La gratuité scolaire ? Oui !

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Il serait bien de voir le PQ aussi déterminé envers la défense du français

La semaine dernière, la libérale Marwah Rizqy disait espérer persuader son parti d’adopter la gratuité scolaire. En fin de semaine, le Parti québécois, réuni dans le cadre de son conseil national à Drummondville, a promis d’abolir les droits de scolarité des étudiants (cégépiens et universitaires) dont les parents gagnent moins de la moitié du salaire médian. Le chef péquiste, Jean-François Lisée, parle ainsi de « véritable gratuité scolaire » pour les études postsecondaires. Il s’agirait donc de faire payer uniquement les plus riches, tout en laissant entendre qu'un gouvernement péquiste pourrait éventuellement aller plus loin, mais pas dans un premier mandat.


Si la logique derrière une telle proposition est compréhensible, il y a d’autres moyens de s’assurer d’un partage optimal de la richesse, comme l’impôt sur le revenu. En 2012, les partisans de la hausse des frais de scolarité martelaient aussi l'argument de la justice sociale, prétendant que les plus riches seraient les seuls à assumer la facture, car les plus pauvres bénéficieraient de davantage de prêts et bourses, oubliant totalement les classes moyennes dans l'équation. Il serait, de toute manière, plus cohérent d’appliquer la gratuité pour tous, sans égard à la fortune des étudiants ou à celle de leurs parents. C’est avant tout une question de principe : à la fois droit, devoir et privilège, l’éducation ne devrait jamais être traitée comme une entreprise où règne le principe de l’utilisateur-payeur. Les étudiants ne sont pas des clients.


Abolir la facture étudiante mènerait-elle à une dévalorisation de l’éducation ? Il y a un risque réel, car, surtout à notre époque, on a tendance à évaluer la valeur de quelque chose en fonction de son coût. C’est pourquoi il serait important de resserrer les critères et de renforcer la sévérité des conditions d’admission et du rendement de l’étudiant. S’il faut exiger un effort plus important de la part de l’étudiant, le tri entre ceux qui peuvent poursuivre leur parcours universitaire et ceux qui ne le peuvent pas ne devra jamais s’opérer en fonction du portefeuille. On ne devrait jamais devoir s’endetter pour apprendre. La gratuité scolaire permettrait même d’exiger davantage aux étudiants d’être redevables, en supprimant la possibilité de se contenter de payer pour continuer son parcours.


Nous avons, de surcroit, les moyens de mettre en place une éducation gratuite au Québec, et l’investissement en vaut largement la chandelle. Différentes formules réalistes sont envisageables. L’argument principal en faveur d’une hausse des frais de scolarité est celui du soi-disant sous-financement de l’université québécoise. C’est un mythe. L’université québécoise n’est pas sous-financée, mais mal financée. Si l’enseignement en arrache, sur le plan financier, la recherche, elle, se porte très bien et nage dans l’argent. Et ne parlons même pas de la rémunération des recteurs...


La gratuité scolaire ne réglerait pas tous les problèmes, tant s’en faut. Cependant, elle serait un choix de société rempli de noblesse, percevant l’éducation comme la responsabilité de tous, et pas seulement de ceux qui y ont recours à un moment ou à un autre.


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Simon-Pierre Savard-Tremblay163 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).