L'idéologie prend le pas

Budget Harper - 2007



Le jour même où le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, annonçait que l'excédent budgétaire du gouvernement fédéral avait atteint 13,2 milliards lors du dernier exercice financier, son collègue du Trésor, John Baird, publiait la liste de 65 programmes qui feront l'objet de compressions prochaines. Que ce gouvernement fasse des efforts pour empêcher les dépenses de s'emballer en ces temps de vaches grasses, tant mieux! Mais pourquoi s'attaquer à des programmes peu coûteux et bien ciblés qui font souvent toute la différence pour ceux qui en bénéficient?

Au cours de leurs dernières années de pouvoir, les libéraux avaient profité de l'excellente santé des finances publiques pour laisser grimper les dépenses à un rythme de plus de 8 % par année en moyenne. La plus grande partie de ces hausses était justifiée par le rattrapage en santé, mais il suffit de se rappeler la mauvaise habitude libérale de dépenser des milliards en fin d'exercice pour apprécier l'approche conservatrice.
On peut donc se réjouir que le gouvernement Harper ait à coeur la bonne gestion des finances publiques. Si les sommes budgétisées n'ont pas été dépensées ou si les revenus sont supérieurs aux prévisions, il n'est que normal d'affecter cet argent au remboursement de la dette. Après tout, il n'y a aucune raison de laisser grimper les dépenses à court terme sans raison valable, au risque de réduire la marge de manoeuvre des générations à venir.
Dans la même logique, ce n'est pas parce que l'argent coule à flots qu'on peut s'abstenir de procéder à la révision des programmes. C'est là un exercice essentiel qui doit cependant être conduit sans préjugés idéologiques ou moraux. Après tout, l'objectif est d'éliminer le gaspillage et non de punir des gens ou de les priver des moyens nécessaires pour faire valoir leurs droits.
De fait, les deux tiers du milliard de compressions annoncées lundi proviendront de fonds inutilisés et de réels gains de productivité, telle la réduction de la taille des cabinets ministériels, alors que le dernier tiers découlera de l'abolition de programmes et de compressions diverses. Or, c'est ici que le bât blesse : alors qu'on aurait dû s'attendre à une révision minutieuse et rationnelle destinée accroître l'efficacité de l'appareil gouvernemental, les résultats montrent clairement qu'on a plutôt procédé à l'élimination pointilleuse et presque malicieuse de programmes créés par les libéraux.
Ainsi, parmi les programmes les plus sévèrement touchés, on trouve l'abolition de la recherche sur la marijuana à des fins médicales (4 M$), du soutien au bénévolat (9,7 M$), de l'aide à l'économie sociale (39,3 M$) et des stages internationaux pour les jeunes (10,2 M$); on note aussi une réduction importante de l'aide aux musées (4,6 M$), à la condition féminine (5 M$), à l'alphabétisation et à l'acquisition de compétences de base chez les adultes peu scolarisés (17,7 M$), sans compter la disparition des subventions importantes données aux groupes minoritaires pour leur permettre de faire respecter leurs droits devant les tribunaux (5,6 M$). Au total, ces compressions ne totalisent même pas 100 millions $, mais l'impact sur les groupes et les individus touchés sera dramatique. Sur le plan économique, on réduit de 42 millions le soutien à l'industrie, sans pour autant préciser qui sera affecté.

Dans l'ensemble, ces coups de ciseaux conservateurs n'ont aucunement pour objectif de combattre le gaspillage. Leur but est simplement d'éliminer des programmes qui heurtent les convictions de certains ministres conservateurs, voire de mettre des bâtons dans les roues d'organisations bénévoles ou militantes susceptibles de nuire aux conservateurs. Quelle manque de générosité, quelle petitesse d'esprit !
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j-rsansfacon@ledevoir.com


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