La déclaration qui tue

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Par ses propos outranciers, le maire Steinberg a aidé le gouvernement Legault


Il y a parfois des déclarations qui marquent un tournant dans un débat. Un des plus beaux exemples est celui de l’ancien président de la Standard Life, Claude Garcia, qui avait lancé lors d’un rassemblement du Non, le 24 septembre 1995 : « Il ne faut pas gagner le 30 octobre, il faut écraser. »


Cette façon de parler des souverainistes comme si c’était de la vermine avait réveillé le camp du Oui, dont la campagne n’arrivait pas à décoller. Soudainement, la campagne référendaire avait pris une allure de lutte de classes. D’un côté, les « forces vives » de la nation, de l’autre, cette nouvelle classe d’affaires qui devait largement son élévation à l’État québécois et que Jacques Parizeau accusait de « cracher dans la soupe ».


Même chez les fédéralistes, le malaise était palpable. Loin de souhaiter cet écrasement, plusieurs d’entre eux comptaient au contraire sur un résultat serré pour convaincre le Canada anglais de manifester plus d’ouverture aux revendications du Québec.


Les propos incendiaires du maire de Hampstead, William Steinberg, dont il refuse toujours de s’excuser, peuvent être rangés dans la même catégorie des déclarations qui tuent. Assimiler le projet de loi 21 à du « nettoyage ethnique » était une exagération si grossière que même ceux qui s’y opposent ont été choqués.


Avec un empressement variable, les uns et les autres ont senti l’obligation de dénoncer les propos de M. Steinberg, envoyant du coup le message que, tout compte fait, le gouvernement Legault a fait preuve de modération.


Tout en clamant lui aussi une indignation qui était sans doute sincère, le premier ministre devait se frotter les mains. Qui peut encore lui reprocher de vouloir en finir au plus vite avec un débat qui fait perdre la tête à certains ?




 

 

Si le PLQ est demeuré sourd aux appels de ceux qui le pressaient de se rallier à la recommandation du rapport Bouchard-Taylor concernant le port de signes religieux, son chef intérimaire, Pierre Arcand, n’en a pas moins réalisé que la rhétorique moralisatrice de Philippe Couillard n’est plus de mise.


Quoi qu’en dise M. Legault, M. Arcand n’a pas traité les Québécois de racistes en accusant son gouvernement de provoquer des dérapages comme celui du maire de Hampstead. S’il a néanmoins jugé nécessaire de lui présenter des excuses, c’est qu’il a bien compris qu’il a l’appui de la population.


Les libéraux n’ont pas d’autre choix que de faire un baroud d’honneur d’ici l’ajournement de la session parlementaire. En réalité, le gouvernement lui rendra un grand service en ayant recours au bâillon.


Face à sa clientèle non francophone, qui a assuré l’élection de la grande majorité de ses députés le 1er octobre dernier, le PLQ pourra se présenter en victime de l’arbitraire caquiste, et surtout mettre enfin derrière lui un débat qui lui a coûté très cher.




 

 

Il faut reconnaître à Justin Trudeau d’avoir condamné sans ambiguïté les propos du maire de Hampstead, mais le problème demeure entier. Ceux qui voient dans le projet de loi 21 une violation intolérable de la Charte des droits s’attendent à plus que des protestations indignées.


Le message en anglais que le Bloc québécois a placé sur un panneau publicitaire d’Ottawa s’adresse peut-être moins à la classe politique fédérale, qui est bien au fait du danger de s’aventurer sur ce champ de mines, qu’aux électeurs du Canada anglais qui ont du mal à s’expliquer comment ce nouvel acte de délinquance de la « société distincte » peut être toléré.


Jusqu’à présent, il n’y a pas vraiment eu de levée de boucliers à l’extérieur du Québec. Se faire dire chez soi de se mêler de ses affaires pourrait toutefois être perçu comme une provocation par certains. On peut imaginer l’indignation du chef du Bloc, Yves-François Blanchet, si jamais le panneau du Bloc était vandalisé.


C’est sans doute là un exemple de ce qu’il voulait dire quand il soutenait que défendre les intérêts du Québec et faire la promotion de l’indépendance revenait au même.


La semaine dernière, la présidente des Organisations unies pour l’indépendance (OUI), Claudette Carbonneau, déplorait que les Québécois ne voient pas plus le lien entre le statut politique du Québec et sa capacité à s’épanouir pleinement.


Il est certain qu’une quelconque participation d’Ottawa à une contestation de la Loi sur la laïcité serait très mal perçue, peu importe que le programme de contestation judiciaire dont les opposants pourraient profiter soit indépendant du gouvernement fédéral.


Certes, il ne faut pas tout mélanger. Même si les anglophones sont nettement moins divisés sur la question des signes religieux, on ne peut ramener le débat à une simple illustration du fossé entre les « deux solitudes ».


Il est cependant difficile d’ignorer que le maire de Hampstead est un homme qui a passé toute sa vie au Québec et qui demeure aussi étranger au fait français que s’il avait vécu à Toronto ou à Calgary.









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