La politique du rire

Crise de leadership au PQ

De nos jours, pour être au «boutte» et comme tout le monde, il faut trouver drôle tout ce qui prétend l'être. N'importe quelle niaiserie, grossièreté, outrance, doit être considérée comme l'expression de l'ouverture d'esprit, le signe de ralliement des égalitaristes sociaux et la preuve irréfutable qu'on n'est pas des vieux épais, bornés et dépassés. Bienvenue donc dans le monde crampant de la politique du rire.
Ceux qui nous gouvernent, prétendent nous gouverner ou l'espèrent ne savent plus à quel saint se vouer quand il s'agit de rejoindre l'électorat. C'est peu dire que certains sont prêts à tout dans leur chasse aux votes. Nous assistons donc depuis plusieurs années à un phénomène qui dérape parfois, comme cette semaine, mais érode toujours le contenu de la politique, celui des politiciens qui décident de s'installer sur le terrain glissant et miné des vrais et faux humoristes. Ce qui donne à penser que les idées en politique cèdent le pas à la farce. En ce sens, il est plus facile de plonger tout nu dans un lac que dans un débat sur le concept de la nation.
Pour être près du peuple, croient certains politiciens, il faut donc être drôles et proclamer qu'on aime rire. C'est bon pour l'image, assurent leurs conseillers patentés, morts de rire eux-mêmes en encaissant leurs gras émoluments, gagnés à l'idée de les déguiser en «monde ordinaire». C'est bon pour l'image et ça fait jeune car, c'est bien connu, les jeunes sont en général des facétieux qui n'aiment que les jokes parce que la politique les «écoeure».
Pour avoir enseigné à des générations de jeunes que l'histoire commençait avec leur chronologie personnelle, que la politique ne menait à rien parce que déconnectée de leur vécu, que les politiciens étaient tous des pourris, on récolte ce qu'on a semé. Quand ceux qui nous gouvernent ne sont pas à la hauteur de leur fonction, qu'ils n'usent que de la langue de bois et qu'ils pratiquent la démagogie générationnelle, on n'est plus dans la politique mais dans la tragicomédie. La dérision en tant que mode de communication sociale est un poison lent mais néanmoins mortel pour la vie des idées, sans lesquelles la politique n'est qu'un terrain de lutte de pouvoir et d'intérêts divergents. La dérision et l'humour, instruments de sédition dans les régimes totalitaires, se transforment facilement en liquide décapant dans une société démocratique mais si peu sûre des valeurs qui la rassemblent. «Y a rien là!» Cette expression de chez nous décrit bien une espèce de vacuité du sens, des gestes, des mots et des situations. Un chef de parti qui porte un rêve collectif et qui caricature la communauté dont il prétend tirer de la fierté dans un sketch d'un goût plus que douteux, «y a rien là», affirment plusieurs. «Pauvre Québec!», diront les «déphasés».
Compétition
Ils sont trop nombreux les politiciens qui, comme les enseignants d'ailleurs, se sentent en compétition avec les amuseurs publics devant leur «clientèle». Ils envient en quelque sorte la notoriété des humoristes, laquelle n'est pas directement proportionnelle à leur qualité, on le sait. Les humoristes les meilleurs, ceux qui ont le plus d'esprit et d'à-propos, ne sont pas nécessairement les plus populaires. Comme les politiciens les plus compétents et ayant une vraie vision du progrès social ne gagnent pas toujours les concours de popularité. Chacun peut se référer à sa propre expérience scolaire, d'où il ressort que les meilleurs pédagogues étaient rarement ceux dont le souci majeur était de se mettre au niveau des élèves, de parler et de se vêtir comme eux. Le prof ami-ami qui insiste pour être appelé par son prénom, qui tombe dans le jeunisme, est rarement celui dont on retiendra les enseignements au cours de notre vie. C'est rarement celui qui commande le respect et l'admiration. Le comportement démagogique des adultes en autorité vis-à-vis des jeunes est souvent un signe d'immaturité, un refus d'assumer l'autorité ou l'expression d'une condescendance à rebours. Rechercher le vote des jeunes en mimant des ados vaguement iconoclastes ou en agissant pour choquer le cochon de bourgeois, comme dirait Jacques Brel, c'est plonger tête première dans la dépolitisation. A-t-on oublié la morale simple mais non moins juste du «chacun son métier et les vaches seront bien gardées»?
Il y a de la gravité à être le dépositaire de la volonté populaire. Ce n'est pas être hautain que d'être conscient de la fonction qu'on exerce, surtout lorsqu'elle comporte une dimension fortement symbolique. Faire preuve d'esprit, une qualité appréciée en politique comme ailleurs, ne doit pas être confondu avec le racolage. Il semble apparemment y avoir une différence de perception entre les générations au sujet de la performance facétieuse du chef de l'opposition. Cette différence n'indiquerait-elle pas simplement une lacune pédagogique profonde, à savoir que la fonction politique n'est rien d'autre qu'une manière particulière d'amuser le peuple, qui ne demande qu'à rire faute de savoir qui il est et ce qu'il veut?
denbombardier@vidéotron.ca


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