La formation de la nation québécoise, quelques rappels utiles

Tribune libre


Le récent débat sur la nation québécoise risque de générer plus de confusion que de clarté dans un moment qui a surtout besoin de lumière. Peut-être faudrait-il rappeler certains faits pour remettre les pendules à l’heure.
D’abord, avant la conquête anglaise, nous formions déjà une entité différente de la France, quelque chose qui pouvait déjà commencer à ressembler à un peuple. Cependant nous n’avions pas de territoire vraiment défini mais l’essentiel de notre population, environ 90%, vivait sur les rives du Saint-Laurent, ce que les gens du temps appelaient le Canada.
Notre défaite de 1760 fut tragique à certains égards mais pas à d’autres. L’Angleterre nous assigna un lieu très bien défini par la Proclamation royale. Elle désigna ce territoire «Province of Quebec» du latin «pro victis» ce qui signifie «pour les vaincus». Peu importe, la Conquérante venait de nous accorder ce qui nous manquait, un endroit précis où nous formions au delà de 95% de la population en 1763.
Commença alors l’édification de la nation québécoise. Des soldats de Wolfe s’établirent ici (les Fraser par exemple) et finirent par s’intégrer à la majorité. Un peu plus tard, des mercenaires allemands (les Wilhelmy, Yockell et Jomphe par exemple) venus se battre avec les Anglais contre les Américains se sont à leur tour fondus dans la majorité. Nombreux sont les Québécois francophones qui ont dans leurs ancêtres un ou des Irlandais arrivés ici lors des grandes famines du 19e siècle. On pourrait multiplier ces exemples jusqu’à nos jours. Cette nation s’est lentement constituée et elle continue présentement à se faire. Elle a un territoire plus ancien que le Canada que nous connaissons actuellement et une langue parlée par presque la totalité de sa population. Que demander de plus ? Nous avons tout.
Il faudrait maintenant que les Québécois d’origine française cessent de s’excuser d’être majoritaires et qu’ils assument enfin cette majorité avec confiance et respect. Si des résidents du Québec ne se reconnaissent pas Québécois, ce n’est pas notre problème mais le leur.
Comme bien des peuples, nous avons connu une diaspora. Beaucoup des nôtres ont quitté pour les États-Unis ou pour d’autres régions du Canada. C’était un choix légitime. Leurs descendants doivent l’assumer.
Sur leur territoire, les Québécois francophones ont suffisamment démontré qu’ils sont accueillants et qu’ils sont prêts à bien des accommodements pour ceux qui veulent s’intégrer, n’en déplaise à ceux qui ne cherchent qu’à nous culpabiliser à ce sujet. Nous avons le potentiel qu’il faut mais il nous manque présentement beaucoup d’outils pour nous réaliser pleinement selon notre personnalité et nos aspirations dans ce corset canadien.
Si l’on espère que cette coquille vide qu’est la récente reconnaissance de la nation québécoise par le Parlement canadien nous procurera ces outils manquants, nous allons bien vite déchanter. Il faudra donc cesser d’attendre et arrêter de quémander et nous résoudre à prendre les rennes de notre destinée parce que le Canada actuel n’a plus en lui ni la volonté ni la faculté de nous accommoder.
Le jour où cette nation francophone sera consciente de ses acquis et confiante dans ses immenses possibilités, ce ne sont pas les pirouettes de Stephen Harper ni les idées réchauffées de Justin Trudeau ni les nuances sibyllines de Stéphane Dion et encore moins la valse-hésitation de Jean Charest qui pourront y changer quelque chose. Cela sera devenu clair, ultra clair.
Gilles Ouimet

Des Ruisseaux, Qc

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Né à Mont-Laurier en 1947. Études primaires à cet endroit. Études classiques à Mont-Laurier et Hull entre 1961 et 1968. Diplômé en histoire de l’Université Laval en 1971. Enseignant à la polyvalente de Mont-Laurier entre 1971 et 2005. Directeur d’une troupe de théâtre amateur (Troupe Montserrat) depuis 2000. Écriture pour le théâtre, notamment une pièce à l’occasion du centenaire de Mont-Laurier en 1985 (Les Grands d’ici), une autre à l’occasion du 150e anniversaire du soulèvement des Patriotes (Le demi-Lys...et le Lion) en 1987 (prix du public lors du festival de théâtre amateur de Sherbrooke en 1988 et 2e prix au festival canadien de théâtre d’Halifax la même année). En préparation, une pièce sur Louis Riel (La dernière Nuit de Louis Riel). Membre fondateur de la Société d’histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides. Retraité de l’enseignement depuis 2005.





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2 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    28 février 2007

    Votre commentaire, monsieur Brisson, est fort à propos. Mon texte ne ne voulait aucunement exclusif envers les Amérindiens. Il retraçait la formation de la nation québécoise à partir de l'arrivée des premiers Français ici. Les Premières Nations comme on les appelle de plus en plus s'étaient, elles, édifiées au cours des millénaires précédents. Notre nation est donc une intruse dans ce coin d'Amérique du Nord. La Déclaration d'Indépendance du Bas-Canada en 1838 voulait garantir l'égalité des droits pour les Autochtones mais ce document n'a eu aucune suite à cause des événements que l'on connaît. Les différentes politiques des gouvernements par la suite n'ont fait que marginaliser ces peuples en créant des réserves notamment. On peut bien souhaiter les intégrer dans notre nation mais quand on réalise tous les drames que ces gens ont vécus à cause de l'arrivée de nos ancêtres, on peut comprendre qu'ils ne le souhaitent pas vraiment. On ne peut pas les blamer. Ils forment des nations beaucoup plus anciennes que la nôtre, ils veulent demeurer ce qu'il sont et c'est très bien.
    Mais la question n'est pas simple. Il y a parmi nous des gens qui ont du sang indien et qui se sont intégrés à la nation québécoise. Il faut cependant respecter ceux qui veulent promouvoir l'épanouissement de leurs nations. Depuis le temps nous sommes nous aussi des autochtones ici et il en est de même pour les enfants des immigrants plus récents. Nous sommes donc tenus à nous entendre avec ces Premières Nations et cela veut dire que nous devrions multiplier des cas comme la Paix des Braves et même envisager de reconnaître des territoires spécifiques avec pleine autonomie pour ces nations. C'est une simple question de justice. Nous partagerions alors un immense territoire et nous traiterions d'égal à égal.
    Gilles Ouimet

  • Archives de Vigile Répondre

    14 décembre 2006

    Suite à la lecture de votre texte, je me demande bien où sont les amérindiens dans la fondation de la nation québécoise ???