La gardienne du temple

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Ah! Parce que Michel David n'exagère jamais lui?

Tout ce qui est exagéré est insignifiant, dit-on, et Martine Ouellet a beaucoup exagéré durant la course qui s’achève, plus encore que lors de la précédente. Elle a atteint un sommet, mardi, en déclarant que « c’est la première fois au Parti québécois que l’indépendance est compromise ».

On peut très bien être en désaccord avec la stratégie référendaire que proposent ses trois adversaires, mais il faut avoir la mémoire courte pour affirmer une chose pareille. La démarche dite d’« affirmation nationale » qui avait été enchâssée dans le programme en 1985 était certainement plus inquiétante.

Exception faite des années de l’après-Meech, qui ont culminé dans le référendum de 1995, la démarche proposée par les différents chefs du PQ relevait certainement de ce « flou mou » que Mme Ouellet reproche aujourd’hui à Alexandre Cloutier, qu’il s’agisse des référendums « sectoriels » de Jacques Parizeau, du « moment approprié » de Pauline Marois, des « conditions gagnantes » de Lucien Bouchard ou de l’« assurance morale » de Bernard Landry.

Aux élections de 1981, René Lévesque avait promis solennellement de ne pas tenir de référendum durant toute la durée du mandat, mais, en s’engageant à en tenir un dans un deuxième mandat, Jean-François Lisée semble au moins exclure la répétition du « beau risque » qui avait mené le PQ au bord de l’éclatement.

Il est vrai qu’il a maintes fois démontré la facilité avec laquelle il peut changer d’idée, même sur les questions les plus fondamentales, et la course qui s’achève a donné la mesure de sa force de conviction. Refaire avec autant de succès le coup du « bon gouvernement », considéré depuis 30 ans comme l’antithèse du projet souverainiste, relève de l’exploit.


Mme Ouellet a été très claire : elle n’a aucune intention de faire sienne la démarche préconisée par son futur chef, que ce soit M. Lisée ou M. Cloutier. La députée de Vachon s’est érigée en gardienne du temple, qui vilipendera les impies jusqu’à son dernier souffle.

M. Lisée estime que cet entêtement serait « inapproprié » et M. Cloutier pense sûrement la même chose. Au PQ, rejeter la stratégie pour accéder à la souveraineté défendue par le chef revient à contester son leadership. Alors que les deux favoris dans la course se disputent le deuxième choix des partisans de Mme Ouellet, le moment est mal choisi pour évoquer de possibles sanctions, mais il peut arriver un point où l’inapproprié devient carrément inacceptable.

Il va sans dire que la dissidence de Mme Ouellet serait plus tolérable si elle ne s’exprimait pas dans des termes aussi inutilement blessants. Au sein du caucus, certains ne demanderaient pas mieux que de lui tordre le cou. Poursuivra-t-elle sur le même ton, même si le prochain congrès accepte de réécrire l’article 1 du programme à la convenance du nouveau chef ?

Dans le feu des débats, il arrive parfois que les mots excèdent la pensée, mais, à voir la hargne avec laquelle elle continue à attaquer, alors que la course est, à toutes fins utiles, terminée et que ses chances de victoire sont infinitésimales (moins de 1 %, selon le prévisionniste Bryan Breguet), c’est à se demander si elle ne recherche pas l’auréole du martyr.
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