La fin du leadership global

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Vers un monde plus incertain et instable





Quand Donald Trump accédera à la présidence, ce ne sera pas la fin du monde. Plusieurs craignent toutefois que ce soit la fin définitive de l’époque où les États-Unis étaient perçus comme un leader indispensable.


Ces craintes sont-elles fondées? La présidence de Donald Trump représente-t-elle vraiment un risque pour l’ordre international?


Tant bien que mal, depuis 1945, les États-Unis avaient conservé la capacité économique, la puissance militaire et la volonté politique d’exercer un leadership stabilisateur en des termes que leurs partenaires pouvaient accepter.


En prenant en charge ce leadership, les Américains avaient rejeté l’isolationnisme d’un mouvement appelé America First. Le fait que Donald Trump ait fait sienne cette devise ne fait que confirmer son intention de mettre fin au leadership international des États-Unis.


Fin annoncée


Ce rôle n’a pas toujours été joué à la perfection. L’unilatéralisme de George W. Bush en Irak et les louvoiements de Barack Obama en Libye et en Syrie annonçaient l’essoufflement du leadership américain.


Pourtant, la volonté d’exercer un rôle prépondérant a persisté et lorsqu’il a fallu trouver des solutions globales à des enjeux comme la grande récession de 2008 ou le réchauffement climatique, les États-Unis ont répondu à l’appel.


Au fil des ans, le consensus bipartisan en faveur de l’internationalisme libéral à la base du leadership américain s’est effrité et l’élection de Trump n’était qu’un symptôme de cet effritement.


Approche transactionnelle


Donald Trump entend transformer l’approche américaine de la politique étrangère. Il prône une approche dite transactionnelle, où tous les enjeux sont constamment sujets à renégociation et où les États-Unis n’hésiteront pas à faire prévaloir leurs intérêts.


Ce qu’on connaît de l’approche de Trump suggère qu’il n’hésitera pas à remettre en question les normes établies, comme en font foi ses actions et déclarations envers la Chine, ou les principes mêmes qui sous-tendent certaines institutions fondamentales comme l’Alliance atlantique.


Si les États-Unis ont pu exercer un certain leadership et contribuer à un semblant d’ordre dans un monde chaotique, c’est entre autres parce que leurs actions étaient menées – même si ce n’était parfois qu’une façade – au nom de valeurs et de principes universels. Trump évacue complètement ces prétentions au profit d’une vision de l’intérêt national dénuée de finalité commune.


Monde plus incertain


Ce qui rend problématique l’approche apparente de Trump en politique étrangère est son dédain pour les normes établies qui constituent les règles du jeu des relations internationales et le peu de place qu’il accorde aux principes et aux valeurs qui devraient guider l’action d’un leader qui cherche à être suivi autrement que par la contrainte.


Ces deux éléments ont permis aux États-Unis pendant plusieurs décennies de jouer un rôle stabilisant dans un système international qui en avait bien besoin.


L’approche transactionnelle de Donald Trump et sa promesse de rendre sa politique étrangère imprévisible annoncent la fin de cette ère et laissent entrevoir un monde plus incertain et instable que celui qu’on connaît.



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Pierre Martin49 articles

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Pierre Martin est professeur titulaire au Département de science politique de l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines (CÉPÉA). Il est également membre du Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale (GERSI)





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