La nation Colbert

il a créé un nouveau mot - truthiness - qui décrit assez bien les années sous la présidence de George W. Bush.

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Géopolitique - Nucléaire iranien

(Photo Reuters)

Richard Hétu - Le 16 octobre, Stephen Colbert, animateur de l'émission de télévision satirique The Colbert Report, a fait un Coluche de lui-même: âgé de 43 ans, l'humoriste a annoncé sa candidature à la présidence de son pays.



Une semaine plus tard, la maison de sondage Rasmussen a mesuré l'effet Colbert (prononcez à la française): à titre de candidat indépendant, le comédien récolterait 13% des voix dans une course à trois complétée par la démocrate Hillary Clinton et le républicain Rudy Giuliani.
Ces millions de supporters joignent ainsi les rangs de la «nation Colbert», nom que donne l'animateur égocentrique au pays auquel il s'adresse, quatre soirs par semaine, sur la chaîne câblée Comedy Central.
Dimanche dernier, Tim Russert, animateur de télévision très sérieux, a donné une autre preuve de l'effet Colbert, invitant le nouveau candidat présidentiel à sa prestigieuse émission Meet the Press.
«Je ne veux pas être président. Je veux faire campagne pour la présidence. Il y a une différence», a expliqué Colbert à un Russert quelque peu confus.
Qui est ce Coluche américain? Stephen Colbert est le cadet d'une famille nombreuse de la Caroline du Sud dont l'enfance a été marquée par la tragédie. Le 11 septembre 1974, il a perdu son père et deux de ses frères dans l'écrasement d'un avion. Une décennie plus tard, il a entrepris des études en théâtre à Chicago, où il a fait ses débuts professionnels dans une troupe d'improvisation.
Stephen Colbert, c'est aussi le nom de son personnage télévisuel, inspiré par les commentateurs de droite, tels Bill O'Reilly et Sean Hannity, qui donnent le ton sur la chaîne Fox News.
Dans la grille-horaire de Comedy Central, Stephen Colbert suit Jon Stewart, l'animateur du Daily Show, un faux téléjournal faisant également ses choux gras de la politique américaine. Colbert a joué le correspondant imbécile et suffisant du Daily Show pendant plusieurs saisons avant d'obtenir, en 2005, sa propre émission, où il a créé un nouveau mot - truthiness - qui décrit assez bien les années sous la présidence de George W. Bush.
Le mot exprime le mépris de Colbert pour la vérité ou même la réalité. «La réalité a un préjugé de gauche bien connu», a-t-il déclaré le 29 avril 2006, lors d'une fameuse prestation devant le président Bush et les membres de l'Association des correspondants accrédités à la Maison-Blanche.
«Je ne suis pas un fan des faits, a-t-il ajouté. Les faits changent tout le temps, mais mes opinions ne changeront jamais.»
Ce numéro n'avait pas seulement fait grimacer le président mais également les journalistes, dont Colbert avait salué la performance «à propos des baisses d'impôts, des armes de destruction massives, des effets du réchauffement de la planète».
«Nous, Américains, ne voulions rien savoir et vous avez eu la courtoisie de ne pas essayer de fouiller», avait-il dit.
La prestation de Colbert a connu un succès instantané sur l'internet. Six mois plus tard, Frank Rich, chroniqueur au New York Times, la qualifiait de «moment essentiel» d'une année politique qui devait se solder par une défaite des républicains aux élections de mi-mandat.
Et voilà que Stephen Colbert se promet aujourd'hui d'entraîner son personnage et ses supporters dans une campagne électorale. Pour le moment, il entend concentrer ses efforts sur son État natal, la Caroline du Sud, où les démocrates et les républicains tiendront des primaires présidentielles en janvier. L'objectif de Colbert, qui veut se présenter sous la bannière des deux parties, est de remporter au moins un délégué. Pourquoi?
«Avec un délégué, Colbert pourrait avoir accès à la convention démocrate ou républicaine et faire son émission en tant que candidat présidentiel», explique Scott Huffmon, politologue à l'Université Winthorp, en Caroline du Sud.
Pour y parvenir, Stephen Colbert devra cependant surmonter des obstacles légaux et politiques. N'enfreindrait-il par les lois sur le financement électoral, par exemple, en profitant de la publicité gratuite que lui vaudront ses émissions sur Comedy Central?
Sur le plan politique, les embûches ne sont pas moins importantes. Même s'il parvient à s'inscrire aux primaires des deux principaux partis, il n'a de chances véritables de remporter un délégué que chez les démocrates. Comment? En remportant au moins 15% des suffrages de ce parti dans une des circonscriptions électorales de la Caroline du Sud.
«Le hic, c'est que les électeurs qui participent aux primaires ne sont pas du genre à gaspiller leur vote pour une blague», dit le professeur Huffmon.
N'empêche: le comédien est aujourd'hui même en Caroline du Sud pour lancer une campagne qui fera au moins rigoler la nation Colbert.
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