La différence

Québec 2007 - le facteur «homophobie»

Grâce à Michel Tremblay, Claude Charron, Clémence DesRochers et Daniel Pinard; grâce à l'État sorti des chambres à coucher par Pierre Elliott Trudeau, au Bernie de Jamais deux sans toi, au film C.R.A.Z.Y., aux mariages gais..., il est bien plus facile aujourd'hui d'être homosexuel au Québec. Mais ce n'est pas un acquis pour tout le monde, comme le prouvent les données sur le suicide des jeunes homosexuels et le tabou qui sévit encore dans bien des familles et des milieux de travail.

Dans cette veine, André Boisclair fait figure de pionnier. Il n'est pas le premier politicien à afficher son homosexualité (Pierre Bourgault, par exemple, n'en a jamais fait mystère), mais il est le premier à porter «sa différence», comme il dit, à un aussi haut niveau. Il serait Noir, femme ou autre qu'un «de souche» qu'il en serait au même point. Ségolène Royal, Hillary Clinton, Barack Obama font actuellement face à la même curiosité populaire et médiatique: est-on prêt à avoir une femme ou un Noir à la tête de l'État?
La «différence» peut d'ailleurs se décliner de bien des manières. Aux États-Unis, par exemple, il faut ajouter les questions religieuses: le catholique John Kennedy reste le seul président non protestant qu'aient eu les Américains, et sa religion fut pour lui un handicap.
Il est clair que ces facteurs jouent chez une partie de l'électorat. À quelle hauteur? Difficile à dire parce que la pression sociale joue ici un grand rôle. Lors de la campagne au leadership du Parti québécois, un impressionnant taux de 92 % des électeurs disaient que l'homosexualité d'André Boisclair n'influencerait pas leur choix. Mais récemment, à la question «Par qui feriez-vous garder vos enfants?», seuls 8 % des répondants ont opté pour M. Boisclair. Le fait qu'il n'ait pas d'enfant a sans doute joué, mais les quelques éducateurs en garderie qui sont mâles et gais pourraient longuement parler de la méfiance qui règne chez certains parents à leur endroit...
Derrière les discours socialement acceptables, l'homophobie existe, à divers degrés, et un parti important qui présente le premier chef ouvertement gai ferait preuve de naïveté s'il n'en tenait pas compte. Les propos grossiers d'un Louis Champagne ont leur relais dans la société. Il faut savoir y répondre, et M. Boisclair a passé avec brio le test qui, c'était inévitable, devait finir par lui être imposé.
Quel sera le poids réel de l'homophobie, une fois l'électeur dans l'isoloir? Il est possible que M. Boisclair en souffre, notamment parce qu'il brise la glace. Il est possible aussi que les attaques le servent, parce que les Québécois n'aiment pas l'injustice. Ce qui est sûr, toutefois, c'est que les stratèges péquistes feraient une bien mauvaise analyse en posant leur chef en victime. Les problèmes actuels de M. Boisclair dépassent largement la seule question de sa différence: ils tiennent à l'ensemble de sa personnalité et à ses idées.
jboileau@ledevoir.ca


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