L’hécatombe

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Louise Beaudoin annonce la fin du PQ

Le « champ de ruines », celui que voyait déjà Jacques Parizeau au Parti québécois il y a quelques années, ressemble aujourd’hui davantage à un paysage post-bombardement nucléaire. Sans ruines et sans air. Sans chef. Quatrième pour le nombre de sièges. Et sans le dauphin de Monsieur, Jean-Martin Aussant.


Bien sûr, plus largement, au sein du mouvement souverainiste, l’ampleur du massacre au PQ est légèrement compensée par la victoire de Québec solidaire dans dix circonscriptions et sa progression importante en voix exprimées. Mais la réalité, c’est qu’avec le tiers des votes, les deux formations recueillent ensemble quelque chose comme 15 % des sièges. On ne peut dire ni de l’un ni de l’autre qu’il a fait frémir la CAQ lundi ! Les fédéralistes de droite détiennent aujourd’hui 106 des 125 circonscriptions du Québec.


Les conséquences


Vient-on d’entrer dans une nouvelle phase de cette guerre sans merci sur le front gauche et indépendantiste, guerre qui pourrait s’éterniser ? Parce que le PQ, s’il n’est pas fort, n’est pas mort, même s’il donne l’impression depuis quelques années de vivre une longue agonie.


Ou plutôt, les résultats de lundi rendront-ils, aux yeux des uns et des autres, plus que jamais impératives les discussions entre les deux formations souverainistes, la concorde et une forme de pacte à déterminer ? Le Parti québécois osera-t-il s’embarquer dans une nouvelle aventure qui préserve son projet, sa raison d’être, l’indépendance, qui a été portée fortement par Manon Massé en plusieurs occasions importantes de la campagne, des débats à son discours de défaite aux allures de victoire ? Lui qui a essuyé une rebuffade humiliante récemment de la part de Québec solidaire.


Dans cette hypothèse, de nouveaux pourparlers seront vraisemblablement facilités à la fois par le départ de Jean-François Lisée, qui a littéralement mis le feu lors du débat de TVA, ainsi que par le rapport de force « rééquilibré » entre les deux formations politiques. Québec solidaire ne pourra reprocher au Parti québécois de le regarder de haut : les deux partis ont pratiquement le même nombre de députés (avantage QS) et un appui comparable, à quelques points de pourcentage près (avantage PQ). Lors de son départ, d’ailleurs, les mots du chef péquiste ont sonné juste et ont fait croire qu’un jour, sur cette terre brûlée vive, pousseront des bleuets. Est-ce que Véronique Hivon voudra piloter une nouvelle tentative de convergence ?


On aura eu beau dire, au fil des dernières années, depuis les élections de 2012 et de 2014, que sans « convergence », le mouvement indépendantiste courait à sa perte, parce que la division des voix servait les libéraux : rien n’y a fait. Cette fois, l’absence de convergence a servi les caquistes, dans les circonscriptions francophones où le Parti libéral a souvent fini quatrième… Et a été au moins cinq points en dessous de ce que les sondeurs prévoyaient.


Les raisons de la défaite


Que s’est-il donc passé pour que le grand parti de René Lévesque, celui-là même qui depuis 50 ans a fait les beaux jours du Québec moderne, piloté des réformes capitales et tenu les rênes du pouvoir pendant un total de 20 ans, subisse une telle hécatombe ? Surtout après un début de campagne salué comme étant le meilleur, des propositions audacieuses et un chef intellectuellement agile, qui a battu ses adversaires tant au premier débat qu’à celui en anglais ?


D’un strict point de vue mathématique, le PQ est sorti de la zone payante, quelques points en dessous de sa piètre performance de 2014. Surtout, le PQ a fait un pari très rationnel, très logique, qui se tenait, à tout le moins sur papier. Il s’est dit qu’avec la promesse de ne pas tenir de référendum, un programme progressiste et réaliste, les Québécois comprendraient qu’il était là, le changement qu’ils souhaitaient. Erreur stratégique aggravée par l’épisode à la Dr Jekyll et M. Hyde au débat de TVA, qui a eu un effet boomerang insoupçonné.


Mais au-delà de toutes ces considérations, incluant celle concernant la responsabilité du chef, il faut rappeler que chaque scrutin depuis 2003 ramène le PQ devant son mur : une formation créée pour réaliser l’indépendance qui n’arrive pas à la faire : deux tentatives, deux échecs.


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