant brandi le spectre d'un ralentissement «sévère et prolongé» de l'économie américaine.
Dans ces notes qui ont accompagné une réduction de 75 points du taux directeur, à 2,25%, la Fed a noté l'absence de signaux de stabilisation du marché immobilier américain et l'intensification des mesures de resserrement des conditions du crédit. La banque centrale a parlé de marchés financiers «inhabituellement fragiles», fragilité exacerbée par une détérioration du marché du travail qui a fait perdre à l'économie américaine 232 000 emplois au premier trimestre de 2008.
Autre signe récent de détérioration du marché immobilier, les ventes de maisons existantes sont tombées en février à leur niveau le plus bas des huit dernières années aux États-Unis, selon les données publiées hier par la National Association of Realtors. L'indice de l'association se situait à 84,6 en février, contre 86,2 en janvier. Il était de 107,6 en février 2007.
Et en réponse au manque de liquidités dans le système bancaire, la Fed a procédé hier à de nouvelles enchères de titres financiers totalisant 50 milliards de dollars. Il s'agit de la neuvième opération du genre menée par la banque centrale américaine depuis que ces facilités d'emprunt élargies sont mises à la disposition des banques. Au total, depuis décembre, la Fed a ainsi injecté 310 milliards dans le système bancaire américain sous forme de prêts à court terme.
Le Devoir, avec l'Agence France-Presse


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