Le Canada s'égare

Notre gouvernement ne devrait pas distribuer les blâmes mais plutôt indiquer des voies permettant de résoudre la crise du Liban

Géopolitique du Proche-Orient


Axworthy*Lloyd - La position prise par le Canada face à l'escalade du conflit au Moyen-Orient ne résulte pas d'une réorientation de sa politique étrangère. Elle démontre plutôt que notre pays a perdu son chemin.
Ce que les commentateurs de droite, élogieux, qualifient d'appui ferme au droit d'Israël de se défendre par une " réponse mesurée " à la provocation du Hezbollah est au contraire devenu un pas vers l'abandon de notre contribution à la recherche de solutions pouvant mettre fin à la violence et aux tueries et à l'insertion en situation de crise d'une présence efficace de médiation internationale. Cela démontre encore une fois que le Canada devient captif d'une politique d'entêtement inflexible étayée d'un discours agressif et insensible à des actions significatives qui produisent des résultats utiles.
Ce rejet d'une politique de recherche pragmatique de la paix était bien évident cette semaine. Le Canada s'est montré réticent à assumer sa responsabilité fondamentale de protéger 50 000 de ses citoyens bloqués par les combats au Liban en refusant d'entériner l'idée d'un cessez-le-feu mise de l'avant par Tony Blair et Kofi Annan. Une telle mesure aurait permis entre autres de secourir les citoyens canadiens piégés.
Encore plus révélatrice était l'absence de toute reconnaissance de la perte de vies civiles innocentes des deux côtés de la frontières, du besoin de favoriser une action diplomatique au sein de la communauté internationale, d'une compréhension que les risques d'attentats terroristes fomentées par des extrémistes seront probablement accentués et non réduits par des actions militaires dont l'Iran tirera principalement profit. Le Canada ne devrait pas distribuer les blâmes; nous devrions plutôt indiquer des voies permettant de résoudre la crise et de relancer les efforts de réconciliation au Moyen-Orient, seule avenue vers une véritable sécurité pour Israël et pour les autres pays dans cette région torturée.
La politique canadienne au Moyen-Orient a toujours été difficile à définir. C'est l'ultime problème insoluble: il n'y a pas de réponse facile et la marge d'engagement reste limitée pour un pays comme le Canada. Aucun enjeu de politique extérieure n'est plus sensible aux pressions internes- aujourd'hui fort polarisées. Le corollaire, c'est qu'aucune autre question d'une telle importance politique n'est soumise à une autocritique si limitée, notamment quant aux voies que le Canada doit suivre. Il y a souvent peu de substance, ou peu de réflexion sur les meilleures options d'engagement à valeur ajoutée. Dans cette situation, ce que vous pouvez dire a plus d'importance que ce que vous pouvez faire.
Un rôle utile
Nous oublions trop souvent les créneaux où nous pouvons jouer un rôle utile, et notre capacité de renforcer ce rôle. Il y a eu bien sûr l'exploit diplomatique extraordinaire et novateur de Lester Pearson, qui aura servi à désamorcer la crise de Suez en créant la première véritable force de maintien de la paix. Nous avons par la suite continué de proposer nos bons offices et de promouvoir les efforts de résolution des problèmes et de réduction des tensions. À preuve nos efforts dans le dossier des réfugiés, en vertu des accords d'Oslo. Nos diplomates ont trimé dur pour alléger les souffrances dans les camps et obtenir des fonds de dirigeants du Moyen-Orient, les faisant ainsi participer aux enjeux plus larges de l'avenir des réfugiés.
Nous devrions être à l'avant-garde des appuis en faveur de la reconstitution d'une force de maintien de la paix avec un mandat renforcé pour contrôler les actions terroristes du Hezbollah et suffisant pour assurer une sécurité réelle sur la frontière Israël-Liban. Nous devrions donner notre appui aux actions visant un retrait d'Israël de Gaza et de la Cisjordanie. Nous devrions activement soutenir la démocratie chancelante au Liban et aider son gouvernement à éliminer l'influence de la Syrie. Nous devrions être en train de mobiliser les appuis et les ressources de l'importante diaspora canado-libanaise en fonction de ces objectifs.
Il serait également essentiel de convoquer les députés et de reprendre la session parlementaire pour procéder à un examen sérieux de la portée et de la nature de notre politique étrangère au Moyen-Orient, et aussi de notre mission embourbée en Afghanistan. Il est important, par l'entremise de nos représentants élus, que les Canadiens et Canadiennes transmettent leur sagesse et leur jugement au gouvernement actuel pour que ce dernier reprenne un rôle responsable et constructif sur l'échiquier mondial.
Lloyd Axworthy
Président de l'Université de Winnipeg l'auteur a été ministre des Affaires étrangères du Canada de 1995 à 2000.


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