INTÉGRITÉ ET ÉLECTIONS

La dérive

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Le mauvais genre de Philippe Couillard

Que la campagne électorale s’enlise ! On croyait qu’elle porterait sur la charte de la laïcité, elle a viré référendaire avant de faire un retour en arrière, toutes voiles dehors sur l’intégrité, comme si on était encore en 2012. Quels clichés tout cela augure pour le débat de ce jeudi soir !
Les gros mots et les accusations circulent si vite ces derniers jours qu’on ne sait plus trop qui a commencé. Philippe Couillard qui se fait le parangon de la transparence personnelle et qui se fait prendre la main dans un paradis fiscal ; François Legault qui dénonce la m… dans le camp libéral et les quotas de financement imposés aux députés péquistes ; le Parti québécois qui se plaint au Directeur général des élections à propos d’une activité de financement libérale datant d’avant 2012 sur laquelle enquête pourtant l’Unité permanente anticorruption…

Et tout ce beau monde se répond et en remet, exploitant au maximum les révélations journalistiques, comme celle qui a permis d’apprendre que le Parti québécois a aussi été rencontré par l’UPAC. Tout pour distraire l’électorat.

Il n’y a d’abord rien d’étonnant à ce que la direction du PQ ait été rencontrée par l’UPAC. Québec solidaire, qui l’a rappelé hier, avait elle-même démontré en 2010 que le recours aux prête-noms dans les firmes de génie-conseil avait servi à financer PLQ, PQ et ADQ. Tous n’étaient pas également atteints, mais tous étaient touchés. C’est pourquoi d’ailleurs le mandat de la commission Charbonneau vise large.

L’automne dernier, on avait appris que l’UPAC avait mené une perquisition à la permanence du PLQ en juillet, puis avait rencontré des anciens élus de même que le chef actuel, Philippe Couillard, et la directrice générale du parti. M. Couillard avait fait valoir qu’il s’agissait de « conversations de nature administrative » et les libéraux avaient bien expliqué la distinction entre perquisition, rencontre et interrogatoire. La réaction de Pauline Marois avait alors été sobre : « Je souhaite tout simplement que la justice suive son cours. » Et c’est le cas.

C’est maintenant le tour du PQ d’être rencontré pour se faire questionner sur sa structure de financement, comme le PLQ l’a été. Le PQ n’a par contre pas fait l’objet de perquisitions. Mais on est en campagne électorale, donc sobriété et retenue ne sont plus au rendez-vous. Philippe Couillard laisse dorénavant à la police le soin de faire les nuances entre ses différents types d’intervention et il ne craint pas de laisser entendre que d’autres opérations policières pourraient survenir au PQ. Des insinuations comme cela déplaisait tant à M. Couillard cet automne.

Même scénario du côté de François Legault et sa « révélation » des 80 000 $ qu’il devait aller chercher pour le parti quand il était ministre péquiste. Pourquoi ne pas nous avoir raconté cela aux élections de 2012, alors que se répétait à qui mieux mieux que le gouvernement Charest, lui, imposait une récolte de 100 000 $ à ses ministres ? La mémoire a été longue à lui revenir.

Et ne parlons pas de la plainte du PQ au DGE sur les 428 000 $ récoltés lors d’un événement de financement libéral ! La police enquête déjà, avec des moyens autrement plus importants que ceux du Directeur général des élections. Si le PQ s’inquiète tant du financement du PLQ, il n’avait qu’à laisser travailler la commission Charbonneau plutôt que de déclencher des élections.

Mais dans cette campagne sans argument, on est revenu au jeu de qui lavera le plus blanc. « Montre-moi tes revenus, ton patrimoine, ton argent » est le nouveau défi à relever, lancé par M. Couillard. Mal lui en prit. Les journalistes l’ont pris au mot et Radio-Canada révélait en fin de journée mercredi qu’il avait bénéficié des bons soins d’une banque de l’île de Jersey. On peut placer son argent légalement dans les paradis fiscaux, mais reste que ça fait mauvais genre auprès d’électeurs à qui on répète que l’État n’a pas d’argent. Vraiment, tout cela fait désordre et grand oubli des citoyens.


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