L’homme derrière le discours

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L'union mythique





Le soir du 30 octobre 1995, il devait marquer la naissance d’un nouveau pays en Amérique. Préenregistré en français et en anglais à Télé-Québec dans l’éventualité d’un Oui majoritaire au référendum, ce discours balayé par la victoire du Non était celui de Jacques Parizeau.


Grâce à la collaboration de son épouse Lisette Lapointe, la diffusion-surprise d’un bref extrait inédit en pleine revue de fin d’année de Jean-René Dufort a été avant tout déconcertante.


Le regard confiant de l’ancien premier ministre décédé le 1er juin dernier semblait tout droit sorti d’une machine à voyager dans le temps. Apparu soudainement à l’écran, il semblait presque inter­roger ses concitoyens. Et si le Oui l’avait emporté, où en serait le Québec aujourd’hui? Vaste question, en effet.


Hier, Le Journal rapportait l’intention de Mme Lapointe d’en remettre l’unique cassette VHS aux Archives nationales. Souhaitons que les médias diffusent enfin la version intégrale.


Document historique


Le discours étant tout d’abord un document historique d’intérêt public, l’initiative est à saluer. Pour ceux qui en douteraient encore, il confirme jusqu’à quel point M. Parizeau avait préparé l’État québécois pour un Oui.


Posée et sereine malgré la fatigue et la nervosité accumulées d’une campagne éprouvante, la voix de Jacques Parizeau cherchait bien entendu à «rassurer» les Québécois, les marchés financiers et la communauté internationale.


Rappelant que le Québec serait «la 16e puissance économique» mondiale, il se voulait aussi responsable et protecteur.


Face à Ottawa, le premier ministre visait surtout à clarifier immédiatement la suite des choses. Respectant la question posée, l’offre d’un «partenariat» lui serait faite, mais le Oui serait bel et bien celui de l’indépendance.


Le passage le plus révélateur de l’homme d’État et du chef souverainiste qu’il fut s’entend toutefois lorsqu’il prédit qu’un jour les Québécois d’aujourd’hui diront ceci aux prochaines générations: «Regarde ce Québec renouvelé, plus responsable et plus juste, plus pacifique et plus prospère, j’ai contribué à le faire naître, j’en suis fier et je te le donne.»


Quel avenir?


On y retrouve trois traits fondamentaux de M. Parizeau. Le social-démocrate, le bâtisseur et l’homme tourné vers l’avenir – celui pour qui l’indépendance ne servait pas à refaire la bataille des plaines d’Abraham, mais à ouvrir le Québec sur le monde en lui donnant un pays.


Contrairement à son discours de défaite qu’on lui a tant reproché, celui de la victoire donne la pleine mesure du vrai Jacques Parizeau.


Or, depuis qu’il en a quitté la direction, le mouvement souverainiste, on le sait, est fragilisé et divisé. Certains espèrent voir la diffusion de ce discours lui donner du tonus. La mémoire est pourtant une faculté qui oublie rapidement.


Sans nier au discours de M. Parizeau son indéniable valeur historique, d’ici l’élection de 2018, face à la redoutable machine libérale, la suite dépendra plutôt de l’état réel du mouvement, de sa capacité ou non à s’unir et de ses appuis concrets.




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