Le coup de pied

Québec 2007 - Tribune libre de Vigile

L’émission « Maisonneuve en direct », diffusée sur la première chaîne de la radio de Radio-Canada, abordait le sujet de la question nationale, le vendredi 9 mars dernier. Seuls le Parti québécois et l’Action démocratique ont accepté d’y dépêcher un représentant pour discuter de l’avenir du Québec, pas le Parti libéral…
Diane Lemieux, députée péquiste de la circonscription de Bourget, a donc donné la réplique à son adversaire adéquiste, Sébastien Proulx, qui tente de se faire élire dans le comté de Trois-Rivières. Les deux belligérants ont essayé de démontrer que leur vision pour le développement futur du Québec s’avère la meilleure. Peut-être est-ce pour cela que le PLQ n’a pas cru bon de participer au débat puisqu’il privilégie le statu quo!
La joute oratoire aura permis aux auditeurs d’entendre une métaphore surprenante de la bouche du représentant adéquiste. Monsieur Proulx a affirmé que le « fédéralisme d’ouverture » proposé par Ottawa représente « une porte ouverte de dix centimètres. » La reconnaissance symbolique de la nation québécoise, le « siège » offert au Québec dans la délégation canadienne à l’UNESCO et les négociations pour résoudre le déséquilibre fiscal constituent donc des progrès misérables de Stephen Harper, aux yeux de l’interlocuteur adéquiste.
Sébastien Proulx a renchéri qu’un gouvernement de l’ADQ assènerait « un bon coup de pied dans la porte » du gouvernement fédéral, s’il devait y en avoir un d’élu, le 26 mars prochain. Le Parti libéral qui se contente d’une mince ouverture donne dans « l’aplaventrisme », selon lui. Jean Charest s’écrase devant Ottawa, lui qui n’ose même pas déclarer énergiquement qu’il barrera la route à quiconque tentera de modifier les frontières d’un Québec souverain. Les deux invités de l’animateur Pierre Maisonneuve ont conclu que le chef libéral est indigne de la fonction qu’il convoite.
L’image du « coup de pied » de monsieur Proulx tente de résumer le propos de son chef, quant à sa stratégie « autonomisme. » Lorsque Mario Dumont affirme qu’il « n’attendra pas la permission d’Ottawa pour agir », il démontre en effet son intention de foncer cavalièrement. Espérons pour lui que derrière la porte entrebâillée ne se dissimule pas un poids aussi lourd que le refus du Canada anglais d’octroyer un statut particulier au Québec! La seule entorse que le gouvernement fédéral tolèrera sera celle dont souffrira le pied de celui qui aura essayé de défoncer sa porte, et non celle qui entérinerait la différence de la nation québécoise dans la Constitution canadienne…
Diane Lemieux a bien ironisé sur la naïveté de son rival adéquiste. Le coup de pied dans la porte dont parle monsieur Proulx, l’impact qui réussira à l’ouvrir entièrement, c’est celui de la souveraineté qui peut le produire. L’ADQ est bien innocente de croire que sa démarche autonomiste triomphera là où les stratégies fédéralistes ont échoué, a raillé la députée péquiste. Mario Dumont n’a-t-il pas dit que « le combat pour le développement du Québec doit se faire à l’intérieur du Canada? » Cette position politique relève du fédéralisme. Or, le critique adéquiste en matière de relations intergouvernementales estime que les outils juridiques qu’autorise le cadre constitutionnel canadien lui consentent dix centimètres de marge de manœuvre! Et encore : celle-ci est possible seulement lorsqu’Ottawa daigne faire preuve de souplesse! À l’évidence, il ne peut y avoir de « coup de pied » à l’intérieur de ces règles. Difficile en conséquence de présumer que l’entreprise de l’Action démocratique connaîtra un dénouement différent de celui de ses prédécesseurs.
Comment interpréter finalement le fameux « coup de pied »? Si le candidat adéquiste de la circonscription de Trois-Rivières pense que cette « approche constitutionnelle » est nécessaire, c’est parce que des convictions souverainistes l’animent. Sébastien Proulx n’est pas le seul à en être habité à l’ADQ : François Benjamin, candidat adéquiste dans le comté de Berthier, en est aussi imprégné. L’homme a voté OUI en 1995 et n’hésite pas à dire qu’il fera de même, si on devait le lui demander de nouveau. Voilà en substance ce qu’il a répondu lorsqu’interviewé à côté de son chef venu lui prêter main forte, nullement intimidé par sa proximité.
Mario Dumont est entouré de collaborateurs indépendantistes et ne s’en formalise pas. Leur fougue lui permet de rêver que son objectif autonomiste est faisable. Nul doute cependant qu’il devra leur rendre des comptes rapidement, lorsque l’impasse politique surviendra avec Ottawa. Probable qu’il leur demande, le temps venu, d’administrer avec lui le coup de savate décisif, celui qui dotera réellement le Québec de toute l’autonomie qu’il lui faut pour son développement optimal. Ce jour là, le député de Rivière-du-Loup sera surpris de voir à ses côtés, pour porter le grand coup, moult libéraux dont Line Beauchamp, Raymond Bachand et Philippe Couillard. C’est que ce jour-là, le p’tit gars de Cacouna aura opté pour une solution pragmatique, une réponse rassembleuse : la souveraineté.
C’est à peu de chose près l’analyse qu’avance la chroniqueure politique Chantal Hébert. Elle n’a pas hésité à le dire au chef de l’ADQ, lorsqu’elle l’a croisé à l’émission « Tout le monde en parle » le 11 mars dernier, à la télévision de Radio-Canada. Celle dont les textes enrichissent les pages de plusieurs quotidiens a littéralement ridiculisé sa position autonomiste. À ses yeux, Mario Dumont berne les Québécois en pelletant la neige en avant parce qu’il sait que l’État canadien repoussera ses demandes. Elle se doute bien alors du camp qu’il choisira pour mener la bataille finale. Ne pas l’admettre est un manque de courage qui fait en sorte que le leader adéquiste n’est pas prêt à occuper le poste de premier ministre du Québec, a conclu d’un ton corrosif madame Hébert. Son verdict a eu l’effet d’un direct au cœur qui a terrassé le dirigeant adéquiste.
Manifestement, Mario Dumont a perdu le débat des chefs deux jours avant sa tenue. En bout de ligne, le coup de pied dont parlait Sébastien Proulx devrait peut-être d’abord viser le derrière de son chef…
Patrice Boileau




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