Droit, cultures et religion: patrimoine commun et identités plurielles

L'immigration n'a pas des impacts seulement sur la société d'accueil

Un colloque au Mexique se penche sur des questions semblables à celles débattues au Québec

Accommodements ou Intégrisme - ailleurs dans le monde

Les débats sur les accommodements raisonnables pour motifs religieux et l'impact de l'immigration sur la société québécoise se déplacent aujourd'hui au Mexique. Plus précisément dans la ville de Monterrey où s'organise un colloque intitulé Droit, cultures et religion: patrimoine commun et identités plurielles. Trois des six conférences proposées portent sur des questions québécoises débattues en ce moment à la commission Bouchard-Taylor et devant la commission parlementaire sur l'immigration.
Le colloque est organisé par le groupe Société, droit et religion de l'Université de Sherbrooke (SODRUS). Ce centre de recherche se distingue par son approche résolument multidisciplinaire du phénomène du métissage religieux et culturel du monde contemporain. Son directeur, le professeur Sébastien Lebel-Grenier, affirme d'ailleurs qu'il faudrait considérer davantage les effets de l'immigration sur la société d'origine des immigrés dans les débats actuels, trop concentrés sur la société d'accueil et son mode d'intégration.
«La polémique sur les accommodements raisonnables le reflète bien: on se limite trop à la perspective du pays qui reçoit l'immigration, dit professeur interviewé juste avant son départ pour le Mexique. Le problème est beaucoup plus vaste. Il faut aussi considérer l'acculturation imposée de différentes manières, économiques et culturelles, aux pays du Sud. Ces pays se retrouvent entre la tradition et la modernité, en reconstruction identitaire. Le phénomène migratoire affecte aussi directement les sociétés d'origine des immigrants, par exemple avec l'exode de professionnels, le soutien financier de gens qui n'ont pas immigré, voire de mouvements politiques.»
La rencontre se tient dans le cadre du Forum universel des cultures, lancé hier soir dans la ville mexicaine, la troisième plus importante du pays avec près de quatre millions d'habitants. Cet événement quadriennal, placé sous l'égide de l'UNESCO, proposera d'ici le 8 décembre un millier d'activités culturelles en tous genres. La délégation québécoise à ces olympiques de la culture comprend 70 artistes et savants. «La question du métissage culturel au sens large se retrouve au coeur des préoccupations du Forum», dit M. Lebel-Grenier.
Sa propre présentation s'intitule Droits fondamentaux et identité: une difficile cohabitation. Il y analyse comment et avec quelles conséquences les «véhicules juridiques formels», comme le droit à l'égalité ou la liberté de religion, sont utilisés à des fins de revendications identitaires et politiques, dans un complexe jeu d'échanges mondial. «De plus en plus de revendications juridiques masquent des objectifs politiques. Le droit est instrumentalisé. Le meilleur exemple vient du débat autour des tribunaux islamiques en Ontario. La loi ontarienne n'empêchait pas la création d'un tribunal d'arbitrage, sans l'approbation explicite du gouvernement. La demande a été formulée formellement pour obtenir un imprimatur de l'État.»
Ce cas avait aussi des ramifications internationales puisque des groupes islamistes étrangers attendaient la décision de l'Ontario pour engager des réclamations semblables dans leur propre pays, en Grande-Bretagne notamment. La lutte contre la formation de tribunaux d'arbitrage canadiens appliquant la loi islamique a aussi été appuyée en Europe. Bref, le métissage mondial doit se comprendre d'une manière globale.
«Il faudrait aussi mieux comprendre l'impact symbolique du droit, ajoute le professeur. Les chartes des droits ont en réalité des effets assez limités sur la vie des gens. Par contre, leur impact symbolique s'avère fondamental. La situation québécoise se complexifie pour des raisons politiques et identitaires. Les Québécois semblent même déchirés entre leur adhésion à des valeurs transcendantes et une crainte par rapport à leur sécurité identitaire. Le débat sur les accommodements raisonnables reflète tout à fait cette dynamique. Il faudra donc surveiller les débats pour ne pas accentuer la division entre eux (les immigrants) et nous (les Québécois).»


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