La chèvre et le chou

Le PQ et la Gauche - recentrage



À l'issue de la Conférence des présidents du PQ, samedi dernier à Québec, l'aile progressiste était satisfaite des assurances qu'André Boisclair avait données à huis clos à propos du contenu de la future plate-forme électorale.
«Je n'ai pas peur de dire que le PQ n'est pas ancien, ni nouveau, il est toujours social-démocrate», a déclaré le président du SPQ libre, Marc Laviolette, devenu le nouveau chien de garde de l'orthodoxie péquiste en cette matière.
M. Laviolette est un homme d'expérience, qui a appris depuis longtemps à faire des pirouettes, mais de deux choses l'une: ou il existe bel et bien un nouveau PQ, comme le prétend son chef, ou il demeure fidèle aux principes de la social-démocratie classique à laquelle est revenu le congrès de juin 2005.
Ceux qui connaissent André Boisclair ne doutent pas de son désir sincère de prendre ses distances avec le «modèle québécois» traditionnel. Il y a cinq ans, il formait avec Joseph Facal et François Legault un trio qui faisait grincer l'aile progressiste.
M. Boisclair étant ce qu'il est, il disait les choses d'une manière plus enveloppée que ses deux collègues, mais il n'en pensait pas moins. Selon lui, le PQ devait avoir «un souci plus grand pour les gens de la classe moyenne, qui réclamaient plus de liberté dans les relations qu'ils peuvent avoir avec l'État». Une phrase comme celle-là ne détonnerait pas dans le programme de l'ADQ.
Fort des 40 000 nouveaux membres qu'il a attirés au PQ pendant la course à la direction, il aurait peut-être pu profiter de la course à la direction pour vraiment transformer le PQ. Sa candidature avait provoqué une telle euphorie que la partie était jouable, mais il n'a pas osé.
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À sa décharge, le défi était de taille. Lucien Bouchard, qui, au sommet de sa gloire, était l'homme politique le plus populaire de l'histoire récente du Québec, aurait pu forcer le jeu, comme il l'a fait sur la question linguistique au congrès de 1996, mais il avait déjà bien assez de problèmes avec les «conditions gagnantes».
Aujourd'hui, M. Boisclair se retrouve dans la position toujours délicate de celui qui voudrait bien ménager la chèvre et le chou. Il sait que l'électorat est d'humeur plus centriste, mais l'aile progressiste demeure incontournable, aussi bien au sein de son caucus que dans les instances du parti.
Le projet de plate-forme d'une soixantaine de pages, dont Le Devoir a obtenu copie, illustre bien le problème. Les mesures proposées par le comité dirigé par le député de Vachon, Camil Bouchard, sont incontestablement généreuses, mais elles ne sont pas précisément de nature à diminuer le poids de l'État.
Certes, le document date de l'été dernier et ne comporte aucun cadre financier, mais le principal conseiller de M. Boisclair, Daniel Audet, a participé aux travaux du comité, et les orientations générales que le chef péquiste a évoquées jusqu'à présent correspondent tout à fait à ce qu'on peut y lire.
Le réinvestissement envisagé dans le secteur de l'éducation - 2,5 milliards pendant le mandat - traduit bien le caractère prioritaire qu'il entend lui donner, mais le maintien du gel des frais de scolarité, auquel il s'est également engagé, ne facilitera pas les choses.
Il est également prévu d'assurer l'accès à un médecin de famille à tous les Québécois, d'augmenter le financement des services de garde et de verser des prestations universelles aux proches-aidants. Entre le souhaitable et le possible, il faudra nécessairement faire de douloureux arbitrages.
D'autres engagements semblent nettement moins contraignants. Un gouvernement péquiste consacrera 500 millions par année au règlement de la dette le jour où Ottawa transférera 3,9 milliards au Québec en guise de correction du déséquilibre fiscal. Ce n'est pas demain la veille.
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Sur la question de la souveraineté, le document demeure fidèle à l'esprit, sinon à la lettre du programme de juin 2005. Il est toujours question d'un référendum «le plus tôt possible à l'intérieur du prochain mandat».
Là encore, la plate-forme risque de ne pas être au diapason de l'humeur de l'électorat, même si elle est de nature à plaire aux militants péquistes. Le rapport confidentiel du Bloc québécois, dont Le Journal de Québec faisait état mardi, portait spécifiquement sur la région de Québec, mais une enquête plus étendue en arriverait probablement à des conclusions semblables.
Les électeurs de Québec ne sont sûrement pas les seuls à être las des «batailles sur l'intangible» et à avoir d'autres priorités qu'un référendum, même si ceux des autres régions n'ont pas eu la chance de profiter d'un jumelage avec Calgary pour découvrir les mérites de Stephen Harper.
Si la démarche proposée par le comité Bouchard est retenue, un gouvernement péquiste replongerait à toutes fins utiles le Québec en pleine tourmente référendaire dès son élection en créant un «forum du pays», avec une «section» dans chaque région du Québec. Parallèlement à cet exercice de discussion collective, le gouvernement mettrait en place le cadre législatif, administratif et financier du futur pays.
Les libéraux vont prier le ciel pour que M. Boisclair n'ait pas l'idée d'éliminer ce chapitre dans la plate-forme définitive. Remarquez, à ce stade-ci, ils gagnent dans tous les cas de figure. Si le référendum est reporté aux calendes grecques, comme en 2003, bon nombre de souverainistes vont tout simplement rester chez eux. Pourtant, il faudra bien choisir entre la chèvre et le chou.
mdavid@ledevoir.com


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