Obsèques de Philippe Séguin

Le fantôme du référendum de 1995 plane

2010 - nos disparus

Figure populaire et respectée dans son pays, ses obsèques se sont déroulées aux Invalides en présence des principales personnalités politiques françaises, toutes tendances confondues.
En plus du président Nicolas Sarkozy, son prédécesseur Jacques Chirac, l’actuel premier Ministre François Fillon et le maire socialiste de Paris, Bernard Delanoë, pouvaient être aperçus dans les rangs de l'Église Saint-Louis des Invalides.
La cérémonie religieuse était empreinte d’émotions, notamment lorsque les enfants de Philippe Séguin ont été invités à prendre la parole pour rendre hommage à leur père. Carla Bruni, l’épouse du président était visiblement bouleversée, tout comme François Fillon.
À l’issue de cette messe, Nicolas Sarkozy a fait l’éloge funèbre du disparu, saluant l’orgueil et la fidélité qu’il mettait dans chacun de ses combats politiques. Il a décrit un homme à l’humanité débordante.
«Nous nous étions habitués à ta voix, à tes grands éclats de rire, à tes cris de colère, à ton regard, à ton sourire. Sans que nous nous en soyons rendu compte, ils avaient fini par faire par faire partie de notre vie», a-t-il dit.
Puis, le cercueil contenant la dépouille de Philippe Séguin a été emporté par des gardes républicains dans la Cour d’honneur des Invalides où une cérémonie militaire a été tenue en son honneur.
La représentation québécoise qui avait fait le déplacement à Paris pour prendre part aux obsèques de Philippe Séguin, l’un des hommes politiques français les plus respectés, mais également sans doute celui qui a le plus ouvertement affiché son soutien à l’indépendance du Québec, n’a pu éviter d’évoquer le référendum de 1995.
Le ministre des relations internationales, Pierre Arcand, et la critique du Parti québécois en la matière, Louise Beaudoin, ont cependant voulu avant tout rendre hommage à celui que tous considéraient comme un vibrant ami du Québec.
Pierre Arcand, qui avait rencontré Philippe Séguin pour la première fois en décembre dernier, regrettait la disparition d’un homme «toujours considéré comme l’un des plus grands amis du Québec, l’un des seuls hommes politiques au monde à s’être [autant] intéressés au Québec.»
Le ministre a en outre déclaré avant la cérémonie religieuse qu’il était essentiel que la France se sente soutenue dans un tel moment de deuil.
Il a préféré insister sur l’amitié qui liait Philippe Séguin au Québec et sur la «relation très particulière» entre Paris et Québec, sans accorder d’importance au soutien de Philippe Séguin à la cause indépendantiste. «Un ami est toujours libre de faire ce qu’il entend», a-t-il dit.
L’affection de Philippe Séguin pour le Québec remonte pourtant de la période pré-référendaire. Après avoir rencontré certains dirigeants du Parti québécois, il avait alors convaincu celui qui à l’époque allait bientôt devenir président de la république, Jacques Chirac, de reconnaître l’indépendance du Québec, si le oui l’emportait.
Louise Beaudoin a ainsi expliqué lundi à Paris avoir fait la connaissance de Philippe Séguin en 1992.
«Son combat pour la souveraineté m’avait intéressé et je l’ai contacté pour pouvoir le rencontrer.» Il s’opposait alors au Traité de Maastricht sur l’intégration européenne parce qu’il constituait à ses yeux une menace pour l’indépendance de la France.
Par la suite, Philippe Séguin avait très clairement déclaré «que quel que soit le résultat du référendum, la France soutiendra le Québec», a rappelé Louise Beaudoin.
«Il était un des rares hommes politiques à en dire autant. Il était d’une constance...», a-t-elle ajouté, admirative à propos d’un homme qui était pour elle un ami. A son invitation, Philippe Séguin avait séjourné au Québec en 1999 pour enseigner à l’UQAM.
Pierre Arcand et Louise Beaudoin ont assisté ensemble à l’hommage qui lui a été rendu. Ils étaient accompagnés du délégué général du Québec à Paris Wilfrid-Guy Licari. L’ambassadeur du Canada à Paris, Marc Lortie, a également pris part à la célébration. Il a cependant été impossible de lui parler.
Le gouvernement canadien a offert dimanche ses condoléances dans un communiqué qui évite soigneusement de mentionner l’appui de Philippe Séguin à la souveraineté du Québec.
«Son attachement à la francophonie canadienne, les relations d'amitié qu'il entretenait avec le Québec ainsi que sa coopération avec la vérificatrice générale du Canada en ont fait un personnage connu et très estimé chez nous», a déclaré la ministre des Affaires intergouvernementales, Josée Verner.
Ancien ministre et président de l'Assemblée nationale française, Philippe Séguin était depuis 2004 président de la Cour des comptes, un poste comparable à celui du vérificateur général au Québec. Il est mort jeudi dernier à 66 ans d’une crise cardiaque.


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