La porte se referme à Cacouna

Tout indique que TransCanada devra trouver un autre lieu pour son port pétrolier

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Couillard n’avait pas d’autre choix que de céder à la grogne citoyenne

Le projet de port pétrolier à Cacouna a pris mardi une nouvelle dose de plomb dans l’aile. Deux, en fait. Le premier ministre Couillard a d’abord soutenu que TransCanada devrait « aller vers des sites alternatifs ». Et Ottawa a confirmé être sur le point de protéger la zone d’habitat essentiel du béluga, qui se trouve précisément à Cacouna.

« Cela rendra beaucoup plus compliquée la tâche d’un promoteur » dont le projet toucherait l’habitat du béluga, a expliqué au Devoir le directeur général de Pêches et Océans Canada pour le Québec, Richard Nadeau. La protection de l’habitat essentiel n’empêche pas de facto tout projet touchant la région visée : mais elle impose au promoteur « le fardeau de faire la preuve claire, nette et précise qu’il n’y aurait pas d’impact sur la population de bélugas », dit M. Nadeau. À ce stade, peu importe ce qu’en penserait l’Office national de l’énergie, c’est Pêches et Océans qui aurait le mot final.

Richard Nadeau indique que le ministère a reçu à la fin juillet la documentation finale devant servir à établir le décret qui désignera la zone d’habitat essentiel des bélugas (une opération attendue depuis 2012). Le décret ministériel sera « fait sous peu », dit M. Nadeau. Il inclura bel et bien la zone autour de Cacouna. « Le décret ira dans ce sens, il n’y a pas beaucoup d’options », indique-t-il.

Cette nouvelle s’ajoute à un durcissement de la position de Québec face au projet de port pétrolier de Cacouna. Dans la foulée de la décision du Comité sur la situation des espèces en péril du Canada (COSEPAC) de classifier le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent comme étant en « voie de disparition », Philippe Couillard a émis mardi de sérieuses réserves quant au projet de TransCanada.

La décision du COSEPAC est « une information qui est très significative », a-t-il soutenu à l’occasion d’un point de presse en compagnie de son homologue albertain, Jim Prentice. « Ce n’est pas mon rôle, moi, de parler pour le promoteur ou de répondre à sa place. Mais il m’apparaît difficile de continuer à prévoir un site de port pétrolier [à Cacouna] avec une information de cette sorte-là », a-t-il ajouté.

La compagnie albertaine prévoyait l’arrêt de quelque 175 pétroliers dans cette zone de reproduction du mammifère marin. M. Couillard a plutôt suggéré à TransCanada de considérer des « sites alternatifs ». Le chef libéral considère que le Québec bénéficiera de retombées économiques à long terme du projet de 12 milliards seulement si un port est construit sur les rives du Saint-Laurent.

Avant d’opter pour Cacouna, TransCanada avait considéré sept autres sites : Baie-des-Sables, Lévis, île Biquette, île Verte, Saint-Denis de Kamouraska, Québec et Saint-Nicolas.

À défaut d’un nouveau choix de site, le signal d’alarme du COSEPAC sera pris en compte dans l’évaluation environnementale sur le pipeline Énergie Est menée par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). « C’est clair », a dit M. Couillard.

De son côté, le premier ministre de l’Alberta, Jim Prentice, a fait valoir que le projet Énergie Est est « possible sans le port de Cacouna ». L’ancien ministre fédéral de l’Environnement (2008-2010) s’est dit « conscient » des « préoccupations et des responsabilités environnementales [notamment à l’égard des] bélugas. C’est très important. C’est clair. » Il « espère » aussi voir TransCanada discuter de sites alternatifs avec le gouvernement du Québec.

Pour sa part, le député péquiste Sylvain Gaudreault « ne voit pas » où TransCanada pourrait construire un terminal pétrolier tout en garantissant la sécurité des individus vivant à proximité et la protection de l’environnement. « On ne commencera pas à trouver un site à leur place », a-t-il lancé.

Satisfaits

Les propos de M. Couillard ont réjoui les opposants au projet Énergie Est. « Je pense que TransCanada n’aura pas le choix d’abandonner son terminal à Cacouna », estime Christian Simard, directeur général de Nature Québec. « On ne peut pas faire un terminal dans le milieu de vie d’une espèce qui n’est pas seulement menacée, mais en voie de disparition. »

M. Simard qualifie de « volte-face » la position de M. Couillard. « La dernière fois qu’il s’était mouillé, c’était pour souhaiter que les forages reprennent immédiatement après la fin de l’injonction de la Cour supérieure [à la mi-octobre], a-t-il soutenu. C’est un changement énorme en six semaines. Et on en est bien contents. » D’autant, dit-il, que TransCanada ne pourrait aller de l’avant à Cacouna sans une autorisation de Québec.

Pour M. Simard, c’était « le pire projet au pire endroit ». L’abandon de Cacouna ne rendrait pas l’ensemble du projet Énergie Est plus acceptable à ses yeux, mais « le plus gros irritant » disparaîtrait si on laissait les bélugas de Cacouna en paix.

Mardi, TransCanada a réitéré qu’elle a décidé « de suspendre tous travaux futurs liés au terminal maritime proposé à Cacouna ». La compagnie désire « analyser la recommandation du COSEPAC » avec l’ensemble des intervenants au dossier avant de décider si elle modifie son projet.


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