Le dos large

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«La CAQ semble surtout chercher à régler son propre problème politique, pour ne pas dire électoral.»

En novembre dernier, François Legault avait invité les délégués au congrès de la CAQ à effectuer un virage nationaliste, qui allait se traduire par des positions plus musclées sur le plan identitaire.

C’est dans cette perspective que s’inscrivait sa récente proposition de modifier la Charte des droits et libertés de la personne pour interdire le « déni à répétition » des valeurs québécoises et permettre aux municipalités d’interdire l’implantation d’un lieu de culte sur leur territoire si une enquête démontrait que lesdites valeurs pourraient être menacées.

Lundi, la CAQ a proposé une série de mesures relatives à l’intégration des immigrants, qui conditionneraient notamment l’octroi du certificat de sélection à la réussite d’un examen de français. Sur le fond, il s’agit là d’une exigence tout à fait légitime, même si l’évaluation et l’éventuel renvoi de ceux qui échoueraient au test pourraient être problématiques.

La loi fédérale sur la citoyenneté prévoit que les nouveaux Canadiens doivent avoir « une connaissance suffisante d’une des deux langues officielles du Canada ». Au Québec, il n’y en a qu’une, et c’est le français. De la même façon, l’examen sur les « valeurs québécoises » proposé par la CAQ s’apparente à celui qui est imposé aux futurs citoyens canadiens.

Cette proposition constitue néanmoins un pari. Actuellement, la connaissance du français est valorisée dès le départ. Accorder une période de trois ans pour en faire l’apprentissage permettrait d’accorder plus d’importance à l’employabilité, mais les candidats risquent d’être moins francotropes.

D’ici quelques années, l’augmentation de la population québécoise reposera exclusivement sur l’immigration. Il est donc impératif de prendre les moyens d’assurer la pérennité du français. Il serait cependant injuste d’en faire porter la responsabilité uniquement aux nouveaux arrivants.

Ils ont le dos large dans les régions sur lesquelles mise la CAQ, où ils sont relativement peu nombreux, mais le sort du français dépend d’abord et avant tout des francophones eux-mêmes, comme le résultat du référendum de 1995 dépendait d’eux. La plus forte opposition à l’extension des dispositions de la loi 101 au niveau collégial n’est pas venue des immigrants, mais plutôt des parents francophones, qui tiennent à ce que leurs enfants soient bilingues.

Lors du débat sur le projet de loi 14 présenté par le gouvernement Marois, la CAQ semblait très peu encline à donner plus de mordant à la Charte de la langue française. Pas question de limiter les admissions des francophones dans les cégeps anglais en accordant la priorité aux anglophones. Elle s’opposait même à ce que les enfants des militaires francophones soient tenus de fréquenter l’école française au Québec, alors que l’armée canadienne a fait de sérieux efforts pour faire en sorte que l’enseignement en français soit disponible à proximité des bases militaires ailleurs au pays.

Imposer la francisation aux entreprises de 26 à 49 employés les aurait soumises à un « harcèlement bureaucratique » insupportable, soutenait également la CAQ. Pourtant, si la connaissance du français était indispensable pour trouver un emploi, les nouveaux arrivants se montreraient sans doute plus empressés de l’apprendre. Au bout du compte, le PQ a préféré abandonner son projet de loi plutôt que de faire adopter la coquille vide qui aurait satisfait la CAQ.

Le plus étonnant n’est pas le nombre de personnes incapables de parler français au Québec, mais qu’il soit aussi facile d’y vivre uniquement en anglais, y compris de communiquer dans cette langue avec les divers organismes qui relèvent du gouvernement du Québec.

Il est vrai que l’omniprésence de l’État fédéral, qui fait la promotion active du bilinguisme, ne facilite pas les choses. Précisément, un parti qui se veut nationaliste, mais qui rejette la souveraineté, devrait être d’autant plus intransigeant sur la protection du français que l’appartenance à la fédération canadienne ajoute à la difficulté.

Le problème est que la CAQ semble surtout chercher à régler son propre problème politique, pour ne pas dire électoral. L’assainissement des finances publiques, qui était son principal cheval de travail, ne sera vraisemblablement pas un enjeu important à l’élection d’octobre 2018. La chute du dollar canadien et du prix du pétrole aidant, on peut également s’attendre à ce que l’économie prenne du mieux durant la deuxième moitié du mandat libéral.

L’élection probable de Pierre Karl Péladeau comme chef du PQ aura pour effet de polariser le débat autour de la question nationale encore plus qu’en 2014. Pour éviter la marginalisation, François Legault tentera de se présenter comme le champion d’une identité québécoise forte et d’une économie prospère sans le risque de l’indépendance, ni l’aplaventrisme face à Ottawa.


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